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Nationale

Force commune arabe : Le niet d’Alger

Force commune arabe : Le niet d’Alger

L’idée qui planait depuis des mois vient d’être entérinée par les ministres arabes des Affaires étrangères, celle de la constitution d’une armée commune. Il ne reste plus qu’au sommet des rois et des chefs d’Etats qui s’ouvrira aujourd’hui à la station balnéaire égyptienne de Charm el Cheikh de se mettre d’accord sur les modalités et les mécanismes de son fonctionnement.

Bien que cette force existe dans les faits, notamment avec les récentes interventions militaires en Syrie, en Irak et en Libye, ainsi que tout récemment au Yémen, il lui fallait une existence « légale » et « politique » et une caution internationale. D’ailleurs, la dernière coalition menée par Ryadh contre des objectifs militaires des milices chiites au Yémen regroupe une dizaine de pays arabes et musulmans.

Même le Soudan, qui était pourtant réfractaire à ce genre d’intervention, a envoyé des appareils pour soutenir cette coalition, tout comme le lointain Maroc.

L’idée, qui fut proposée pour la première fois par les Américains il y a quelques années, consistait à dire que c’est aux Arabes de combattre, sur le plan régional, les milices armées ou les groupes terroristes. Obama avait soutenu à l’époque de son premier mandat, que les vies de ses soldats étaient précieuses et qu’ils ne pourraient pas à chaque « délit » les envoyer au charbon pour régler « la circulation » ou contrôler l’ordre.

En fait, avec l’émergence de Daech et des autres groupes djihadistes, il était évident que la création d’une coalition ou armée commune arabe était des plus nécessaires, étant donné que des Etats « victimes » sont fragilisés, délabrés sur le plan institutionnel et la société profondément divisée, comme le prouve les cas de l’Irak, de la Syrie ou de la Libye et du Yémen. 

Pour les stratèges militaires, la lutte contre ces groupes et ces milices radicaux exigeait une stratégie, non plus à l’échelle d’un Etat, mais à celle régionale. Car il est vrai que le terrorisme est devenu transnational, avec une idéologie devenue supra-étatique dépassant l’axiome de la territorialité ou de la géographie, ce qui exige une réponse adéquate, c’est-à-dire une riposte transnationale, une armée commune avec un état-major opérationnel commun.

C’est ce plan en vogue depuis des années, concrétisé à petite échelle en Libye, qui a été mis en place lors de l’intervention saoudienne sur les bases des milices houthis au Yémen.
Seulement, la première armée du monde arabe, avec un effectif de plus d’un demi-million d’hommes, devançant l’Egypte et l’Arabie Saoudite, ne sera pas partie prenante de cette force militaire.

C’est le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, qui le confirme encore une fois. « L’Algérie n’autorisera aucune participation de ses troupes armées à des opérations militaires en dehors de ses frontières, a t-il réaffirmé avant-hier à Charm el Cheikh.

« Nous prenons acte de la proposition soumise par le président Abdelfettah El Sissi concernant de telles initiatives au service de l’action arabe commune et de la sécurité dans les pays arabes, de même que nous estimons nécessaire de tirer les bons enseignements à partir des précédentes expériences », a indiqué M. Lamamra à la presse en réponse à une question sur la position de l’Algérie quant à la création d’une force arabe commune.

Le maintien de la stabilité crédo algérien

Le chef de la diplomatie algérienne qui, intervenait à l’issue de son entretien avec son homologue omanais, Youssef Ben Aloui en marge de la réunion des ministres arabes des Affaires étrangères, a évoqué « l’expérience africaine avérée qui pourrait servir de référence dans tout examen des fondements et de la sécurité collective ».

En effet, l’Union africaine a déployé une force militaire commune dans plusieurs pays qui connaissaient des tensions et des conflits comme la Somalie, le Libéria, la RDCongo, la Sierra-Leone, la Centrafrique, le Mali et la région du Darfour. Cette force africaine était constituée principalement par des armées puissantes régionalement comme le Nigéria, le Ghana, l’Afrique du Sud, le Tchad et l’Ouganda.

C’est l’intervention de cette force africaine qui a réussi à rétablir l’ordre et à chasser les milices islamistes d’une bonne partie du territoire somalien, et c’est elle qui a soutenu l’Etat malien pour maintenir la stabilité dans les régions nord du pays, comme c’est cette force qui a pu rétablir l’ordre constitutionnel au Libéria il y a quelques années.

Bien que l’Algérie brandisse une « vraie » fausse doctrine de non intervention de son armée en dehors de ses frontières (elle a bien envoyé des troupes sur le canal de Suez en 1967 et au Sinaï en 1973), elle pourrait bien y être présente, comme elle l’a fait avec la force africaine intervenue militairement à Mogadiscio.

A l’époque, notre pays avait mobilisé une bonne partie de son aviation militaire pour le transport des troupes et des armes à partir de Kampala, capitale ougandaise.

D’ailleurs ce soutien logistique, notamment sur le plan aérien, est très apprécié par les experts militaires, qui ont retenu la fameuse expérience du transport aérien de plus de 10 000 personnes d’Alger vers Khartoum en trois jours, pour suivre un match de foot. C’est sans doute ce soutien logistique qui sera demandé à notre pays dès la force commune constituée.

Reste à savoir si cette armée arabe commune ne sera pas dirigée contre des entités ou des régimes politiques, ou si elle sera confinée dans une unique mission, celle de combattre le terrorisme transnational.

C’est pourquoi Lamamra lance, en guise de précision, que « des mesures préventives doivent également être prises par chaque pays afin de pouvoir construire en son sein une société tolérante et complémentaire où règne justice sociale et bonne gouvernance », a ajouté M. Lamamra.

« Si ces éléments venaient à manquer et dans le cas où les moyens susceptibles de permettre l’aboutissement à une solution faisaient défaut, nous devrions penser à exploiter au mieux les moyens prévus par les chartes de la Ligue arabe et de l’ONU, tel le déploiement des forces de maintien de l’ordre. Les pays dont les Constitutions permettent de telles actions sont en mesure d’agir dans ce cadre », a-t-il poursuivi.
 

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