Gaspillage alimentaire durant le Ramadhan : Une fatalité ?    – Le Jeune Indépendant
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Nationale

Gaspillage alimentaire durant le Ramadhan : Une fatalité ?   

Gaspillage alimentaire durant le Ramadhan : Une fatalité ?   

En dépit de la cherté de la vie et d’un pouvoir d’achat en chute, les Algériens trouvent le moyen de gaspiller des quantités importantes de denrées alimentaires. Ce phénomène de gaspillage, qui atteint son extrême pendant le mois de ramadhan, préoccupe les institutions officielles de l’Etat ainsi que les organisations de défense des consommateurs, et ce en raison des conséquences de ce gaspillage sur les dépenses familiales, provoquant, par ailleurs, des tensions sur le marché et des augmentations de prix.  

Le poids des aliments qui finissent chaque ramadhan à la poubelle est incalculable. Un phénomène inacceptable. Le gaspillage alimentaire est, en effet, un comportement enraciné dans la société algérienne, qui ne semble pas être affecté par la crise. C’est paradoxal ! Au moment où les ménages dénoncent la cherté de la vie, notamment en cette période de ramadhan, les poubelles débordent de nourriture, notamment le pain qui est jeté en grandes quantités.  

La cherté des produits alimentaires n’a apparemment pas changé les habitudes des Algériens. Ces derniers sont, à l’accoutumée, pris d’une frénésie d’achat à la veille du mois de ramadhan mais aussi durant les journées du mois sacré, qui ne fait que commencer.  

La sensibilisation semble être le seul moyen pour lutter contre ce phénomène. Ainsi, pour lutter contre ces pratiques qui nuisent d’abord au portefeuille des consommateurs, ensuite à l’environnement et à l’économie du pays, des appels à la rationalisation des consommations ont été lancés par le ministère du Commerce ainsi que par les associations de défense des consommateurs.  

Une prise de conscience est nécessaire  

Aujourd’hui, l’ampleur de ce gaspillage fait doublement réagir car il ne faut pas négliger son fort impact économique. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a fait savoir, dans son rapport publié en 2021 sur l’indice de gaspillage alimentaire dans le monde, que l’Algérie enregistre annuellement près de 4 millions de tonnes de déchets alimentaires ménagers, soit 91 kg par habitant/an.  

Face à un tel constat, une prise de conscience collective est nécessaire ! Quelles mesures mettre en place unilatéralement pour endiguer ce phénomène ?  

Le ministère du Commerce fait appel à la sensibilisation, en lançant une campagne anti-gaspillage. Tous les moyens sont bons pour ce département ministériel pour sensibiliser les citoyens à renoncer à cette mauvaise habitude.  

Comme chaque année, des journées de sensibilisation sur la rationalisation de la consommation sont organisées pour inciter les consommateurs à renoncer à l’achat impulsif, au comportement irrationnel et à la surconsommation, lui inculquant les bonnes habitudes alimentaires.  

Des SMS sont, en effet, envoyés au quotidien, et ce bien avant le mois sacré, incitant les Algériens à faire preuve de citoyenneté et à éviter le gaspillage des aliments, notamment durant le mois de ramadhan. Des spots publicitaires sont également diffusés sur les différentes chaînes de télévision pour sensibiliser sur l’importance de préserver la nourriture et ne pas tomber dans le gaspillage, qui est un comportement qui ne correspond guère aux orientations de l’islam.  

Ces publicités visent aussi à orienter les consommateurs de sorte qu’ils puissent acquérir une culture de consommation, et ce en les incitant petit à petit à changer leurs mauvaises habitudes.  

De son côté, depuis le début du mois sacré, l’Organisation algérienne de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement (APOCE) a appelé, via sa page Facebook, les consommateurs à modérer leur consommation et a mis en avant l’impératif de changer certains comportements.  

Contacté par le Jeune Indépendant, le président de l’APOCE, Mustapha Zebdi, prévient contre le gaspillage alimentaire. « Notre objectif phare à travers ces campagnes est de sensibiliser et d’orienter le citoyen durant cette période où le gaspillage alimentaire explose », a soutenu M. Zebdi, soulignant que ces campagnes se font sur les réseaux sociaux et à travers un travail de proximité par le biais des bureaux de l’association, et ce à travers le territoire national.  

A travers ces actions de terrain, l’APOCE tient à adresser un message fort au consommateur algérien afin d’éviter le gaspillage de différents aliments pendant cette période. Pour M. Zebdi, ce phénomène devient hélas plus courant durant le mois sacré. « Les ménages gaspillent essentiellement le pain et autres produits de première nécessité, mais ce qui est malheureux, c’est que dans certains quartiers, on gaspille aussi des produits de luxe », a-t-il fait savoir.  

