-- -- -- / -- -- --


Nationale

Focus sur « Fayard » désormais contrôlé par Vincent Bolloré

Focus sur « Fayard » désormais contrôlé par Vincent Bolloré

Vue d’Algérie , « Fayard » se décline aux yeux des familiers du livre — éditeurs et lecteurs — comme la maison d’édition dédiée à l’histoire. Ce n’est pas faux. Depuis toujours, le slogan commercial — ‘’l’Histoire chez Fayard’’ — a rythmé devantures et encarts publicitaires de la société du Quartier Latin. Vu d’Algérie et vu par les Algériens de France, le nom de « Fayard » résonnera à jamais comme l’éditeur qui, entre 1968 et 1971, a publié « La Guerre d’Algérie », monumentale moisson en quatre tomes : « Les Fils de la Toussaint », « Le Temps des léopards », « L’Heure des colonels » et « Les Feux du désespoir ».

Longtemps interdite à la vente en Algérie, cette série a circulé sous les manteaux tout au long de la présidence de Boumediene avant d’être autorisée au début des années quatre-vingt à l’ex Librairie du Parti (bd Khemisti) puis coéditée en 2001 chez « Casbah Éditions ».

À la différence de « Le nettoyage ethnique de la Palestine », la série de Yves Courrière — décédé en 2012 — est toujours disponible à la vente à la librairie de l’éditeur ou dans les FNAC et le réseau des libraires indépendants. Idem pour d’autres titres en rapport avec l’Algérie et qui ont fait dire aux Algériens que « Fayard » — tout comme Le Seuil, les éditions de Minuit, Maspéro (racheté par La Découverte) — leur parle énormément.

Entre autres titres importants édités chez « Fayard », « La Guerre d’Algérie » sous un collectif sous la direction de Mohammed Harbi et de Benjamin Stora, « Nulle part dans la maison de mon père d’Assia Djebbar, « La Guerre d’Algérie » de Pierre Miquel, « Algérienne » (récit de Louisette Ighilahriz recueilli par Anne Nivat), « Le FLN, documents et histoire » de Mohammed Harbi et Gilbert Meynier, « Histoire intérieure du FLN » de Gilbert Meynier, « Abdelkader » de Bruno Étienne, Le mal algérien » de Smaïl Goumeziene, « Ils venaient d’Algérie » de Benjamin Stora, « La Guerre d’Algérie et les Français » sous la direction de Jean-Pierre Rioux, « L’Algérie retrouvée » de Maurice T. Maschino, « Appelés en Algérie » de Claire Mauss-Copeaux, etc.

Avant qu’elle n’annonce, contre toute attente et sans aucune explication, que la traduction française de « The Ethnic cleansing of Palestine » n’est plus disponible à la vente, « Fayard » a émargé au rang des éditeurs qui ont donné à lire sur le conflit du Proche-Orient et sur la lutte des Palestiniens. En atteste le catalogue consultable sur le site officiel de la maison d’édition.

Traduction sur le front éditorial de pans entiers du fait national palestinien, de très nombreux livres cultivent le volumineux catalogue de la maison du quartier de Montparnasse. Jusqu’à preuve du contraire, ces livres sont toujours disponible à la vente. Rien, sur le site officiel de l’éditeur, n’annonce qu’ils ont connu un sort commercial similaire au livre de « Le nettoyage ethnique de la Palestine ».

Au rang de ces livres, « Arafat l’irréductible », l’une des meilleures biographies jamais publiées sur le chef du Fatah/OLP et président de l’État palestinien proclamé en novembre 1988 à Alger. Cette biographie a été écrite par Amnon Kapeliouk, journaliste israélien pacifiste qui a également collaboré avec Le Monde et le Monde diplomatique et couvert certaines sessions du Conseil national palestinien à Alger.

