Fouad Soufi  : «Le 5 juillet 1962 symbolise la grande joie de la fin de la colonisation»  – Le Jeune Indépendant
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Nationale

Fouad Soufi  : «Le 5 juillet 1962 symbolise la grande joie de la fin de la colonisation» 

Fouad Soufi  : «Le 5 juillet 1962 symbolise la grande joie de la fin de la colonisation» 

Le 5 juillet 1962 marque un tournant décisif dans l’histoire de l’Algérie, symbolisant la fin de la colonisation française et l’avènement de l’indépendance nationale. Cette date, choisie pour célébrer la liberté retrouvée, est profondément ancrée dans les luttes incessantes des Algériens pour se libérer du joug colonial. Dans cet entretien au Jeune Indépendant, l’historien Fouad Soufi explore les multiples dimensions de cette date historique, de ses origines à ses répercussions sur les nouvelles générations, offrant ainsi une réflexion sur la signification profonde de l’indépendance et ses implications pour les générations futures.

Le Jeune Indépendant : La célébration du 5 juillet 1962, fête de l’indépendance, est également fête de la jeunesse. Quelles leçons peut-on tirer de cette journée pour les jeunes générations ?

Fouad Soufi : Tout d’abord, je tiens à préciser que, selon la loi de 1963, le 5 juillet était considéré comme la fête de l’Indépendance et du parti. Ce n’est que plus tard qu’il a été considéré comme fête de l’indépendance et de la jeunesse. Quant aux leçons que l’on peut tirer de cette date, c’est essentiellement celle de la mobilisation d’une génération composée de jeunes hommes et de jeunes filles motivés, comme leurs aînés, pour conduire la lutte pour la libération nationale.

Les jeunes d’aujourd’hui devront comprendre qu’ils peuvent poursuivre ce combat, avec d’autres armes et en d’autres circonstances mais toujours un seul objectif, un seul but, à savoir maintenir notre pays libre et indépendant. Le reste relève d’une vision romantique de l’histoire.

Justement, d’un point de vue historique, quelle est la symbolique du choix du 5 juillet en tant que fête de l’indépendance ?

Le 5 juillet 1962 est symboliquement la grande fête de la fin de la colonisation. Celle d’une journée célébrée dans la joie et l’allégresse de la liberté retrouvée par des millions d’Algériens.

Un débat avait eu lieu il y a quelques années autour de la date du 3 juillet. C’est effectivement le 3 juillet que la France, par la voix de son président le général De Gaulle, a pris acte des résultats du scrutin du 1er juillet et a officiellement annoncé que « les compétences afférentes à la souveraineté sur le territoire des anciens départements français d’Algérie sont, à ce jour, transférés à l’Exécutif provisoire de l’Etat algérien », mis en place après les Accords d’Evian du 19 mars. Il convient de noter que ni le FLN, encore moins le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) n’ont été cités. De ce fait, retenir la date du 3 juillet aurait été en quelque sorte accepter que le choix d’une date symbolique de notre histoire nationale, de notre roman national soit le fruit d’une décision de l’Etat français et non le fruit des luttes du Mouvement national libérateur.

D’un autre côté, il convient de souligner que d’un point de vue historique, le choix du 5 juillet comme date de célébration de l’indépendance, dès 1963, n’a pas été lié, à mon humble avis, immédiatement au 5 juillet 1830. On a fini par dire : « Ils sont entrés un 5 juillet, ils sont sortis un 5 juillet. » C’est beau mais historiquement c’est faux. Pour rappel, le 5 juillet 1830 est tout à la fois la date de la capitulation du Dey d’Alger et celle de l’occupation d’Alger par l’armée française, devenue armée coloniale, qui a longtemps été considérée comme une journée de deuil pour les Algériens. Les partis du mouvement national avaient marqué cette date par des mouvements de grève entre 1946 et 1954, voire plus tard. C’est une fois l’indépendance acquise que la symbolique de cette journée a été remplacée par la joie du souffle de la liberté retrouvée.

Le 5 juillet renvoie également à la grande grève nationale du 5 juillet 1961 contre la partition de l’Algérie. Est-il possible de revenir sur cette journée et de savoir si cela a eu un impact sur le choix du 5 juillet comme date de la fête de l’indépendance ?

Effectivement, la date du 5 juillet renvoie plutôt au 5 juillet 1961. Le GPRA avait alors appelé à une grande grève nationale contre les projets de partition de l’Algérie. Le 5 juillet 1961, qui intervient au moment où s’accélèrent les négociations mais également les exactions et les assassinats de la part de l’OAS, provoque un choc politique tant au niveau national qu’international. L’écho retentissant de cette grève démontre que le GPRA s’est imposé en tant que représentant unique du peuple algérien.

Quels sont les défis de la recherche historique sur le 5 juillet 1962, d’autant plus que la liesse populaire du jour de l’indépendance a été entachée, par endroits, par les conséquences tragiques des exactions de l’OAS ?

Le grand défi est simple et concerne l’histoire de la guerre de libération nationale. Peut-on aujourd’hui en faire une histoire académique qui ne soit pas en contradiction avec cette histoire romantique ? Comme vous l’avez rappelé, il y a eu de graves incidents à Oran, et uniquement à Oran, ce 5 juillet 1962. Le 5 juillet à Oran a été une journée assez particulière, c’est là un premier défi pour les historiens, d’autant plus que cette journée a été portée « disparue ». Personne n’en parle, même pas à Oran, et personne ne veut s’en souvenir, même à Oran.

Le second défi est de savoir ce qui s’est passé, partout dans le pays, villes et villages. Hélas, les témoins et acteurs principaux ont très probablement disparu. Aussi, il faut se féliciter et lire au moins deux ouvrages. Celui de Nourredine Saadi, aux Editions Chihab, intitulé : Ce jour-là, 5 juillet 1962. Le second, aux éditions Les Presses du Chélif, intitulé Istiqlal. 5 juillet 1962. Témoignages sur les folles journées de l’indépendance.

La génération qui leur a succédé ne peut donner qu’un souvenir d’enfance. Quant aux générations actuelles, elles apprennent, grâce aux travaux des historiens, l’histoire de leur pays et les sacrifices endurés par leurs aînés.

En outre, la question de la prise en charge académique de notre histoire reste essentielle. On ne peut plus se contenter des témoignages des acteurs, il faut mettre à la disposition des citoyens d’une manière générale et des chercheurs, historiens ou pas, les archives. D’autant plus que la loi de 1988 relative aux archives nationales le permet puisque le délai de soixante ans que l’on peut appliquer à ces archives est dépassé de deux ans. Les archives de la guerre de libération ne s’opposent pas à la sécurité de l’Etat et, donc, on peut largement leur imposer le délai de cinquante ans. Mais ceci est une autre histoire.

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