Grève des transporteurs privés : Les examens universitaires perturbés
En cette période de lancement des examens universitaires du premier semestre, la grève des transporteurs privés inter-wilayas bouleverse le quotidien de milliers d’étudiants à travers le pays. Difficultés de déplacement, stress psychologique et inégalités d’accès aux examens… Face à une situation jugée exceptionnelle, plusieurs établissements dédiés à l’enseignement supérieur ont opté pour le report des épreuves, tandis que d’autres privilégient des solutions alternatives.
Suite à l’augmentation des prix des carburants, intervenue avec l’entrée en vigueur de l’année 2026, la paralysie des transports publics privés, y compris les bus privés inter-wilayas, complique considérablement les déplacements des étudiants, en particulier ceux résidant loin des campus ou des arrêts du transport universitaire (COUS). Cette situation coïncide avec la période sensible des examens du premier semestre, accentuant, ainsi, les inquiétudes et les tensions au sein de la communauté universitaire.
A l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene (USTHB) de Bab Ezzouar, les étudiants ont vivement alerté sur les conséquences pédagogiques de cette crise. Dans un communiqué largement relayé sur les réseaux sociaux, ils demandent une étude approfondie de l’impact de la grève et plaident pour le report des examens, présenté comme une mesure « préventive et temporaire », visant à garantir l’égalité des chances et des conditions d’examen équitables.
A l’Université d’Alger 2 Abou El Kacem-Saâdallah (Bouzaréah), la situation suscite également une vive inquiétude. Dans un post relayé sur Instagram par une page d’information non officielle, mais largement consultée par les étudiants de l’université, il est rappelé que « la paralysie des transports en commun dans de nombreuses régions du pays, due à la grève des chauffeurs de bus, constitue un obstacle majeur pour de nombreux étudiants, les empêchant de se rendre à l’université pour passer leurs examens du premier semestre. Cette situation entraîne un stress et une pression psychologique considérables, en particulier pour les étudiants qui n’ont pas de voiture, qui vivent dans des zones reculées ou dont les ressources financières ne permettent pas de louer un véhicule pour se rendre à l’université ».
Selon les réactions des internautes en bas du post, les étudiants dénoncent une pression psychologique accrue, plus particulièrement pour ceux qui ne disposent pas de moyens de transport personnels au niveau familial ou dont les ressources financières sont limitées.
« J’habite à Réghaïa. Aujourd’hui, mes parents m’ont déposés à la place du 1er-Mai pour que je puisse assister aux cours. Arrivée en classe, nous n’étions que quatre étudiants », a témoigné une étudiante en littérature générale et comparée (langue française), contactée par Le Jeune indépendant. Selon elle, l’enseignante leur aurait indiqué que les cours seraient suspendus le lendemain et que si la situation persistait, le report des examens, prévus le 11 de ce mois, pourrait être envisagé. Un autre étudiant de la même promotion, bien qu’habitant à El-Biar, a choisi de ne pas se rendre en cours. « J’ai préféré ne pas y aller par solidarité avec ceux qui ne peuvent pas se déplacer. Sur le groupe Facebook dédié à notre promotion, beaucoup ont expliqué qu’ils étaient bloqués à cause de la grève », a-t-il confié.
Un service minimum insuffisant
Contrairement aux rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, un travailleur du transport universitaire, contacté par Le Jeune Indépendant, a assuré que le service du COUS fonctionne toujours. « Le transport universitaire marche, mais il y a beaucoup moins d’étudiants qu’avant », a-t-il précisé. L’étudiante interrogée précédemment a toutefois nuancé cette affirmation, signalant que le service opère, de manière minimale, ce qui est insuffisant pour répondre aux besoins réels, surtout pour ceux résidant loin des stations de ramassage.
Compte tenu de cette situation exceptionnelle, les réponses des établissements universitaires diffèrent, et ce en fonction des régions. Ainsi, l’Université Abderrahmane-Mira de Béjaïa a décidé de reporter l’ensemble des activités académiques à une date ultérieure, tandis que l’Université Djilali-Liabès de Sidi Bel Abbès a opté pour le maintien des examens du premier semestre au 7 janvier 2026. De son côté, l’Université de Batna 1, à travers le département de physique, a annoncé le report des examens, en sus des soutenances initialement prévues le 4 janvier.
A Boumerdès, l’Université M’hamed Bougara a également reporté les examens de la faculté des sciences au 13 janvier 2026. En revanche, la faculté de droit de l’Université d’Alger 1 Benyoucef-Benkhedda a choisi de maintenir le calendrier des examens, tout en accordant une session spéciale aux étudiants résidant hors de la wilaya d’Alger et qui n’ont pas pu se présenter à l’épreuve du 4 janvier. De son côté, l’Ecole normale supérieure de Kouba a indiqué suivre de près la situation et a annoncé la tenue d’une réunion pour évaluer les préoccupations liées au transport.
La Solidarité étudiante nationale (SNE), par le biais de son bureau provincial de Blida, a appelé à une intervention urgente des présidents des universités de Blida 1 et Blida 2. Dans une déclaration officielle, l’organisation est d’avis que le maintien des examens dans ces conditions constitue une « atteinte au principe d’égalité des chances » et une injustice envers les étudiants, pénalisés par une crise indépendante de leur volonté.
Au-delà des reports d’examens, la grève des transporteurs met en lumière la forte dépendance de la population estudiantine aux transports publics privés, révélant que le service du COUS, à lui seul, ne suffit pas à répondre aux besoins concrets des étudiants, et soulignant, par ailleurs, la fragilité de la gestion administrative universitaire face aux crises conjoncturelles.
Alors que certains établissements privilégient la préservation du calendrier académique, d’autres tablent sur la flexibilité pour apaiser les tensions. Dans l’attente d’une résolution durable de la crise des transports, les étudiants restent suspendus aux décisions administratives, espérant des mesures à la hauteur des difficultés qu’ils vivent au quotidien.