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Nationale

Harraga : la cote d’alerte

Harraga : la cote d’alerte

Pour la seule journée d’hier, quarante harraga ont été interceptés par les gendarmes des groupements de Tlemcen, Chlef et El-Tarf. Ces nouvelles tentatives d’émigration clandestine vers l’Europe s’ajoutent aux dizaines d’autres déjà enregistrées. Harraga : la cote d’alerte.

Désespérés et poussés par la situation financière qui prévaut dans le pays depuis plus de trois ans, et dont les effets se font surtout ressentir sur le pouvoir d’achat des ménages algériens de plus en plus fragile, les jeunes harraga, notamment des chômeurs, s’intéressent principalement à l’émigration clandestine,. Il faut dire que le nombre de tentatives a augmenté de manière alarmante depuis environ un mois.

En trois mois, la courbe des tentatives d’émigration clandestine et systématiquement celle du nombre de harraga est montée en flèche. On compte déjà plus de 700 migrants algériens arrêtés par les gendarmes entre juin et début octobre 2017.

Hier seulement, quarante jeunes harragas ont été interceptés par les gendarmes de Tlemcen, de Chlef et d’El-Tarf alors qu’ils tentaient d’embarquer dans des barques de fortune pour les côtes espagnoles. La Gendarmerie nationale (GN), à travers plusieurs communiqués, a fait savoir que le taux d’émigration clandestine a enregistré une cadence inquiétante durant ces derniers mois.

Chaque jour, un communiqué de la GN, livre le nombre des migrants algériens arrêtés sur les côtes algériennes dans des embarcations, avec des denrées alimentaires, des jerricans d’essence et des objets de sauvetage en cas de péril. La situation socioéconomique favorisée par la crise financière, qui se poursuit depuis déjà trois ans dans le pays, sont les deux raisons essentielles de cette montée fulgurante concernant l’émigration clandestine.

Les experts voient en cette escalade un effet logique provoqué par la crise financière, une crise qui a duré et qui risque de s’éterniser. Sur les côtes, l’alerte est à son paroxysme. Les gendarmes et l’ensemble des gardes-côtes ont en effet augmenté leurs opérations de surveillance dans les espaces maritimes du pays.

Le 6 octobre dernier, agissant sur des renseignements faisant état qu’un groupe de candidats à l’émigration clandestine se trouvaient à hauteur de la plage El-Dechra 03, commune de Dahra, les gendarmes de la brigade locale, qui se sont déplacés sur les lieux, ont interpellé deux individus âgés de 32 et 35 ans, près de deux embarcations.

A leur bord, des cabas renfermant des effets vestimentaires et huit jerricans contenant 200 litres de carburant. Le même jour, poursuivant les investigations, les gendarmes de la brigade locale ont interpellé six autres candidats à l’émigration clandestine, dont une jeune fille, à hauteur de la localité de Dahra.

Le 25 septembre passé, agissant toujours sur des renseignements, les gendarmes de la brigade de Honaine ont interpellé, à hauteur de la plage de la localité de Beni Khaled, seize candidats à l’émigration clandestine qui tentaient de rallier les côtes espagnoles à bord d’une embarcation.

Le même jour, les gendarmes de la brigade d’El-Kala ont interpellé à hauteur de la plage El-Djabal, commune d’El-Kala, douze candidats à l’émigration clandestine, qui s’apprêtaient à rallier les côtes italiennes à bord d’une embarcation vétuste. Un jour avant, cette fois à Annaba, les gendarmes de la brigade locale ont interpellé sept candidats à l’émigration clandestine, qu’ils avaient interpellés une heure auparavant alors qu’ils tentaient de rallier clandestinement les côtes italiennes, et ce à bord d’une embarcation à partir de la plage Djenane El-Bey, commune de Seraïdi.

Les passeurs et le commerce florissant de l’émigration clandestine
Plusieurs réseaux ont été démantelés, des candidats arrêtés et des passeurs appréhendés.

La lutte implacable menée par les éléments de la Gendarmerie nationale pour contrer les voyages organisés par des réseaux de l’émigration clandestine bat son plein. Des départs en masse de migrants sont enregistrés en ce début du mois d’octobre.

Les réseaux qui contrôlent l’émigration clandestine semblent bien motivés pour cette année vu les moyens acquis par les passeurs. Selon des gendarmes enquêteurs, la multiplication des tentatives d’émigration clandestine sur les côtes du pays, à l’image des côtes oranaises et mostaganemoises, repose sur la stabilité du climat, très favorable pour l’organisation de voyages dans la clandestinité vers l’Europe.

D’autre part, il existe aujourd’hui une forte collaboration entre les passeurs et quelques pêcheurs avides de gains faciles, qui n’hésitent pas à louer leurs embarcations pour transporter des centaines de candidats à l’émigration clandestine vers le Vieux-Continent. D’ailleurs, trois tentatives ont été avortées par les unités de la Gendarmerie nationale de Mostaganem en l’espace de trois jours seulement, au cours desquelles 26 harraga, âgés entre 38 et 44 ans, ont été interpellés.

