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Nationale

Haro sur le gaspillage de l’eau

Haro sur le gaspillage de l’eau

Face à la crise économique dont les premiers relents commencent à se faire sentir, il était évident qu’aucun secteur ne serait épargné.

Et la récente déclaration du ministre des Ressources en Eaux, faisant allusion aux faibles précipitations enregistrées ces dernières semaines, pour apaiser les alarmistes, étaient le signe avant-coureur qu’une alerte devait tôt ou tard être sonnée pour mettre en garde les Algériens.

Abdelouahab Nouri avait laissé entendre que le remplissage des barrages et de façon globale les retenues des eaux superficielles (évaluées à plus de 65%) et souterraines étaient suffisantes pour ne pas perturber l’alimentation en eau de toutes les régions durant « au moins les trois prochaines années ». Des déclarations aussitôt qualifiées de peu rassurantes.

Et, comme bien entendu, il fallait s’y attendre, l’un de ses plus influents relais n’a pas tardé à apporter « plus de précisions » si ce n’est des « rectificatifs » aux déclarations du responsable du secteur. Le directeur général de l’Algérienne des Eaux (ADE), Zidane Merah, a prévenu jeudi que son entreprise faisait face à des difficultés sérieuses, estimant que seul un effort collectif avec l’appui des pouvoirs publics pouvait permettre de dépasser cette « étape délicate ».

Ce constat établi la semaine écoulée à Alger au cours d’un regroupement d’une centaine de cadres venus des quatre coins du pays, avait surtout pour objectif de mettre en garde les gestionnaires de l’entreprise contre les défaillances constatées et qui font ressortir des faits pour le moins que l’on puisse dire alarmants.

Des pertes évaluées à près de 30 dinars par mètre cube d’eau distribué, dues essentiellement à un système de distribution vétuste et qui souffre de cassures incessantes soit par corrosion soit en raison d’interminables travaux de canalisation (téléphone, gaz, assainissement).

Le directeur de l’Algérienne des Eaux a aussi tenu à préciser que les efforts financiers ne pouvaient être soutenu, alors que « 52% des eaux se perdent et que huit milliards de dinars destinés aux équipements n’ont pas été utilisés ».

En effet, depuis quelque temps un certain ralentissement a été enregistré en terme de réalisation. La construction de nouveaux ouvrages de stockage ne suit plus. Et le peu d’eau de pluie qui tombe n’est pas captée en totalité.

Ceci en sus de la faiblesse de l’adduction de l’eau adéquate qui impose de petits réservoirs dans les centres urbains afin de faciliter l’approvisionnement en eau du consommateur.
Autrement dit, l’entreprise est en pleine crise d’autant que le déficit devrait s’aggraver avec l’augmentation des charges dues à la hausse du prix de l’énergie (+20%) et du gasoil (+40%).

Face à ce constat, le directeur général de l’ADE a préconisé que seule une forte dynamique de croissance pouvait permettre à son entreprise de dépasser ce cap. Pour ce faire, une nouvelle organisation a été mise en place par l’ADE en vue de redynamiser la gestion dans le sens d’une décentralisation pour donner un rôle plus grand aux unités de l’entreprise à travers le territoire, lit-on sur le communiqué rédigé en marge du regroupement.

En outre, une série de mesures ont été prises dans le même objectif, et ce, à travers, notamment, la révision des missions des zones, la signature des contrats de performance avec les directeurs d’unités et le recours à une évaluation indépendante.

D’aucuns affirment que l’Etat n’a pas manqué d’accorder un intérêt tout particulier à ce secteur névralgique. Un intérêt qui s’est matérialisé depuis le premier mandat du président Bouteflika par une série d’inaugurations d’installations hydrauliques dont des barrages et des bassins. Une stratégie qui avait aussi pour objectif la dotation du secteur de moyens de gestion à même de permettre une meilleure distribution de l’eau.

Une stratégie qui s’est aussi matérialisée à partir de 2006 au temps où Abdelmalek Sellal était ministre du secteur par la délégation de la gestion de la distribution du précieux liquide à des entreprises étrangères à l’image des Eaux de Marseille pour la région de Constantine, le Groupe Suez à Alger, l’espagnol Agbar (filiale de Suez) pour la ville d’Oran, ou encore l’allemand Gelssen-Wasser pour Annaba, pour la capitale de l’acier, le contrat n’est pas allé à terme.

Un choix qui rappelons-le n’a pas abouti aux objectifs fixés et qui s’est soldé au pire par la résiliation au mieux au non renouvellement des contrats, à l’image de celui liant la Seaco avec les Eaux de Marseille fin 2014 ou encore récemment celui liant la Seaal avec le groupe Suez et dont le ministre a écarté la reconduction du contrat.

Ces séparations « à l’amiable » ont aussi pour objectif de permettre une passation en douceur de la gestion entre experts étrangers et cadres algériens.

Ainsi donc la gestion déléguée, expérimentée prés d’une décennie durant, a été progressivement abandonnée, au profit de celle de l’assistance technique, supposée plus ciblée et moins coûteuse. En tout cas, de l’avis de citoyens des trois grandes villes la décennie de gestion de l’eau par les étrangers a été marquée par une importante activité et de multiples interventions aux moindres sollicitations.

Mais face aux déclarations des uns et aux bonnes intentions des autres, il n’est pas encore clairement dit que dans les prochains mois, le prix du mètre cube du précieux liquide ne sera pas revu à la hausse. « Le citoyen devrait s’accommoder à payer les pots cassés, mais aussi et surtout la mauvaise gestion », a résumé, un père de famille.

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