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Nationale

Hausse du dinar :” Il faut engager une compétitivité économique” (Souhil Meddah)

Hausse du dinar :” Il faut engager une compétitivité économique” (Souhil Meddah)

Remontée  inédite du dinar algérien face à l’euro et au dollar américain ces dernières semaines. Le dinar s’est apprécié de 12,5% ces derniers jours en comparaison avec la même période de l’année dernière. L’Euro est à moins de 140 dinars.

L’expert financier, Souhil Meddah revient, dans cet entretien avec le Jeune Indépendant, sur les facteurs de cette forte appréciation du dinar, sur la nature de cette augmentation, mais surtout sur les effets de l’appréciation de la monnaie nationale sur le pouvoir d’achat.

Le Jeune Indépendant : Qu’est-ce qui explique ce raffermissement du dinar, surtout qu’il était à des niveaux bas les mois passés ?

Souhil Meddah : Il faut avant tout préciser qu’il s’agit d’une très forte appréciation par rapport aux conditions de base qui, potentiellement, contribuent à la cotation de la monnaie nationale. Il faut aussi rappeler que la cotation du dinar est adossée sur deux critères, le premier étant le fixing, qui demeure administré par la Banque d’Algérie, alors que le deuxième répond à d’autres critères diversifiés sur le marché, tels que le niveau des réserves de change, la compétitivité économique (qui peut orienter le dinar dans les deux sens), le niveau du PIB et de la balance des paiements. C’est pourquoi nous constatons que cette appréciation est relativement trop forte par rapport aux agrégats cités qui, au risque de composer avec une situation artificielle, doit bénéficier d’une très grande attention de la part de l’autorité monétaire, la Banque d’Algérie.

Il convient aussi de rappeler le contexte monétaire international qui, depuis pratiquement le mois de mars 2022, a déjà donné quelques signes d’une fragilisation de la monnaie unique, surtout face au dollar. Habitués aux différents ajustements de conjoncture de sa valeur (2004, 2008 à 2009 et vers la fin 2015), les Etats-Unis avaient anticipé les risques de reprise post-Covid en se projetant sur des hypothèses portant une importante volatilité de nombreux indicateurs, comme l’inflation, ou à travers la hausse des coûts de fonctionnement suite à la demande des secteurs intermédiaires, comme le transport maritime.

Contrairement à la réaction rapide du Système fédéral de réserve américain (FED) pour soutenir le billet vert, via la hausse à 3,25% du taux directeur, la Banque centrale européenne (BCE) avait, pour sa part, misé sur la rapidité de la reprise par la croissance, sachant que chaque processus de reprise nécessite du temps. Sa réaction intervient trois ou quatre mois plus tard, en augmentant de 0,5% son taux directeur, qui est à 1,25% depuis le 14 septembre 2022. Cette succession d’événements économiques et la situation géopolitique compliquent les choses, notamment pour la zone euro, qui n’échappe pas au risque de vivre une situation de scission exceptionnelle.

A travers ce cheminement d’événements, il est important d’anticiper une reprise probable de la monnaie unique, au plus tard vers le début du deuxième semestre 2023, sachant que l’appréciation de notre monnaie est essentiellement due à une réaction d’intermédiation entre le dollar et l’euro, qui est presque au même niveau, ou par rapport aux parités euro-dinar, dollar-dinar.

Autrement dit, et à titre de conclusion, l’appréciation du dinar a été en majorité provoquée par des événements externes. Par la stabilité du dollar, qui est avantageuse pour nous dans la production de notre dinar en contrepartie des recettes des hydrocarbures, mais aussi par la chute de l’euro, qui engage moins de dinars lors de son achat. Cette tendance est alimentée par des effets de conjoncture, alors que nos réformes structurelles n’ont pas encore livré de conditions favorables par rapport aux principes cités plus haut.

Cette augmentation est-elle conjoncturelle ou va-t-elle durer dans le temps ?

A ce jour, il y a de nombreux pronostics et de nombreux calendriers fournis par des analystes spécialistes. Mais de façon objective, cette situation est totalement conjoncturelle car s’il y avait des éléments structurels, nous n’aurions jamais un taux d’appréciation à deux chiffres aussi fort et aussi rapide.

Il faut déjà considérer qu’actuellement, notre monnaie réagit directement à une situation conjoncturelle donnée. Il faut donc profiter de cette situation pour engager notre compétitivité économique en comptant sur une politique monétaire plus souple et plus adaptée à la conjoncture. Notre politique peut même anticiper une reprise de l’euro en misant sur une réduction du taux directeur et en maintenant une parité d’intermédiation équilibrée entre le dinar et les deux grandes monnaies.

Qu’est-ce qu’on a à gagner en termes de pouvoir d’achat ?

Sur le court terme ou le très court terme, une telle appréciation ajuste positivement le coût et le pouvoir d’achat sur le plan des produits importés pour la consommation, ou les produits semi-finis. Mais sur le long terme, avec notre plan de développement du tissu industriel et la volonté de conquérir d’autres marchés et d’autres espaces, notre monnaie sera appelée à être plus compétitive.

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