IMG 5901 e1703116104744

Signalons également « La question palestinienne », un entretien de Yasser Arafat avec Nadia Benjelloun-Ollivier, « Les révolutionnaires ne meurent jamais »(conversations de George Habache avec Georges Malbrunot), « Palestine, la trahison européenne » de Stéphane Hassel et Véronique de Keyser, « Un mur en Palestine » de René Backmann, « Histoire de Gaza » de Jean-Pierre Filiu, « Israël, Palestine. Vérités d’un conflit » d’Alain Gresh, « Bethléem en Palestine » de Pierre Péan, « La question de Palestine » de Henry Laurens, la trilogie de Charles Enderlin — « Paix ou guerres », « Le rêve brisé » et « Les années perdues », etc.

Relevés parmi tant d’autres du catalogue proche-oriental de « Fayard », ces titres témoignent que la Palestine n’a jamais été dans le passé un thématique sensible et qui prêterait à censure. À lui seul, le livre consacré à Georges Habache — considéré comme terroriste non-grata dans les pays européens — prouve que « Fayard » ne s’assignait pas quelque ligne rouge. À l’image de « Arafat l’irréductible », de « Un mur en Palestine » ou « Palestine, la trahison européenne », « Les révolutionnaires ne meurent jamais » — publié en 2008 — est toujours disponible à la vente si l’on s’en tient à sa fiche sur le site officiel de la Maison.

IMG 5905 e1703116136717

Comment dès lors expliquer le sort commercial réservé à la version française de « The Ethnic cleansing of Palestine » ? Quatre jours après l’annonce par le site littéraire « ActuaLitté » du retrait en catimini du livre de Ilan Pappé, rien ne filtre à ce sujet. Visiblement, « Fayard » ne serait pas prête à communiquer sur le sujet à moins d’une demande médiatique insistante. Pour l’heure, tout se passe comme si la non-disponibilité du produit à la vente — il ne le sera PLUS comme le précise l’éditeur — tient d’un acte somme toute commercial. Reste qu’il est difficile de ne pas noter que sa non-disponibilité intervient sur fond de conflit à Gaza et ses résonances sur le front médiatique.

Cet épisode intervient, faut-il le signaler, à un moment où « Fayard » — maison fondée en juillet 1857 — n’est plus sous la même bannière que lors de la publication des titres ‘’palestiniens’’ cités ici. Reflet de l’histoire récente de France et du monde, « Fayard » a évolué au gré des épisodes qui ont rythmé la chronique hexagonale et internationale tout au long de ces 166 dernières années : compagnonnage contraint avec Vichy, ralliement de la Résistance après l’appel gaulliste de juin 1940 à Londres, gaullisme (avec l’édition de Raymon Aron, Malraux, etc), les deux Guerres mondiales, les conflits de décolonisation, les désordres du monde, etc.

Cette actualité s’est traduite à l’épreuve du catalogue. Mais d’un point de vue économique, l’entreprise fondée par Jean-François Arthème Fayard et reprise par ses héritiers a changé de bannière capitalistique.

Rachetée dans son intégralité par le groupe Hachette en 1962, elle vit sous la tutelle de la famille éponyme jusqu’à 1980 avant de basculer sous le giron de la famille Lagardère. Mais sous l’effet des grandes manœuvres économiques qui ont marqué les secteurs du livre et de l’édition ces dernières années, « Hachette Livre » (une des filières du groupe Lagardère) a basculé dans le giron de Vincent Bolloré, nouveau magnant de la presse en France.

Sur le front médiatique, Bolloré contrôle, entre autres, la chaîne CNews, la station de radio Europe 1 et l’hebdomadaire Le journal du Dimanche, trois rédactions dont la couverture du conflit en cours interroge. Faut-il conclure que le sort commercial réservé à « Le nettoyage ethnique de la Palestine » tiendrait de cette posture éditoriale ? L’avenir immédiat le dira.



Veuillez activer JavaScript dans votre navigateur pour remplir ce formulaire.

Cet article vous-a-t-il été utile?

Cet article vous-a-t-il été utile?
Nous sommes désolés. Qu’est-ce qui vous a déplu dans cet article ?
Indiquez ici ce qui pourrait nous aider a à améliorer cet article.
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email