Flambée des prix du poulet : Appel à une meilleure structuration de la filière
Après avoir dépassé 500 DA le kilogramme dans plusieurs marchés du pays, le prix du poulet pourrait amorcer une baisse dans les prochaines semaines. Les premiers signes d’accalmie sont déjà perceptibles sur les marchés de gros, selon le président de la Fédération nationale des aviculteurs (FNA), Ali Benchaïba, qui mise sur la reprise progressive de l’activité d’élevage et l’amélioration attendue de l’offre.
Cette évolution reste toutefois tributaire de la reprise effective des mises en place et de l’augmentation des commandes de poussins. Contacté par Le Jeune Indépendant, le responsable de la FNA estime que la flambée actuelle demeure essentiellement « conjoncturelle », après plusieurs mois particulièrement difficiles pour les éleveurs.
La hausse des prix s’explique avant tout par une contraction brutale de la production. « Nous avons enregistré une baisse de l’offre des produits avicoles suite à plusieurs facteurs combinés », explique Ali Benchaïba au Jeune Indépendant.
Parmi les principales causes évoquées figurent les maladies ayant touché les élevages avicoles, qui ont entraîné d’importantes mortalités, la canicule, les incendies ayant touché des bâtiments d’élevage ainsi que les coupures récurrentes d’électricité. Ces difficultés sont venues s’ajouter à une situation de la filière déjà fragile.
Durant plusieurs mois, les prix pratiqués sur le marché ne permettaient même pas à de nombreux éleveurs de couvrir leurs coûts de revient. « Beaucoup d’éleveurs n’ont pas pu poursuivre leur activité et ont été contraints d’arrêter », souligne le président de la FNA.
La réduction de l’activité est ainsi intervenue au moment où la demande augmentait fortement, notamment durant la saison estivale marquée par les mariages et les différentes célébrations. Résultat : un déséquilibre entre l’offre et la demande, qui a propulsé le prix du poulet jusqu’à plus de 500 DA/kg. La plaque de 30 œufs a, pour sa part, atteint 600 DA.
Pour la FNA, les signaux observés ces derniers jours permettent néanmoins d’espérer une amélioration progressive de la situation. La reprise de l’activité par plusieurs éleveurs et l’augmentation des commandes de poussins devraient contribuer à renforcer l’offre dans les prochaines semaines. « La situation est conjoncturelle », insiste Ali Benchaïba, estimant que la stabilisation des prix devrait intervenir à mesure que la production reprendra.
Mais au-delà de la crise actuelle, le professionnel estime nécessaire de s’attaquer aux fragilités structurelles de la filière afin d’éviter la répétition des mêmes cycles de pénurie, de flambée et de baisse des prix.
Pour un «couloir vert» à l’importation
Parmi les difficultés persistantes figure l’approvisionnement en intrants nécessaires à l’activité avicole. Ali Benchaïba plaide, à ce titre, pour la mise en place d’un « couloir vert » pour les opérations d’importation, afin de faciliter et d’accélérer les procédures et permettre aux éleveurs d’accéder, dans les meilleurs délais, aux produits indispensables à leur activité.
Il appelle également à encourager les agriculteurs et les éleveurs à se regrouper au sein de coopératives. Une telle organisation permettrait, selon lui, de mutualiser certains moyens, d’améliorer l’accès aux intrants et de renforcer la capacité des professionnels à faire face aux fluctuations du marché.
L’autre faiblesse mise en avant par l’interlocuteur réside dans les capacités de stockage. Les éleveurs privés disposent, selon le président de la FNA, de moyens limités pour conserver leurs produits et d’un nombre insuffisant d’espaces de stockage adaptés.
Il préconise ainsi la mise en place d’un programme national de stockage, considéré comme un outil essentiel pour réguler le marché. La constitution de stocks permettrait notamment de mieux gérer les périodes de forte demande ou de baisse de la production et d’éviter les déséquilibres brutaux entre l’offre et la demande.
Pour Ali Benchaïba, une meilleure organisation de la filière passe également par une identification plus précise des éleveurs et des différents opérateurs. Une partie des professionnels ne serait pas suffisamment recensée, ce qui complique la gestion globale du secteur.
Un recensement plus efficace permettrait aux pouvoirs publics de disposer de données précises sur les capacités de production, d’anticiper les besoins et d’intervenir en amont afin d’éviter de nouvelles tensions sur le marché.
Renforcer le suivi sanitaire
Le suivi sanitaire des élevages constitue un autre enjeu majeur. Les maladies ont récemment contribué à des mortalités importantes, affectant davantage une filière déjà fragilisée.
La FNA préconise donc une surveillance sanitaire renforcée permettant de détecter rapidement les foyers de maladies, de limiter les pertes et de préserver les niveaux de production.
« La filière dispose, en outre, d’un cycle de production relativement court. Environ 45 jours peuvent suffire entre la mise en place du poussin et l’obtention du produit fini, à condition que les conditions sanitaires, alimentaires et techniques soient réunies », explique Ali Benchaïba.
Le problème réside donc, selon lui, moins dans les capacités théoriques de production que dans la régularité de l’activité et l’organisation de la filière. Au cours des dernières semaines, le nombre de poussins mis en place aurait notamment été inférieur aux besoins du marché, contribuant directement à la contraction de l’offre.
Sur les marchés, la flambée des prix suscite néanmoins l’inquiétude des ménages. « A 500 DA le kilo, le poulet devient difficile à acheter régulièrement. Pour une famille nombreuse, la facture augmente rapidement », témoigne une mère de famille.
La hausse intervient, selon plusieurs consommateurs, dans une période déjà marquée par de nombreuses dépenses. « Entre les vacances, les cérémonies et les autres produits alimentaires, il devient très difficile de faire face à toutes les dépenses. Nous espérons que la baisse annoncée sera rapide », témoigne un consommateur.
Le prix des œufs constitue également une source de préoccupation. « Le plateau à 600 DA, c’est beaucoup. Les œufs étaient une alternative moins chère à la viande, mais leur prix augmente lui aussi », déplore une consommatrice.
Face à cette situation, certains ménages ont commencé à réduire leurs achats. D’autres espèrent que la disponibilité du poulet congelé à 350 DA/kg contribuera à calmer le marché. « Si le produit est réellement disponible dans les points de vente, cela peut aider les familles. Nous attendons surtout que cette baisse se répercute sur le poulet frais », estime un consommateur.
Pour la FNA, l’enjeu dépasse donc la seule flambée actuelle. Il s’agit désormais de mettre en place une véritable stratégie de régulation, de l’amont à l’aval, afin de garantir aux producteurs des conditions leur permettant de maintenir leur activité, tout en assurant aux consommateurs une disponibilité régulière du poulet, des œufs et des autres viandes blanches à des prix abordables.