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Nationale

Hausse des prix des fruits et légumes : le diktat de l’armée secrète des “herbil”

Hausse des prix des fruits et légumes : le diktat de l’armée secrète des “herbil”

Les prix de la pomme de terre, aliment de base de la population, affichaient ce mercredi un ahurissant 850 DA le kilo sur les étals de plusieurs marchés de la capitale et sa proche banlieue. Partout, on invoquait une forte demande pour une offre dérisoire.

La variété actuellement en vente de la pomme de terre provient de la région de Birine, dans la wilaya de Djelfa, région devenue depuis quelques années un nouveau fief de la production de cet aliment, grâce à des jeunes investisseurs sétifiens et bordjs. C’est la seule pour le moment qui est sur le marché, s’adaptant mal à l’humidité des régions du littoral, et dont le calibrage est en mauvais état.

Seulement, pourquoi d’autres produits de consommation viennent de connaitre de hausses inexplicables, alors que la production est en augmentation constante? Le marché des fruits et légumes est devenu un vivier de la spéculation, ou coexiste des faunes de jeunes issus de l’ANSEJ ( Anade actuellement), des détaillants ambulants, qui échappe à tout contrôle, mais qui sont organisés en réseau et en bande grâce au téléphone cellulaire, utilisant même un code oral spécifique.

Cette nouvelle race de vendeurs presque à la sauvette, écoulent leurs produits, et arborent une mentalité digne des hors la loi. Ils ne payent ni impôts, ni quittances, ni stationnements, ni droits de circulation ou de vente, ni taxes de dépôt de leurs déchets, ni rien du tout. Leurs produits est vendus à un prix double. Aussi bien les fruits que les légumes.

Forts de leurs mobilité acquise grâce à des “herbil” de fabrication chinoise, ces petites camionnettes spécialement conçues à l’origine pour le transport de marchandises dans les grandes cités urbaines asiatiques, cette nouvelle faune est en train de pourrir la vie de ménages, de salariés, de petits fonctionnaires et de retraités modestes. Ils sont déjà considérés par des chercheurs, experts universitaires comme l’une des sources de l’inflation galopante et de l’érosion incroyable du pouvoir d’achat des Algériens.

Alertés, les services du ministère du Commerce ont décidé récemment de réagir. Ainsi, des instructions fermes, quant à l’impératif d’intensifier les opérations de contrôle au niveau des marchés de gros et de détail, ont été données. Dimanche dernier, le ministre a présidé, par visioconférence, une réunion urgente réunissant les cadres centraux du ministère et les directeurs du Commerce régionaux et de wilaya, durant laquelle il a donné des instructions fermes pour contrecarrer toute forme de spéculation.

A ce propos, on a mis l’accent sur la décision d’autoriser les agriculteurs à vendre leurs produits directement aux consommateurs. Une décision qui ne semble pas être une solution efficace, puisque même les agriculteurs sont eux-mêmes touchés par le virus de la spéculation.
Nous l’avons constaté hier lors de nos pérégrinations sur les routes de campagne à Douéra, Bouchaoui, Belouta, Zeralda, Douaouda et Fouka.

S’agissant des commerçants, les services du ministère du Commerce ont pourtant eu carte blanche pour appliquer les procédures nécessaires à l’encontre des commerçants ne respectant pas les deux instructions relatives à l’affichage obligatoire des prix et l’exposition de marchandises hors des locaux commerciaux, avec l’obligation de présenter la facture aux agents de contrôle.

Trois jours plus tard après ces fameuses instructions, c’est encore l’anarchie et la débandade. Les contrôleurs sont absents, les prix ne sont pas affichés et point de factures à présenter. Les conducteurs des “herbil” font la loi et vendent comme ils veulent, et où ils veulent, avec des vieilles balances électroniques non conformes, exactement comme les produits agricoles mis en vente, notamment la pomme de terre ou les oignons. Ce herbil est devenu un local commercial roulant, imposant un nouveau genre de commerce aux abords des routes nationales et les grands espaces. En un mot, une jungle est mis en place.

Ce mercredi encore, c’est au tour de l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) et de l’Union générale des paysans algériens (UNPA) de s’engouffrer dans cette bataille contre la spéculation et de venir à la rescousse des pouvoirs publics.
Lors d’une réunion, regroupant les SG Benchahra de l’UGCAA et Mohamed Alioui de l’UNPA, ont été examinés et débattus la situation et les derniers développements des départements marchand et agriculteur ou encore du secteur économique en général.

Benchahra, fustige le commerce parallèle et le monopole et l’accuse de tous les maux de l’inflation. Plus précis, M. Benchahra a expliqué que la hausse des prix constatée récemment était “due au commerce parallèle qui représente une issue sûre pour les spéculateurs et monopoleurs afin de vendre leurs marchandises et imposer leur loi”.

Il a été convenu de mettre en place dans le futur une stratégie et un plan d’action commun pour assurer “la coordination, la coopération et la concertation entre les paysans et les commerçants afin de maintenir la stabilité des prix des produits dits de large consommation”, avec la nécessaire “implication des partenaires et des professionnels, en coordination avec le gouvernement, pour pouvoir contrecarrer toute forme de spéculation”, selon un communiqué final sanctionnant cette réunion.

Pour ce faire, il est nécessaire d’organiser “les marchés et de mettre en place des mécanismes à même d’éliminer le commerce chaotique et d’orienter ses acteurs vers un commerce légitime, en ouvrant des perspectives d’investissement dans les grands marchés commerciaux et en travaillant dans des coopératives conjointes entre agriculteurs et commerçants afin d’encadrer le marché parallèle”.

Reste à savoir si les paysans et autres commerçants vont contourner la puissance des mandataires et si le département de Rezig est capable de changer complètement la donne, puisqu’il est le seul et unique responsable de la régulation et de la gestion des marchés des fruits et légumes. Comment vont ils faire pour atténuer le pouvoir des herbil? Sont-ils capables de juguler cette spéculation et mettre fin au commerce sauvage et à l’anarchie? Est ce juste des effets d’annonce ou des promesses à l’approche des élections locales?

Il faut noter que cette rencontre avait pour objectif d’accompagner le gouvernement vers une rentrée sociale sereine, d’assurer la stabilité du front social, de préserver le pouvoir d’achat du citoyen et de faire face à toutes formes de spéculation et de monopole, notamment la stabilité des prix sur fond de la dernière hausse de certains produits de consommation, en particulier les légumes, les fruits et la viande blanche.

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