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Nationale

Fuite des cerveaux, ce mal qui érode l’économie nationale

Fuite des cerveaux, ce mal qui érode l’économie nationale

La deuxième édition du Salon de l’étudiant, organisée les 9 et 10 mai à Alger, a pris fin avec des critiques d’observateurs qui voient dans cette manifestation une grande opportunité pour les écoles étrangères pour accaparer nos meilleurs étudiants et, par conséquent, affaiblir l’économie nationale. On parle de fuite des cerveaux.

Certains persistent à dire que les organismes nationaux jouent les intermédiaires pour encourager les meilleurs étudiants à quitter le pays pour se rendre dans les écoles étrangères. On n’hésite pas à qualifier cela de fuite des cerveaux.

En face, les organisateurs du Salon expliquent que ce genre d’événement est une opportunité de recrutement et d’offres de formation de qualité, un avantage pour l’économie nationale puisque les étudiants vont acquérir le savoir-faire et investir au pays. La deuxième édition du Salon a drainé une foule nombreuse et le cap des 5 000 visiteurs a été dépassé.

Venus en nombre, les jeunes diplômés se sont intéressés aux offres des participants étrangers, entre autres des écoles françaises (Campus France et Toulouse Business School), des écoles russes (Racus) et celles des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, voire de la Tunisie. Deux journées durant lesquelles les étudiants ont pris connaissance des dernières propositions des écoles étrangères. Des formations de qualité et des propositions qui, en général, sont destinées à des postulants triés sur le volet.

Seuls les meilleurs diplômés finissent par accéder aux grandes universités et écoles d’outre-mer. D’après les organisateurs du Salon de l’étudiant, The Graduate Fair plus précisément, cet évènement est une opportunité à saisir pour nos étudiants qui veulent briguer une carrière professionnelle des plus sûres et qui, par conséquent, sera une valeur ajoutée pour l’économie nationale après que nos étudiants acquièrent le savoir-faire.

En revanche, beaucoup d’observateurs voient à travers ce Salon une grosse perte des meilleurs diplômés qui, généralement, finissent par s’installer à l’étranger. Pis, ces observateurs parlent de fuite des cerveaux. Une grosse perte pour l’Algérie qui, pourtant, est censée tout faire pour détourner ses meilleurs étudiants de cette tentation de s’installer à l’étranger. Toutefois, les étudiants sont poussés vers d’autres cieux et, par conséquent, on déplore cette situation et on parle de fuite des cerveaux.

Et c’est ce phénomène de fuite des compétences qui fâche les organismes présents à la 2e édition du Salon de l’étudiant d’Alger. Pour la chargée des relations publiques de l’agence organisatrice de l’événement, The Graduate Fair, Mme. Zineb Hadjar, cette question relève du passé puisque aujourd’hui nos étudiants doivent impérativement aller à l’étranger pour apprendre et transférer, par la suite, le savoir-faire.

« Cette question taboue a été maintes fois posée par plusieurs médias alors que finalement parler de fuite des cerveaux fait partie du passé. Il est important de souligner qu’aujourd’hui il est grand temps que les étudiants algériens qui possèdent du talent aillent à l’étranger pour apprendre mieux et servir leur pays. Nous sommes là pour donner plus d’efficacité à cette démarche », explique-t-elle. Que pensent les étudiants de cette question ?

Widad, diplômée en journalisme : « Je veux aller à l’étranger car les opportunités de travail au pays sont inexistantes »

Widad B. est une jeune journaliste âgée de 24 ans, elle a étudié à la faculté de Ouargla en journalisme et prépare un autre diplôme en biologie à l’université Saâd-Dahleb de Blida. Comme tout étudiant venu au Salon de l’Etudiant et au Salon Talent et Emploi pour chercher une opportunité d’emploi, Widad a mal caché sa colère en se disant très « déçue » par l’absence d’offres de postes d’emploi dans sa spécialité.

« J’ai fait des centaines de kilomètres pour venir jusqu’à Alger rien que pour postuler un emploi, à l’occasion de l’ouverture du Salon de l’Etudiant et du Salon Talent et Emploi. Et contre toute attente, j’ai été choquée par l’accueil très décevant des exposants, car ils ont boudé mon dossier tout simplement, parce que j’ai fait journalisme.

Je suis abattue moralement. Je rentre à la maison les mains bredouilles », explique-t-elle. Atteinte dans son propre amour, Widad ajoute : « Je ne sais pas pourquoi mais il y a une discrimination entre les étudiants du Sud et ceux du Nord. Oui, il faut souligner cette importante question. Nous, les étudiants du Sud, on arrive mal à trouver un poste de travail selon nos spécialités.

Au bout de cinq années d’études on se retrouve sans emploi. Si jamais j’ai une occasion d’aller à l’étranger pour poursuivre mes études, je ne raterais pas cette opportunité, du moment que les chances dans le pays sont en train de baisser de jour en jour. Aussi, la plupart des étudiants du Sud ayant terminé leurs cycles pédagogiques sont sans emploi à ce jour. Est-ce normal ? ».

Ilham, diplômée en aéronautique  : « Ce secteur n’est plus employeur »

Une autre étudiante très déçue par le Salon Talent et Emploitic du fait du manque d’opportunités d’offres de travail. Agée de 23 ans, Ilham D., est diplômée en aéronautique, spécialité opérations aériennes, à l’université de Sidi Bel Abbés et poursuit ses études en Master 2 à la faculté de Blida afin de peaufiner son CV.

Présente au Salon, elle a, à son tour, été déçue par le manque flagrant d’opportunités de travail. Pourtant la jeune étudiante s’est déplacée de Bel Abbès à Alger rien que pour déposer son dossier de candidature à un poste de travail. Visiblement en colère, la jeune diplômée paraît découragée moralement au point qu’elle songe déjà à quitter le pays.

« Je ne sais pas quoi dire. J’ai le moral bas. Je n’ai rien trouvé dans les deux Salons, j’ai parcouru plus de 300 km pour être présente à l’ouverture des deux Salons rien que pour postuler mon dossier de candidature. Toutefois, ce déplacement n’a servi à rien », raconte Ilham avec un moral des plus bas. La jeune étudiante nous a exposé son périple.

« Depuis que j’ai obtenu mon master en aéronautique qui remonte à deux ans, j’ai frappé à toutes les portes, j’ai parcouru tous les aéroports du pays et déposé plusieurs demandes de travail au niveau des ministères, mais mes dossiers ont été refusés par tout le monde. Vous voyez tous ces récépissés, ils m’ont été adressés par les ministères des Affaires étrangères, de l’Intérieur, des Ressources en eaux, et même de la Sonatrach et des directions des aéroports du pays. Tout le monde a refusé de m’embaucher.

Même l’Agence nationale de l’emploi n’a rien pu faire pour moi, car chez l’ANEM il est très difficile de trouver un poste d’emploi qui corresponde à ma spécialité. Vous savez que notre pays possède quelques aéroports situés uniquement dans certaines villes, voire les plus importantes, donc il est très difficile de trouver un travail. Une fois, je me suis déplacé à Oran qui se trouve à 30 km de Sidi Bel Abbès, afin de postuler ma candidature suite à un appel d’offre d’emploi de la direction de l’aéroport d’Oran.

Les responsables m’ont suggéré d’aller dans une autre ville plus proche de Sidi Bel Abbès car, selon leurs propos, il est impossible d’accepter un candidat qui réside à plus de 20 km du lieu de travail. Est-ce que cela est possible dans un pays qui prétend lutter contre le chômage ? », s’interroge Ilham. 

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