-- -- -- / -- -- --
Monde

Guerre en Ukraine : Crise alimentaire, obstacle aux négociations et imposture occidentale

Guerre en Ukraine : Crise alimentaire, obstacle aux négociations et imposture occidentale
Joe Biden et Volodymyr Zelensky

L’une des plus grandes impostures dans le conflit ukrainien ce sont les accusations occidentales contre la Russie à propos de la crise alimentaire mondiale qui menace tous les pays de la planète. Pour Washington, Londres et leurs alliés, seule Moscou porte la responsabilité dans ce qui va arriver.

Evidemment nulle mention des entraves américaines à toute ouverture sur la logique des négociations, nulle mention également du troc entre certains pays occidentaux et l’Ukraine selon la formule : blé contre armements. Surtout, nulle mention du caractère endémique, prévisible depuis au moins deux ans de la crise alimentaire actuelle. La machine de propagande atlantiste tourne à plein régime pour diaboliser la Russie.

Il est clair désormais que les Etats-Unis s’opposent fermement à toute négociation entre Kiev et Moscou. Différentes pressions sont exercées sur le président Zelensky, leur obligé, afin de le dissuader de toute velléités rationnelles en direction de la Russie.

Aux rallonges budgétaires d’aide américaine, vient s’ajouter depuis le vote de la Chambre des Représentants, le 10 mai dernier, près de 40 milliards de dollars. Ainsi, 6 milliards de dollars sont alloués à renforcer l’équipement de l’armée ukrainienne en véhicules blindés et sa défense anti-aérienne, quelque 8,7 milliards de dollars pour réapprovisionner les équipements militaires américains déjà reçus par Kiev, et 11 milliards de dollars supplémentaires de fournitures d’urgence que la Maison Blanche pourra débloquer sans le feu vert du Congrès.

Le reste des 40 milliards de dollars votés est consacré à des fins non militaires, avec un volet humanitaire et une aide économique.
Selon le sénateur Rand Paul : «l’adoption de ce projet de loi (le 10 mai, ndlr) porte le total de ce que nous avons envoyé à l’Ukraine à près de 54 milliards de dollars en deux mois».

Armement américain pour Kiev

Tout cela et plus encore car il faut compter ce qui a déjà été fourni par Washington avant le 24 février. Depuis l’arrivée de l’administration Biden aux affaires, les Etats-Unis ont livré à l’armée ukrainienne : 1 400 Stinger ; 5 500 Javelin ; plus de 7000 armes légères . A cet arsenal, il faut additionner celui de l’Union européenne qui s’est engagée à débloquer 1,5 milliard d’euros et ajouter encore ceux des pays hors UE, comme le Japon, l’Australie et le Royaume Uni.

Des informations font état de troc entre des pays occidentaux et l’Ukraine pour la livraison des cargos de blé ukrainien contre de l’armement. Les États-Unis qui sont pourtant de grands producteurs de blé envisagent d’importer du blé ukrainien pour pouvoir le revendre ou constituer des stocks stratégiques.

Pour le simple observateur, il est élémentaire de conclure que Washington souffle sur le brasier ukrainien depuis le début, et même avant. L’affaire du Donbass n’a été que le déclic pour une politique inamicale, agressive et impériale visant à contenir puis à briser la Russie.
Ce sont donc les Etats-Unis qui entretiennent le conflit et qui provoquent, par extension, les crises énergétiques et alimentaires mondiales.

Une crise qui dure depuis deux ans
D’ailleurs, les mesures unilatérales de pression économique de l’Occident contre la Russie, introduites en février-mars 2022, ont exacerbé les tendances négatives du marché mondial de l’alimentation, de l’énergie et de l’industrie. Les restrictions de paiement et les difficultés logistiques ont affecté tous les opérateurs économiques, y compris les entreprises agricoles qui ont fait face aux difficultés financières et de transport. Dans le contexte de l’incertitude, les producteurs agricoles doutent de l’opportunité d’investir dans l’expansion de leurs activités.

Les agriculteurs en crise

Les sanctions unilatérales, qui incluent les menaces d’arrestations massives de cargos secs et la déconnexion des institutions financières russes du système SWIFT, ont considérablement aggravé le problème de la perturbation des chaînes logistiques et financières impliquant les opérateurs économiques russes. Compte tenu du rôle de la Russie dans le commerce des produits agro-industriels, cela ne peut qu’affecter l’approvisionnement en produits alimentaires de ses partenaires.

