Gaz algérien : Les rappels de Royal à l’Elysée
La guerre menée par les Etats-Unis et l’entité sioniste contre l’Iran a bouleversé le marché mondial du pétrole et du gaz, provoquant notamment la fermeture du détroit d’Ormuz, où transite le quart des produits pétroliers, et l’arrêt de plusieurs complexes de production dans les pays du Golfe, principaux producteurs dans le monde. Cette tension majeure a poussé les cours à dépasser le seuil des 100 dollars le baril et a hissé les prix du gaz à un niveau record jamais atteint depuis la guerre en Ukraine et la crise sanitaire du Covid 19.
Une crise énergétique qui inquiète les pays industriels européens, gros consommateurs. D’où leur intérêt à se tourner vers le pays le plus proche du Vieux Continent, l’Algérie, devenue acteur clé dans cette conjoncture géopolitique tendue, et qui a renforcé ainsi sa position stratégique sur le marché de l’énergie, notamment celui du gaz, grâce à la stabilité de ses approvisionnements et aux flux de sa production, ainsi qu’à l’existence de deux gazoducs qui traversent la mer Méditerranée vers l’Italie et l’Espagne.
C’est dans ce contexte qu’une diplomatie énergétique est au centre des nouveaux enjeux européens. Alger est à nouveau sollicitée pour parer à toute crise future, qui mettrait à mal les économies européennes, notamment celles de la rive Nord. Ainsi, Rome a pris les devants : la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, entame une visite officielle en Algérie le 28 mars prochain pour aborder la question du gaz et l’augmentation des flux à travers le TransMed. L’Algérie fournit, en effet, depuis plus de deux ans un tiers de la consommation en gaz de l’Italie.
Dans cette course à garantir un accès sûr à l’énergie, des médias évoquent des visites imminentes du chef du gouvernement espagnol à Alger, et même du Premier ministre portugais.
C’est sans doute cette situation inédite qui a poussé l’ancienne ministre française Ségolène Royal à réagir et à critiquer la diplomatie française mais surtout la politique menée par le président Emmanuel Macron dans ses relations diplomatiques avec l’Algérie.
Dans un message publié vendredi dernier sur son compte X, la présidente de l’Association France–Algérie estime que « le chaos mondial rappelle une nouvelle fois ce principe : s’entendre avec ses voisins est la base de la paix et du développement ». Selon elle, « l’absurdité du conflit avec nos voisins producteurs de gaz, comme l’Algérie », pèse lourdement sur l’économie française, alors que d’autres pays européens, comme l’Italie, continuent de se tourner vers l’Algérie pour sécuriser leurs approvisionnements.
Ségolène Royal met en garde contre les « insultes » répétées à l’encontre de l’Algérie par certains acteurs politiques français, estimant que la suspension des relations diplomatiques par Emmanuel Macron s’est faite « sans raison valable ».
Pour les observateurs, Mme Royal ne fait que rappeler que les tensions avec Alger vont peser lourdement sur l’économie française, et toucher de plein fouet les consommateurs français qui risquent de payer cher les coûts de la crise énergétique.
Des acteurs politiques français pensent que la France a perdu du terrain avec sa politique extérieure envers un pays nord-africain dont l’importance stratégique est en nette croissance dans le domaine de l’énergie et qui est un fournisseur fiable et sûr. Leurs avis rejoint celui de Mme Royal, qui n’a cessé d’appeler à une relation de bon voisinage, à travers un dialogue permanent et une politique pragmatique et souple, ouverte et tournée vers l’avenir avec l’Algérie.