Le 3 septembre passé, agissant sur des renseignements, les gendarmes de la compagnie territoriale de Mostaganem ont interpellé, à hauteur de la plage Sonaktar, commune de Mostaganem, huit candidats à l’émigration clandestine qui s’apprêtaient à regagner clandestinement les côtes espagnoles à bord d’une embarcation

. Par ailleurs, le 4 septembre dernier, agissant toujours sur des renseignements, les gendarmes de la section de sécurité et d’intervention (SSI) de Benabdelmalek-Ramdane ont interpellé, à hauteur de la plage El-Dekara, commune de Benabdelmalek-Ramdane, quinze autres candidats à l’émigration clandestine qui s’apprêtaient à regagner les côtes espagnoles à bord d’une embarcation.

Quelques jours avant, plus exactement durant la nuit du 30 août passé, agissant sur des renseignements, les gendarmes de la brigade territoriale d’Ouled Boughalem ont récupéré trois embarcations à hauteur de la plage Bahara de la localité et interpellé trois candidats à l’émigration clandestine, âgés de 38, 39 et 44 ans. Avisé, le procureur de la République près le tribunal de Sidi Ali a prescrit la mise en liberté des mis en cause après audition et le placement des embarcations à la fourrière municipale.

Septembre : un mois de harga par excellence

A la fin de la saison estivale 2017 (bouclée le 21 septembre dernier), les passeurs de l’émigration clandestine ont relancé leurs activités en organisant des « voyages » dans la clandestinité au profit des candidats.

Les harraga n’ont qu’un seul objectif : arriver à regagner les terres de leur rêve, à savoir l’Europe. Cap Blanc, Chetaibou, la Madrague, les Sablettes, Bahara, El-Dekara, Sonaktar, voici quelques noms de plages oranaises et mostaganemoises « squattées » par les nouveaux planificateurs de harga, de jeunes chômeurs en l’occurrence.

Agés entre 25 et 35 ans, ces derniers sont devenus les seuls maîtres à bord, voire de véritables pirates de la mer. Ils arrivent à organiser des départs « illégaux » vers l’Espagne et l’Italie pour les candidats à l’émigration clandestine. Jeunes, vieux, femmes et mineurs, tous veulent regagner le Continent européen, avec la complicité de certains propriétaires de petits bateaux.

C’est simple, chaque candidat à la harga doit, avant tout, payer une somme allant de 6 à 14 millions de centimes, payée cash aux passeurs (la plupart de jeunes sans emploi), pour pouvoir regagner le Vieux-Continent. Une somme qui sera partagée, par la suite, entre les passeurs, ceux qui organisent et planifient tout, avec, parfois, des pêcheurs propriétaires de petits bateaux.

Comment les jeunes chômeurs sont-ils devenus de véritables planificateurs de harga dans ces villes côtières de l’ouest du pays ? Grâce aux enquêtes menées par les différentes brigades de la Gendarmerie nationale, les gendarmes ont localisé et identifié les véritables cerveaux. Ces enquêtes ont montré que les vrais planificateurs sont presque tous de jeunes chômeurs.

C’est eux qui organisent tout. Ils arrangent des départs par voie maritime vers les pays européens à partir des plages d’Aïn Turk et de Mostaganem. Ils commencent par rassembler les candidats à l’émigration clandestine dans des quartiers populaires, une étape ultime qui permet de connaître leur nombre et leur âge.

Après cette étape, les passeurs collectent les millions de centimes payés par les candidats (de 6 jusqu’à 14 millions de centimes par candidat). Les harraga seront embarqués dans des bateaux de fortune pouvant contenir jusqu’à 10 personnes, et ce dans le but de rejoindre l’Europe.

Plus de 600 harraga arrêtés en trois mois

Dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine, 224 affaires ont été traitées par les gendarmes durant la saison estivale, dans lesquelles 667 ressortissants étrangers de nationalités africaines ont été arrêtés.

Par ailleurs, dans le cadre de l’émigration clandestine, 68 affaires ont été traitées dans lesquelles 481 personnes ont été présentées devant les autorités judiciaires. Ces chiffres indiquent une montée fulgurante de l’exode clandestin vers et à partir de l’Algérie.

De plus en plus de jeunes Algériens tentent de regagner l’autre bout de la rive méditerranéenne dans la clandestinité, tout en risquant grandement leur vie. Par ailleurs, dans le cadre de la constatation des infractions aux lois spéciales, il a été enregistré 3 303 affaires qui se sont soldées par l’arrestation de 2 744 personnes dont 50 ont été écrouées, soit une hausse de 238% en nombre d’affaires par rapport à la même période de l’année écoulée (976 affaires).

D’autre part, le nombre des descentes et des opérations coup-de-poing dans les fiefs de la criminalité a connu une hausse durant la saison estivale passée.

Dans ce cadre, les unités de la Gendarmerie nationale ont exécuté 443 descentes à travers le territoire des wilayas côtières au cours desquelles 234 122 personnes et 82 608 véhicules ont été identifiés ; ce qui représente des hausses respectives de l’ordre de 4% et 25%, ayant abouti à l’arrestation de 159 personnes et à la saisie de deux véhicules recherchés. La majorité des personnes appréhendées étaient recherchées pour consommation de drogue, de psychotropes et détention d’armes blanches.

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