Selon les observateurs, la situation actuelle du marché alimentaire n’est pas un «résultat» de deux mois de l’année en cours, mais une tendance au moins des deux dernières années. Selon les données des places boursières, les taux de croissance annuels des prix du blé en 2021 se sont élevés jusqu’à 25% (en Occident, la thèse d’une augmentation de cet indicateur de 70% par mois est largement diffusée, mais en réalité c’est plus de 4%).
En février 2022 ils ont dépassé de 31- 62% le niveau de prix moyen pour la période 2017-2021. Le coût du maïs pendant deux ans a augmenté de 162%, celui du colza de 175%. En février-mars 2022 les cotations des principales produits agro-industrielles ont été soumises à de fortes fluctuations dans un contexte de craintes de réduction des livraisons.

La pandémie de COVID-19 a apporté sa contribution, dont les conséquences sont la perturbation des chaînes d’approvisionnement, la hausse du coût du fret et des assurances. Déjà, au milieu de l’année 2020, le directeur exécutif du PAM de l’ONU David Beasley a averti du danger de la «famine aux proportions bibliques», c’était en plein pandémie. Les sanctions occidentales unilatérales adoptées contre la Russie ont aggravé ces tendances. En d’autres termes, des millions de personnes seront forcées à mourir de faim à cause des ambitions géopolitiques, de l’égoïsme et de la stupidité de ce que les Russes appellent désormais l’«Occident collectif».

L’Afrique durement touchée
S’exprimant à New York le 18 mai dernier, le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres a souligné que le conflit en Ukraine, combiné aux effets du changement climatique et de la pandémie, « menace de faire basculer des dizaines de millions de personnes dans l’insécurité alimentaire, suivie de la malnutrition, de la faim de masse et de la famine».

«Il y a suffisamment de nourriture dans notre monde aujourd’hui si nous agissons ensemble. Mais si nous ne résolvons pas ce problème aujourd’hui, nous serons confrontés au spectre d’une pénurie alimentaire mondiale dans les mois à venir», poursuit-il.

Antonion Guterres

Selon Theresa Anderson, de l’ONG Actionaid, «la crise en Ukraine et ses impacts sur les prix dans le monde a exacerbé ces problèmes existants. Les familles, notamment les mères de famille, sautent des repas, souffrent de la faim. Beaucoup ne peuvent plus payer les frais de scolarité. Alors les enfants abandonnent l’école, doivent trouver du travail et les familles s’endettent».

Selon Actionaid, le continent africain va connaître des hausses de prix plus importantes que la moyenne mondiale tandis que pour Oxfam, l’Afrique de l’Ouest connaît sa pire crise alimentaire depuis une décennie. 27 millions de personnes souffrent de la faim. Ce chiffre pourrait passer à 38 millions d’ici juin si des mesures d’urgence ne sont pas prises. Le Burkina, le Niger, le Tchad, le Mali et le Nigeria sont les principaux pays touchés.

Selon les chiffres des Nations unies, entre 2018 et 2020, 25 pays africains importaient plus du tiers de leur blé de ces deux pays, et plus de 15 pays africains en importaient plus de la moitié. Ainsi, le blé d’Ukraine et de Russie représente 65% des importations totales de blé au Sénégal, 75% au Soudan, 81% en Égypte et 100% en Somalie ou au Bénin. Le continent africain est donc frappé de plein fouet par la chute des exportations d’Ukraine et de Russie.
Par ailleurs, même les États africains qui importent peu de ces deux pays sont touchés par la hausse des prix.

Le prix des deux poids deux mesures
Réagissant à la politique des deux poids deux mesures de l’Occident et surtout des Européens, le président du Niger, Mohamed Bazoum a averti son homologue français. Lors d’un entretien au journal français La Croix, le président nigérien a précisé ses attentes vis-à-vis d’Emmanuel Macron : «il faut qu’il mette des moyens considérables dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, comme en Europe. On le voit avec la guerre en Ukraine : les Occidentaux ont beaucoup d’argent, donc ils peuvent mettre une partie significative dans le combat contre le terrorisme, dans la stabilisation de nos pays ».

Pour Mohamed Bazoum pourquoi cette différence alors que le Niger ainsi que ses voisins sont confrontés, eux-aussi, à des menaces existentielles ? Tout autant que l’Ukraine, comme le répète à satiété les politiques européens. Les diplomates français et européens n’ont-ils pas cessé de répéter depuis cinq ans que «le Sahel est la frontière sud de l’Europe», que «le Sahel est aussi la sécurité de l’Europe», et surtout que «nos destins sont liés». Entre temps, il y a eu l’affaire ukrainienne, et surtout, il a y eu les diktats anglo-américains à une Europe dépourvue de toute boussole géopolitique.

Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email