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Nationale

France: Des centaines de postes ouverts aux médecins algériens en 2022

France: Des centaines de postes ouverts aux médecins algériens en 2022
Macron entouré de médecins et chercheurs étrangers

Il manque à la France des milliers de médecins qu’elle est obligée de chercher à l’étranger, en Algérie notamment où la formation est quasiment identique à celle de l’université française.  Le pays de Louis Pasteur et d’Ambroise Paré va lancer en avril une nouvelle procédure de recrutement, deux mois après avoir dévoilé les résultats de la session 2021Ainsi, 1.688 postes seront pourvus par des praticiens à diplôme hors Union européenne qui brasseront encore des médecins algériens.   Mais à quoi sont exposés les médecins algériens une fois arrivés en France ? Eléments de réponse dans cette enquête du Jeune Indépendant.

Ces  Padhue ( médecins, pharmaciens, chirurgiens dentistes et sages-femmes), comme on les appelle « sont dans le système depuis plusieurs années. Ils habitent en France, leurs enfants vont à l’école, ils connaissent les codes sociaux en France et les ont adoptés », a indiqué au Jeune Indépendant la syndicaliste algérienne  Nefissa Lakhdara qui confirme ainsi que les admis ne sont pas tous recrutés à l’étranger.

La liste publiée le 4 février 2022 ne mentionne pas la nationalité des admis (il y en a qui sont déjà naturalisés), ni leur lieu de naissance. Ils viennent de toute l’Afrique jusqu’à Madagascar, du Moyen-Orient (Syrie, Liban, Egypte, Turquie), de Russie et de Géorgie. Et même d’Asie. On sait juste par expérience que les Algériens constituent le plus gros contingent des inscrits, suivis des Tunisiens.  L’histoire, la culture et la sociologie expliquent cette situation.

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Un exode forcé

Cette étonnante pénurie, dans un pays où la formation n’est pas payante comme en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis, découle d’une réforme calamiteuse datant d’un demi-siècle. En plus des préjudices causés aux patients avec l’apparition de « déserts médicaux », ces territoires privés de médecins, elle a laissé sur les quais des dizaines de milliers d’étudiants français dont des bacheliers avec la mention « très bien ».

Pénurie de médecins en France
Quand on parcourt les routes de campagne en France, on aperçoit souvent des panneaux sur lesquels les mairies affichent leur recherche d’un médecin. Elles offrent même prime et logement sans parvenir à attitrer des candidats rebutés par l’absence de services publics. Le mois dernier, la ville d’Orléans (centre) a mis en place un partenariat avec une université croate.

Elle a signé un accord avec la faculté de médecine de Zagreb pour former cinquante étudiants du département du Loiret, par visioconférence, à compter de la rentrée 2022. C’est dire!

Quelle est donc la réforme qui a produit cette crise contre la vocation des étudiants et le désir des familles?   C’est le fameux « Numérus clausus » mis en place en 1971 et qui consiste à limiter le nombre de postulants aux études de médecine. On pensait que moins il y avait de médecins moins on irait se soigner et la sécurité sociale s’en porterait mieux. A cette date, la France formait 8.000 médecins par an.

C’en était trop pour le Conseil de l’ordre qui voulait moins de concurrence et plus de profit pour ses membres. Sous sa pression, leur nombre a été réduit par les gouvernements successifs. Il a baissé jusqu’à moins de 3.500 entre 1993 et 1998. « La pénurie est le résultat du numérus clausus dont les défenseurs sont les syndicats de médecins (avec l’aval du Conseil de l’ordre) et la complicité de la Caisse nationale de l’assurance maladie lorsqu’ils refusaient de signer les conventions issues des négociations », explique au Jeune Indépendant un chirurgien franco-tunisien. « A cela, il faut ajouter le manque de courage politique par peur des manifestations de médecins », dit-il encore.

A cause de ce procédé, la première année des études de médecine était devenue un filtre à essorer les étudiants. A peine 15 % des inscrits parvenaient à la franchir, dont seulement 5% de primo-bacheliers. Certains ont raté deux fois le palier malgré leur excellent niveau et sont restés traumatisés par cet échec.  Pour de très nombreuses familles, le rêve de voir leur enfant revêtir la blouse du toubib se fracassait sur l’exigence de ce concours.

