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France: les policiers se transforment en tueurs d’immigrés

France:  les policiers se transforment en tueurs d’immigrés

A Paris, on peut avoir 21 ans et mourir bêtement lors d’un contrôle routier qui tourne mal. Dans l’une des capitales les plus prestigieuses du monde, les policiers sont équipés d’armes munies de balles réelles. Et une balle s’est logée dimanche dernier dans la tête de Rayana, 21 ans, par la faute d’un chauffeur imprudent, rencontré par hasard dans une boîte de nuit, comme cela peut arriver à n’importe quel jeune. Il s’est laissé prendre en chasse par des policiers qui ont utilisé leurs armes sur un véhicule chargé de quatre passagers.

Les faits: samedi dernier vers 11h00, dans le 18e arrondissement rue Ordener, trois policiers de la brigade territoriale de contact à VTT du commissariat local décident de contrôler une Peugeot 207, avec quatre personnes à bord et lui demandent de s’arrêter. Le contrôle a été déclenché parce que l’un des occupants n’avait pas sa ceinture de sécurité. Le conducteur, dont on saura qu’il n’a pas de permis, ne s’arrête pas alors que les passagers lui demandent d’obtempérer.

Au niveau du 47 boulevard Barbès, “ce dernier était bloqué dans la circulation puis redémarrait en dépit d’un nouvel ordre qui lui était donné d’arrêter le véhicule”, selon la procureure de la République de Paris Laure Beccuau. “A ce même endroit, deux policiers à vélo et un autre fonctionnaire d’un équipage de police secours, arrivé sur place en renfort, entouraient le véhicule puis ouvraient le feu à plusieurs reprises en sa direction”, poursuit la magistrate dans un communiqué.

Le conducteur de 38 ans a été blessé par balle au thorax et la passagère avant, âgée de 21 ans, touchée à la tête par les tirs des policiers. Lors de leur transfert à l’hôpital, ils étaient entre la vie et la mort.

Les policiers auraient tiré neuf cartouches. Les deux passagers arrière, en état de choc, n’ont pas été blessés. Ils ont été entendus par les enquêteurs. La passagère avant du véhicule est décédée des suites de ses blessures dimanche. Le conducteur est depuis sorti d’affaires.

Les trois policiers, placés en garde à vie pendant 48 heures, sont ressortis libres , sans poursuites judiciaires à ce stade. Les investigations se poursuivent, confiées désormais à un juge d’instruction pour notamment “violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique”.

Cette “information judiciaire permettra de retracer avec précision le déroulement des faits et de déterminer les circonstances exactes d’usage de leur arme par les policiers”, a indiqué la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, dans un communiqué.

Une violation délibérée
La famille de Rayana va porter plainte contre le conducteur et les policiers, a annoncé mercredi son avocate. Me Sylvie Noachovitch souligne: “la famille va déposer plainte dès ce jour (mercredi) contre le conducteur du chef d’homicide involontaire, car en refusant d’obtempérer alors que les passagers le suppliaient de s’arrêter, il a commis une violation délibérée aux règles de prudence et de sécurité et a causé la mort de cette jeune fille”, a-t-elle dit.

Me Noachovitch a précisé que Rayana, “sans casier judiciaire, ne connaissait pas le conducteur (…) Ils se sont rencontrés dans la boîte de nuit”.
Selon elle, le conducteur “a proposé de ramener les trois passagers (…) Cet homme a refusé d’obtempérer à deux reprises. Les policiers vont tirer la deuxième fois, lorsque cet homme à nouveau n’a pas voulu obtempérer parce qu’il s’est retrouvé avec la vitre brisée, également il a été braqué”.

Rayana “n’a jamais approuvé toutes ses fuites, à chaque fois elle hurlait dans la cabine de la voiture, comme les autres passagers, pour qu’ils sortent de la voiture, et cet homme ne répondait pas. Il est en premier responsable de cette mort”, a estimé l’avocate.

La famille va également déposer une plainte contre X visant les policiers, “pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner et homicide involontaire également, car selon la version de plusieurs témoins, il n’y avait plus de danger pour leur vie au moment du tir” des policiers, a ajouté Me Noachovitch.

Pour le conseil, “la légitime défense ne peut être invoquée” par ces fonctionnaires.

“On ne comprend pas pourquoi on a tiré six coups de feu devant la passagère, pourquoi elle s’est retrouvée avec une balle dans la tête, tout ça devrait être expliqué avec une autopsie”, a-t-elle ajouté, évoquant aussi l’existence de “vidéos” des faits et de “témoins” qui accréditeraient des fautes imputables aux policiers.

Cette affaire a soulevé un débat politique déclenchée par le leader de la gauche, Jean-Luc Mélenchon. Ce dirigeant qui rêve de devenir Premier ministre après les élections législatives, a fustigé “une police qui tue”. Il a expliqué avoir “monté le ton” pour dénoncer “l’évolution de l’usage de la force de la police telle qu’elle est aujourd’hui définie par le pouvoir politique qui commande”.

“Si vous votez pour moi, je changerai la doctrine d’usage de la force de police dans notre pays” pour un usage “proportionné”, a promis le numéro 1 de LFI, qui brigue le poste de Premier ministre si l’alliance de gauche (Nupes) emporte une majorité de sièges à l’Assemblée à l’issue des législatives des 12 et 19 juin. Se défendant d’être “antiflic”, il a pointé du doigt les “comportements factieux” selon lui de certaines “organisations politico-syndicales” policières.

Des mots qui ont déclenché une salve de critiques, au moment où son mouvement est identifiée par la majorité présidentielle comme son adversaire principal pour ce scrutin.
“Je trouve très choquant la façon qu’a Jean-Luc Mélenchon de s’en prendre systématiquement à la police avec des propos totalement outranciers”, s’est émue la Première ministre Elisabeth Borne mardi sur France Bleu.

“Quatre morts en 4 mois. La mort d’une jeune femme de 21 ans abattue d’une balle dans la tête: pas grave pour #Borne”, lui a aussitôt rétorqué M. Mélenchon sur Twitter. “Pour elle, moi seul suis un problème. Borne, Première ministre technocrate sans coeur, sans compassion humaine, sans principe républicain sur la force publique.”

“Il va trop loin”, c’est un “dérapage contrôlé”, a protesté le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti. “C’est insupportable de la part d’un haut responsable politique, particulièrement dans cette période électorale”, a estimé le garde des Sceaux sur BFM TV, en lançant: “C’est le politburo de LFI qui rend la justice dans ce pays ?”.

Pour l’ex-candidate du rassemblement national (RN) à la présidentielle Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon est “toujours du côté des voyous” et, à droite, le président des sénateurs LR Bruno Retailleau a réclamé ses “excuses aux policiers”.

Fin avril, à Paris, un policier avait été mis en examen pour “homicide volontaire”, soupçonné d’avoir tué le conducteur et un passager d’une voiture qui aurait forcé un contrôle près du Pont Neuf. Et dans la nuit de lundi à mardi, un policier a blessé au dos un automobiliste soupçonné d’avoir refusé un contrôle à Argenteuil , en banlieue de Paris.

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