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Op-Ed

Gaid Salah…L’homme et son œuvre

Inattendue est la mort du chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah lui qui venait, il y a quelques jours, d’assister à l’investiture du nouveau président Abdelmadjid Tebboune, un événement qui scella une mission de longue haleine et truffée de dangers qu’il s’est assignée farouchement . Il tire sa révérence en laissant derrière lui toute une œuvre qu’il reviendra aux Algériens d’apprécier à sa juste valeur, et ensuite à l’histoire d’une nation qui ne cesse de faire face à des soubresauts, parfois dramatiques, depuis près de 60 ans. Il s’en va comme pénétré du sentiment de la mission accomplie ou en phase d’accomplissement, du moins dans le chapitre de la reprise en main des institutions par la voie des urnes. La stabilité des institutions était, à ses yeux et avant tout, un gage que le pays n’est plus ankylosé mais opérationnel face aux regards du monde.
Son œuvre était d’abord dictée par les circonstances vécues par le pays depuis le hirak pacifique du 22 février 2019, sans occulter son parcours au sein de l’ALN dès l’âge de 17 ans.
C’est cette dernière partie de son parcours qui aura mis, à fortiori, au-devant de la scène le militaire, l’homme d’Etat et l’homme tout court. Il s’était retrouvé contraint de juguler des manœuvres et des louvoiements de pans entiers au sein de ce qui a été baptisé la îssaba ou les forces anticonstitutionnelles pendant que la rue grondait. Ses discours du 26 mars puis du 30 mars dernier avaient, certes, sonné le glas du clan qui a tenté un passage en force en imposant un 5e mandat pour le président Abdelaziz Bouteflika, une option largement contestée par une rue déterminée à ne pas faire marche arrière. Ces deux speechs ont aussi renseigné sur sa volonté de prendre les commandes et faire face à la crise qui risquait de s’exacerber si l’option de l’état d’urgence, escomptée alors par Saïd Bouteflika, le frère cadet du Président déchu, avait vu le jour. D’ailleurs, le bruit avait couru alors que le frère du Président, épaulé par le général Mohamed Mediene, l’ancien patron du DRS, du général Athmane Tartag et Louisa Hanoune, lorgnait sur la tête du chef d’état-major comme préalable à la mise en œuvre de l’état d’urgence et faire basculer le pays vers le scénario de janvier 1992, qui a coûté la vie à plus de 150 000 personnes et ruiné le pays. Ce scénario tourna court puisque Gaïd Salah réussit à le déjouer et à neutraliser les « comploteurs » dont la majorité croupissent, aujourd’hui, à la prison militaire de Blida et à El-Harrach. Cette victoire expéditive lui a accordé, au demeurant, toute la latitude pour balayer les potentats de Saïd Bouteflika et leurs relais en lançant l’opération de lutte contre la corruption, qui verra pour la première fois dans l’histoire du pays des chefs de gouvernement, des ministres, des galonnés et un contingent d’hommes d’affaires puissants et de cadres de l’Etat prendre le chemin de la prison. Certes, la rue avait d’ores et déjà pointé du doigt « les voleurs qui ont vidé les caisses de l’Etat ». En dépit d’une forte hostilité au sein du hirak, il restait ensuite à Gaïd Salah de mettre en place, tant bien que mal, les conditions du retour à l’ordre constitutionnel en évitant la moindre effusion de sang. En dépit d’une adhésion en deça de ses attentes au rendez-vous du 12 décembre dernier, l’histoire retiendra qu’en étant à la tête de l’armée, il aura provoqué le déclic en faveur d’une solution politique et d’accompagner, pendant dix mois, la silmiya du hirak. Les historiens retiendront ainsi qu’aucun peuple n’a réussi une prouesse aussi inédite dans une région du monde en plein désastre.

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