Un concours d’autant plus injuste qu’il n’était pas national mais spécifique à chaque Faculté de médecine. Avec l’Union européenne, des étudiants français ont trouvé la parade: ils allaient dans les pays où les études étaient réputées moins dures avant de revenir poursuivre le cursus grâce à l’harmonisation des diplômes. Ils se rendaient surtout en Belgique et en Roumanie, dans la ville de Cluj où les cours sont dispensés en français.

L’invraisemblable plan de Jospin
Au numérus clausus, il faut ajouter les départs à la retraite et les décès. Pendant que le nombre de médecins baissait, la demande de soins augmentait en raison de la démographie et du vieillissement de la population.  Au milieu des années 90, il y avait un déficit de 30% de praticiens hospitaliers.

Le nombre des urgentistes notamment était devenu très insuffisant du fait que le secteur privé n’assure pas les urgences de nuit. Pour être médecin en France, il faut trois conditions: avoir la nationalité du pays, un diplôme français et être inscrit au Conseil de l’ordre. Quelques dérogations sont accordées aux Tunisiens et aux Marocains.

En 1998, le ministre de la Santé du gouvernement socialiste de Lionel Jospin demandait un audit sur le nombre nécessaire de médecins. Il faisait apparaître l’ampleur de la crise et recommandait un retour au chiffre minimum de 8.000 médecins formés par an. Un objectif immédiatement inaccessible puisque les capacités de formation ont aussi baissé à l’université.

Que faire dans ces conditions ?
Permettre à des médecins ayant obtenu leur diplôme à l’étranger de colmater la béance. Il y a aujourd’hui des services entiers dans les hôpitaux qui tiennent grâce à ces praticiens étrangers.  Comme le Conseil de l’ordre ne les reconnait pas, on a créé au fil des ans les statuts baroques de FFI (faisant fonction d’interne), ARC (attache de recherche clinique) ou PAC (Praticien adjoint contractuel). En 1994, on recensait déjà 8.000 diplômés de l’étranger.  Ils représentaient 24 % des effectifs des hôpitaux publics et assuraient près de la moitié des gardes de nuit dans les différents services de l‘hôpital, dont les services d’urgence. Deux tiers d’entre eux avaient acquis la nationalité française

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Un statut de « praticiens associés »

Le diplômé étranger faisait le travail d’un médecin sans le salaire et les avantages qui vont avec. Parfois, il y parvient après avoir travaillé comme aide-soignant, puis infirmier.  La France se dote ainsi de médecins à bon marché, en abusant de la disponibilité des candidats. Ils étaient recrutés avec des contrats à durée déterminée, renouvelables sur décision du chef de service. Ils ont sans doute de bonnes raisons pour accepter le sacrifice. Ils étaient encore autour de 5.000 avant les dernières régularisations : 3.500 FFI et 1.500 paramédicaux, selon des sources syndicales.

Depuis 2009, la France a mis en place un examen qui permet de régulariser ces précaires et même de recruter à l’étranger.  « Les épreuves de vérification des connaissances (EVC) s’adressent aux praticiens des professions de médecin, chirurgien-dentiste, sage-femme et pharmacien titulaires d’un diplôme obtenu en dehors de l’Union européenne et permettant l’exercice de leur profession dans le pays d’obtention. Elles constituent la première étape de la procédure d’autorisation d’exercice (PAE) », selon les textes officiels.

En raison de la pandémie du Covid, il n’y a pas eu d’examen en 2020.  Celui de 2021, a attiré 12.062 inscrits de plusieurs nationalités.  Après examen des dossiers, 8.884 candidats ont été retenus mais seulement 4.404 ont pu se présenter. Les absents n’ont probablement pas eu de visa. Les recalés peuvent se présenter encore trois fois.

