Forum économique algéro-tunisien : Sept accords signés pour booster les échanges bilatéraux
Le Forum économique algéro-tunisien a ouvert ses portes, jeudi à Tunis, réunissant chefs d’Etat, responsables gouvernementaux et opérateurs économiques des deux rives. A l’occasion de cette nouvelle édition, le Premier ministre, Sifi Ghrieb, en présence de la cheffe du gouvernement tunisien, Sarra Zaafrani Zenzri, a appelé à « accélérer le rythme » du partenariat bilatéral et à superviser la signature de sept accords stratégiques, ce qui illustre la volonté d’Alger et de Tunis de renforcer leurs échanges commerciaux et de développer des projets conjoints dans l’industrie, l’énergie et les infrastructures régionales.
Cette nouvelle édition constitue, selon M. Ghrieb, une étape déterminante pour mesurer les progrès accomplis depuis la précédente session, tenue en juillet 2023 à Alger, et pour permettre aux opérateurs économiques des deux pays d’explorer les importantes opportunités de partenariat bilatéral. Le chef du gouvernement a souligné que cette dynamique intervient dans un contexte marqué par une convergence politique exceptionnelle entre Alger et Tunis. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont enregistré en 2024 une progression notable, dépassant les 2,3 milliards de dollars, soit une hausse de 12 % par rapport à l’année précédente.
La Tunisie figure désormais parmi les principaux partenaires commerciaux de l’Algérie, notamment pour l’approvisionnement en produits semi-transformés à base de phosphate, matériaux verriers, produits en aluminium, ainsi qu’en véhicules, remorques et semi-remorques. Elle occupe, par ailleurs, la neuvième place parmi les clients de l’Algérie, principalement pour le gaz, les dérivés pétroliers, l’électricité, mais aussi pour le sucre, les produits alimentaires, le ciment et le clinker, selon le même responsable.
Sur le plan de l’investissement, l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) a recensé, jusqu’à la fin octobre 2025, 66 projets impliquant des opérateurs tunisiens, pour une valeur d’environ 353 millions de dollars. L’industrie concentre 90 % de ces projets, notamment dans les secteurs pharmaceutique et électrique.
Le Centre national du registre du commerce dénombrait, par ailleurs, près de 750 entreprises tunisiennes actives en Algérie à la fin de 2023, soit plus de 9 % des sociétés étrangères implantées dans le pays.
Malgré ces performances jugées encourageantes, M. Ghrieb a estimé que le niveau actuel des échanges et des investissements reste en deçà du potentiel offert par les deux économies et des perspectives prometteuses créées par les mutations internationales en cours.
Le Premier ministre a ainsi appelé les deux gouvernements et les communautés d’affaires à « accélérer le rythme », en adoptant des mécanismes opérationnels visant à fluidifier la circulation des marchandises, identifier les avantages compétitifs des deux économies et renforcer leur complémentarité. Il a également insisté sur la nécessité de développer des projets conjoints dans plusieurs secteurs, afin de bâtir des infrastructures interconnectées et de mettre en place des chaînes de valeur régionales.
Ces initiatives pourraient s’inscrire, selon lui, dans un cadre élargi de coopération tripartite associant l’Algérie, la Tunisie et la Libye, conformément à la vision adoptée lors du sommet consultatif tenu à Tunis le 22 avril 2024. Plusieurs projets, notamment dans les domaines de l’énergie, du transport et de l’eau, sont d’ailleurs en cours de préparation dans ce cadre.
L’Algérie ouvre ses portes aux entrepreneurs tunisiens
Le Premier ministre a également mis en avant le rôle du Conseil du renouveau économique algérien (CREA) et de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, dont la récente convention vise à stimuler la coopération entre les milieux économiques des deux pays. Cette démarche devrait favoriser l’échange d’informations, l’organisation de missions d’affaires, la participation conjointe aux Salons économiques et la tenue d’événements ciblant le marché africain.
M. Ghrieb a, en outre, invité les investisseurs tunisiens à explorer les nombreuses opportunités offertes par l’Algérie dans des secteurs comme l’industrie (pièces détachées, textile, cuir), l’énergie, le tourisme, l’agriculture, la pêche, les énergies renouvelables, les start-up, les travaux publics et le transport. Il a assuré que ces opportunités bénéficient d’un cadre juridique et institutionnel incitatif et de ressources humaines et matérielles importantes.
A ce propos, le Premier ministre a rappelé les grandes réformes économiques engagées par le président de la République, citant notamment la loi sur l’investissement de 2022.
Dans la continuité de cette vision, le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, a rappelé, lors de la clôture du forum, que la Tunisie demeure l’un des partenaires économiques majeurs de l’Algérie, soulignant que le niveau actuel des échanges est estimé à pas plus de 2,5 % du commerce extérieur global.
Malgré ce volume d’échanges, M. Rezig a mis en avant la progression notable enregistrée ces trois dernières années. Les échanges bilatéraux ont, en effet, bondi de 42,34 %, passant de 1,62 milliard de dollars en 2022 à 2,306 milliards en 2024. Les exportations tunisiennes vers l’Algérie ont, quant à elles, augmenté de 71,61 % pour atteindre 420 millions de dollars en 2024, grâce notamment à une diversification touchant les produits pharmaceutiques et les équipements automobiles.
Sept accords ont été signés entre des entreprises algériennes et tunisiennes, renforçant les liens économiques bilatéraux. Il s’agit de PEC et ACS (plastique et textile), IdeNet et Coficab (géolocalisation et câbles automobiles), Techno Cast et Fondinor (maintenance industrielle et fonderie), IANOR et TAA (normalisation et composants automobiles), Tapidor et IGL Distribution (distribution), Condor et One Tech (solutions technologiques), et Iris et Jomaa SA (équipements automobiles).
Hichem Elloumi, vice-président de l’UTICA, a souligné l’importance stratégique de ces accords, qui ouvrent, selon lui, de nouvelles opportunités de coopération dans l’industrie, le tourisme, les énergies renouvelables, le commerce et l’investissement.