Zebdi a évoqué une autre forme de gaspillage. Il s’agit, selon lui, des denrées alimentaires jetées par les restaurants Errahma qui, parfois, faute de moyens de congélation pour stocker le reste des aliments, sont jetés. Il leur recommande, de ce fait, de programmer et comptabiliser le nombre de personnes concernées par l’iftar pour ne pas tomber dans le piège du gaspillage.

Le président de l’APOCE a toutefois indiqué que bien que de façon minime, le taux de gaspillage alimentaire a néanmoins diminué par rapport aux années précédentes. « Cela est sans doute lié à la cherté de la vie et à la chute du pouvoir d’achat des Algériens », a-t-il fait savoir.  

De son côté, l’association El-Aman pour la protection des consommateurs, et à l’occasion du mois sacré, a opté pour des dépliants portant des consignes pour un ramadhan sain et économique.    

El-Aman appelle tous les citoyens à adopter les meilleurs comportements afin de préserver la santé publique, le pouvoir d’achat et l’économie nationale. Comme consignes, l’association propose des alternatives nouvelles avec la diversification de la consommation des viandes, la consommation des légumes de saison seulement et la réduction de la consommation de produits transformés.  

El-Aman recommande aux consommateurs de planifier leurs dépenses, de ne pas tomber dans le piège de la frénésie des achats, « qui sont synonyme d’égoïsme et d’incivisme », et de ne pas succomber aux rumeurs et aux publicités mensongères.  

Absence d’une vraie culture de consommation  

Pour en savoir plus sur ce comportement étrange à notre société, la spécialiste en sociologie Hiziya Slimani a affirmé que, de nos jours, on assiste à un grand bouleversement dans les habitudes de consommation de l’Algérien. « Les mauvaises habitudes occidentales s’installent chez nous avec une rapidité fulgurante. L’Algérien consomme sans limite et toujours plus. Il est influencé par le matraquage des publicités, qui incitent à surconsommer, ce qui nous mène inévitablement au gaspillage », a-t-elle expliqué.  

La sociologue a tenu à rappeler que le « siyam » (action de jeûner) oblige à s’abstenir de manger, de boire, de maîtriser sa langue… afin de s’élever spirituellement pour atteindre la piété. « Tel est le sens profond du jeûne en islam, mais malheureusement, le ramadhan bouleverse les comportements sociaux et fait exploser la consommation alimentaire », a-t-elle regretté.  

Pour elle, les Algériens, et par peur d’avoir faim, « achètent de manière compulsive et en grande quantité, ainsi ils finissent par gaspiller énormément de nourriture », a-t-elle expliqué.  

D’après la psychologue, on vit aujourd’hui dans une vraie société de consommation, où la publicité envahit tous les espaces aussi bien publics que privés, et cela incite les personnes à consommer et à acheter des choses dont ils n’ont pas forcément besoin.  

Elle a déploré l’absence d’une culture de consommation chez l’Algérien. « La majorité des consommateurs ne savent même pas ce qu’ils consomment. Ils ne vérifient même pas la date de péremption et encore moins les composants du produit qu’ils consomment », a-t-elle tenu à préciser.

Changer les habitudes de consommation n’est pas une tâche facile, selon la sociologue, car cela nécessite des années de travail à la société civile pouracquérir une nouvelle culture de consommation.  

Pour modifier les habitudes du consommateur, Mme Slimani a suggéré d’inculquer les bonnes habitudes alimentaires aux enfants dans les écoles, et cela peut constituer un bon point de départ. Les campagnes de sensibilisation peuvent être aussi une solution, a-t-elle dit, à travers lesquelles les consommateurs doivent comprendre qu’il est inacceptable de jeter inutilement à la poubelle de la nourriture qui aurait pu servir.  

« Le consommateur doit se rendre compte que derrière tout aliment il y a de nombreuses personnes qui ont fourni des efforts, beaucoup de travail, de temps… Le jeter à la poubelle est un véritable gâchis », a-t-elle indiqué.  

Pour lutter contre ce phénomène, la sociologue a indiqué que les règles sont simples. Selon elle, il faut faire des achats raisonnés, il faut aussi procéder à une conservation correcte des aliments, cuisiner juste la quantité de nourriture nécessaire et enfin il faut valoriser les restes des repas s’il y en a.  

 

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