Les 1.688 admis de 2021, des quadragénaires en majorité, auront d’abord le statut de « praticiens associés ».
Ils « choisiront obligatoirement leur poste parmi les postes listés dans l’arrêté du 6 août 2021, dans leur spécialité, en fonction de leur rang de classement aux EVC. Ils devront y effectuer les fonctions supervisées pendant deux ans, avant de déposer auprès du CNG (centre national de gestion) une demande d’autorisation d’exercice définitive, obtenue après avis des commissions nationales d’autorisation d’exercice ».

Les médecins boursiers qui ne reviennent pas
Les lauréats seront donc affectés en fonction de leur classement et des postes disponibles définis par les Agences régionales de santé (ARS). Ceux qui ne peuvent pas rejoindre leurs postes pour une raison ou une autre seront remplacés par leurs camarades de la liste complémentaire. « Qui peut me dire si c’est normal de déraciner quelqu’un qui est déjà en France avec un poste qu’il occupe depuis un, deux ou trois ans dans une région où il est installé en famille », interroge une lauréate dans un groupe de discussion dédié sur le réseau social Facebook.

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Un constant besoin de médecins

Réponse d’un collègue: « ce sont les règles du jeu et à vous d’y adhérer ou non. La France organise ce concours pour des objectifs bien précis et non pas pour chercher le confort des lauréats. Est-ce juste ou non? C’est une autre question. C’est leur terrain de jeu, donc ce sont eux qui établissent les règles ».

Les soignants algériens arrivés dans les années 80 ont connu des fortunes diverses. Certains se sont carrément recyclés, d’autres ont poursuivi dans le paramédical. En 1986, le gouvernement a offert une bourse à 400 médecins qui ne sont pas revenus. L’exode s’est accéléré durant la décennie noire. Il s’est amplifié ces dernières années sous l’effet de la précarisation du métier, de la dégradation des conditions de travail (les médecins sont quand-même mieux rémunérés que les cadres du secteur économique public) et de la pression sociale qui pèse notamment sur les femmes. D’ailleurs, elles sont plus nombreuses à vouloir quitter le pays, observe Dr Fazia Ibazizene

Médecin à l’hôpital d’Avignon, elle détaille le parcours d’obstacles :  il y a eu lors de la décennie noire, l’éventualité de venir se spécialiser en France ouverte principalement aux pays du Maghreb. Le diplôme inter universitaire spécialisé (DIS) de médecine ne donnait pas l’autorisation d’exercice, Seuls les anciens CES (certificat d’études spécialisés) et les DES (diplômes d’études spécialisés) avaient la plénitude d’exercice en France. Il y avait un exode de médecins algériens mais qui n’excédait pas 400 à 500 candidats. Certains sont d’ailleurs repartis en Algérie mais la plupart étaient des Marocains et Tunisiens.

Dans leur pays, les pouvoirs publics ont facilité l’installation dans les cliniques avec des revenus conséquents. Les DIS algériens restés en France, étaient corvéables sur des statuts précaires éjectables, au bout de 6 mois, même avec des formations de 4 ans de spécialisation. Sur ma simple promo, il y a eu presque 70 % qui sont venus. Après, le DIS a été suspendu et on a eu droit au concours de praticien contractuel adjoint (PCA) pour ceux qui justifiaient de 3 ans d’exercice dans un hôpital pour espérer au bout de 3 ans de bons et loyaux services postuler au concours national de praticien hospitalier. Ceux qui n’ont pas pu intégrer ce circuit se sont retrouvés à la rue.

C’est de là que la PAE a été pensée par une poignée de PH (praticiens hospitaliers) en 1999.  Il s’agissait de régulariser ces médecins qui ont essaimé dans les urgences et les pavillons de gardes, en particulier les disciplines clés (chirurgie, gynécologie, anesthésie-réanimation, psychiatrie). La pénurie de praticiens hospitaliers français, au vu du numerus clausus a motivé, le ministère à mettre en place cette PAE, mais avec une autorisation d’exercice au bout de 3 ans. C’est ce qui peut expliquer l’engouement de médecins en particulier algériens qui n’ont pas vécu réellement les années noires.

Pour autant, la galère n’est pas le lot de tous. C’est le cas par exemple du Dr Khaled Ramoul, expert du rythme cardiaque, installé dans un « désert médical ». Diplômé de médecine générale de l’université de Constantine, il a passé un concours très sélectif d’accès à la spécialisation, appelé ETR (internat en médecine à titre étranger).  Admis, il a suivi une formation en cardiologie complétée d’un cursus en rythmologie.

