France-Algérie: Une visite mémorielle à Sétif pour relancer la relation bilatérale
Dépêchée par le président Emmanuel Macron, la ministre déléguée française des armées Alice Rufo est arrivée ce vendredi à Sétif pour commémorer les massacres du 8 mai 1945 perpétrés par l’armée coloniale française à Sétif, Guelma et Kherrata. Un déplacement hautement symbolique qui marque également le retour de l’Ambassadeur de France à Alger Stephane Romattet et une volonté affirmée de normalisation diplomatique entre les deux pays.
« Sur instruction du Président de la République, Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, se rend en Algérie ce vendredi. La date et le lieu revêtent une importance capitale : il s’agit de commémorer les événements tragiques du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata. C’est ce qu’a annoncé un communiqué de la présidence française.
Alors même que les Français célébraient leur libération du joug nazi le 8 mai 1945, une répression sanglante s’abattait sur les manifestations indépendantistes en Algérie, faisant 45 000 morts algériens durant plusieurs semaines. Pour l’Élysée, reconnaître cette « vérité de notre histoire » est un impératif. Cette démarche témoigne de la volonté présidentielle de traiter la relation franco-algérienne avec honnêteté, dans le respect de toutes les mémoires qui y sont liées, souligne le texte.
Au-delà du recueillement, ce déplacement vise à stabiliser durablement les échanges entre les deux rives de la Méditerranée. Au cœur des discussions avec les autorités algériennes, la coopération consulaire occupe une place de premier plan. Macron a tenu à exprimer sa satisfaction quant à la reprise de ces échanges techniques essentiels. L’objectif affiché par Paris est désormais de conforter les résultats déjà obtenus, afin de fluidifier les procédures et de renforcer l’efficacité des mécanismes de coordination.
Le communiqué de l’Elysée indique, par ailleurs, que cette visite doit permettre de restaurer un dialogue politique de haut niveau, placé sous le signe de l’efficacité et de la considération mutuelle. La France appelle à l’établissement d’une relation stable, capable de respecter l’intérêt national de chaque État tout en servant leur intérêt commun. Cette lucidité face à l’histoire est présentée comme le socle nécessaire pour nouer des relations confiantes et prometteuses pour l’avenir.
Enfin, la dimension humaine de cette mission est marquée par l’urgence du dossier Christophe Gleizes. « La libération et le retour en France de notre compatriote demeurent une priorité absolue pour la diplomatie française ». L’Ambassadeur de France, qui accompagne la ministre et reprend officiellement ses activités à Alger, travaillera sur tous les aspects de la coopération bilatérale avec une attention prioritaire portée à ce dénouement. Romattet avait été rappelé de son poste suite à la décision d’Alger de rappeler son ambassadeur à Paris en juillet 2024. L’acte d’Alger fait suite à la décision de la France de soutenir officiellement le plan d’autonomie sur le Sahara Occidental, ce qui donné lieu ensuite à une tension sans précèdent entre les deux pays.
La reprise des fonctions de l’Ambassadeur de France marque la fin d’une période de tensions et le retour à un travail diplomatique de terrain. Dans un esprit de réciprocité, le diplomate aura pour mission de consolider les prochaines étapes de la relation bilatérale.
En choisissant de regarder le passé « en face » tout en s’attaquant aux dossiers concrets du présent, Paris espère que cette visite à Sétif permettra d’asseoir un dialogue apaisé sans occulter la dimension mémorielle, dans l’intérêt même des peuples français et algérien.