Gestion des écoles primaires : L’Éducation nationale reprend la main
Longtemps réclamé par les syndicats du secteur de l’éducation, le rattachement des écoles primaires au ministère de l’Éducation nationale est en passe de devenir une réalité. Les pouvoirs publics ont engagé les démarches officielles pour mettre fin à la gestion duale assurée jusqu’ici par les collectivités locales, une réforme présentée comme un levier essentiel pour améliorer les conditions de scolarisation et de travail.
Cette décision vient concrétiser une revendication portée depuis de longues années par les syndicats du secteur de l’éducation, qui n’ont cessé de dénoncer les limites du système de gestion duale des écoles primaires. Le Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (SATEF) figure parmi les organisations les plus engagées sur ce dossier.
Contacté par le Jeune Indépendant, son secrétaire général, Boualem Amoura, rappelle que cette exigence syndicale « remonte au siècle dernier ». Selon lui, l’expérience du terrain a démontré que « les collectivités locales ne sont pas en mesure d’assurer la gestion des écoles primaires », en raison notamment de l’absence de compétences spécialisées en ressources humaines et de la fragilité financière de la majorité des communes, souvent déficitaires. « C’est un fardeau lourd pour les collectivités locales », affirme-t-il.
Le responsable syndical souligne également les défaillances récurrentes observées sur le terrain : difficultés de réhabilitation et d’entretien des établissements, mauvaise gestion des cantines scolaires, problèmes d’hygiène et manque d’encadrement du personnel des cuisines. Il pointe aussi une incohérence dans le circuit de financement, rappelant que « le ministère de l’Éducation nationale alloue les budgets destinés aux cantines scolaires sans disposer d’un véritable droit de regard sur leur gestion ». Une situation qu’il qualifie de « catastrophique », estimant que « l’argent de l’État n’arrive pas toujours dans l’assiette des enfants ».
Boualem Amoura dresse par ailleurs un constat alarmant de l’état de nombreuses écoles primaires : établissements délabrés, chauffage défaillant, absence de clôtures dans certains cas, et enseignants régulièrement perturbés par des interventions extérieures sans lien avec l’acte pédagogique.
Pour le Satef, le rattachement exclusif des écoles primaires au ministère de l’Éducation nationale constitue donc une solution structurelle. « Le secteur dispose de tous les moyens nécessaires : directeurs d’écoles, inspecteurs, y compris pour les cantines scolaires. La réussite de cette réforme passe par l’intégration des travailleurs concernés au secteur de l’éducation », estime le syndicat.
Afin d’assurer un transfert ordonné et sans perturbation du service public éducatif, une commission technique interministérielle de haut niveau a été mise en place. Elle regroupe des représentants des ministères de l’Éducation nationale, de l’Intérieur, des Finances, du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale.
Cette instance est chargée d’élaborer la feuille de route juridique, administrative et financière de cette réforme. Elle devra notamment procéder à un recensement précis des effectifs, des infrastructures scolaires et des cantines, afin de garantir une transition progressive et maîtrisée vers la nouvelle tutelle.
Dans ce cadre, le ministère de l’Intérieur a été mandaté pour initier la modification de l’article 122 de la loi n° 11-10 relative à la commune. Cette révision législative actera, sur le plan juridique, la fin de l’implication directe des communes dans la gestion des écoles primaires. Parallèlement, le ministère de l’Éducation nationale est chargé d’élaborer une évaluation détaillée de l’impact financier de ce transfert et d’en proposer différents scénarios d’application.