Comme lui, tous ceux qui ont fait leur internat en France y sont « bien installés », nous dit-il.  Mais cette voie est subordonnée, selon lui, à l’accord de l’université d’origine et à la signature du professeur. Un sésame que les étudiants tunisiens et béninois obtiennent plus facilement, croit-il savoir.

Les professeurs rejoignent leurs élèves en exil
La voie générale reste donc l’acceptation du statut de FFI par les spécialistes. « Tous les centres hospitaliers en France reçoivent des centaines de demandes et selon le centre hospitalier (en manque ou non d’internes français) ils retiennent des candidats pour une année. Les tunisiens sont bien organisés pour ça ».

Il y a aussi la voie de la première année des études de santé qui attire (ironie) même des praticiens du rang de professeur dans leur pays. « Le concours est ouvert à tout le monde (résident ou non), l’inscription est facile, l’examen sur une journée et la réussite ouvre une porte inespérée. », selon Dr Ramoul. « La majorité des FFI en poste en France, postulent. Les néo-diplômés algériens également.

Depuis quelques années, on remarque que des Maitre assistants, des assistants et même des professeurs n’hésitent pas à concourir avec leurs étudiants !!!! L’année dernière un professeur en anesthésie, médecin chef à l’hôpital militaire d’Ain Naadja était lauréat et exerce actuellement en France (sous supervision) …

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Les hôpitaux algériens pourvoyeurs des hôpitaux français

Cette année, il y a eu un professeur de neurologie parmi les lauréats. Une fois admis, les candidats postulent dans des centres (souvent en difficulté de personnel médical) formateur pour les internes et doivent valider trois ans.

Depuis cette année, ça passe à 2 ans et les candidats sont affectés selon les postes ouverts par le ministère et bien sûr leur classement. Durant cette période, ils sont considérés comme médecins séniors (certes sous supervision administrativement parlant, mais leur statut est respecté sauf pour le salaire). Une fois achevée la période d’approfondissement (équivalent de refaire une spécialité), ils envoient leur dossier pour être auditionnés par une commission (Ministère/conseil de l’ordre des médecins). Les commissions ne se réunissent que rarement et un délai de 18 mois est souvent la règle avant une réponse !!!!

Ces dernières années, ils n’hésitent pas à redemander aux candidats de refaire tel stage ou valider un diplôme interuniversitaire dans une discipline secondaire.
En somme, les PAE restent souvent des années dans un statut précaire, souvent mal payés (par rapport aux médecins français) et à la merci de leur chef de service et administration. Mais ca reste mieux que FFI, d’autant que pour les chanceux, ils se forment à des techniques jamais vues en Algérie Une fois l’inscription à l’ordre, c’est le graal. Ils font ce qu’ils veulent (installation libérale ou des postes permanent dans des CH), le plus souvent ».

Retourner en Algérie ? « Sur les dernières émigrations, ce sont des allers simples. Les choses sont telles que cela échappe au gouvernement algérien. Même s’il mettait les moyens, l’attractivité d’exercice en France et les conditions de vie transcende tout », résume Mme Ibazizen.
Avec son conjoint et un biologiste, elle a fait une tentative de retour. Ils sont partis en emportant le projet de lancer la FIV (fécondation in-vitro), au prix adapté au niveau de vie algérien. Ils ont lâché face aux obstacles rencontrés sur place.

Evidemment, l’Algérie n’est pas le seul pays à voir s’exiler ses médecins et la France n’est pas le seul à aspirer ces compétences venues du sud.  Dans la plupart des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la proportion de médecins formés à l’étranger – essentiellement dans les pays en développement – ne cesse de croître, relève une étude publiée l’année dernière par la Revue internationale de politique de développement. Selon les données de l’OCDE (2017), elle s’élève par exemple à 1,84 % en Pologne, 11,21 % en France, 24 % aux États-Unis, 28,66 % au Royaume-Uni, 32,74 % en Australie et 42,41 % en Nouvelle-Zélande.



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