Gouvernance des données : Un levier stratégique
L’Algérie poursuit la structuration de sa stratégie de transformation numérique avec le lancement du dispositif national de gouvernance des données. Un mécanisme structurant, présenté comme une condition essentielle à la réussite de la numérisation des services publics et au renforcement de l’attractivité économique du pays.
Selon le consultant et expert en technologies de la communication, Younès Grar, ce dispositif vise avant tout à unifier, organiser et sécuriser les données produites par l’ensemble des secteurs de l’Etat. « Depuis plusieurs années, l’Algérie s’est engagée dans une stratégie nationale de transformation digitale. Chaque secteur a numérisé ses propres données, mais sans toujours respecter des normes communes », a-t-il expliqué ce mardi sur les ondes de la Radio nationale.
Jusqu’à présent, chaque administration organisait ses bases de données selon ses propres méthodes et formats, ce qui compliquait l’interconnexion entre secteurs. Or, la mise en place de services électroniques efficaces suppose un échange fluide et normalisé des données entre les différentes institutions, notamment entre l’état civil, l’éducation, la santé, la justice ou encore le travail.
Le nouveau dispositif prévoit ainsi la centralisation des données dans des centres de données nationaux (data centers), où elles seront stockées, classées et exploitées selon des normes communes. « L’objectif est d’éviter les formats hétérogènes (PDF, images, documents Word) qui ralentissent le traitement et entravent la digitalisation des services », a souligné l’expert.
A terme, chaque citoyen disposera d’un identifiant unique regroupant ses données administratives essentielles, à l’instar de l’état civil, le parcours éducatif, la situation professionnelle ou encore le dossier de santé, et ce dans un cadre strictement réglementé.
Au-delà de l’amélioration des services au citoyen, la gouvernance des données représente également un gain économique majeur. Plutôt que des investissements dispersés par secteur, l’Etat opte pour une infrastructure commune, une politique de formation unifiée et des procédures standardisées.
« Sans cette gouvernance, la numérisation devient anarchique, coûteuse et inefficace », a averti M. Grar, rappelant que les écarts de maturité numérique entre secteurs pénalisent à la fois l’administration et les usagers.
Une stratégie unique de cybersécurité
La centralisation des données s’inscrit également dans le cadre de la politique nationale de sécurité informatique. Une stratégie unique de cybersécurité sera appliquée à tous les secteurs, sous la supervision des structures compétentes. Accès hiérarchisé, chiffrement, contrôle des usages et respect strict des normes de sécurité conditionnent l’intégration des données dans le système.
« Il n’existe pas de sécurité à 100 % mais une gouvernance rigoureuse permet de réduire considérablement les risques », a précisé l’expert, insistant sur l’importance de la formation continue, aussi bien pour les professionnels que pour les citoyens.
L’expert distingue trois étapes clés dans ce processus. La numérisation, qui consiste à convertir les documents papier en formats électroniques, la digitalisation, qui permet de traiter ces données pour offrir des services administratifs en ligne, en sus de la transformation digitale, qui implique un changement culturel au sein des administrations et une appropriation des outils numériques par les citoyens. Sans accompagnement et sensibilisation, les services électroniques risquent de rester sous-utilisés, voire ignorés, selon lui.
La gouvernance des données est également présentée comme un facteur clé d’attractivité pour les investisseurs, nationaux et étrangers. « Un investisseur habitué aux standards internationaux ne peut pas travailler dans un environnement encore dominé par le papier », a expliqué l’expert. L’accessibilité des données et la conformité aux normes internationales constituent ainsi un atout majeur pour encourager l’investissement.
Techniquement, l’Algérie dispose des compétences nécessaires, a affirmé M. Grar, évoquant la réalisation d’un data center national gouvernemental et la qualité des ressources humaines formées dans les universités et écoles du pays. Encore faut-il valoriser ces compétences et les mobiliser sur des projets stratégiques, a-t-il souligné.
La commission nationale chargée du suivi du dispositif, récemment installée, aura pour mission d’assurer la gestion, la maintenance, la sécurité et l’évolution de cette infrastructure, tout en veillant à l’adhésion de l’ensemble des secteurs concernés.
En outre, l’expert a plaidé pour une implication active du secteur privé, notamment dans le développement des applications, la cybersécurité, la maintenance et l’innovation. « Partout dans le monde, ce sont les entreprises privées qui apportent les grandes avancées technologiques. L’Algérie doit encourager cet écosystème et dépasser le clivage public-privé », a-t-il estimé.