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Nationale

Finance islamique dans nos banques : Alternative halal ou produit miracle ?

Finance islamique dans nos banques : Alternative halal ou produit miracle ?

Le gouvernement prépare déjà l’introduction pour la première fois en Algérie de chèques islamiques dans le Trésor de l’Etat. Les rédacteurs du projet de la loi de Finances 2018 l’ont prévu dans un des dispositifs qui sera soumis dans une semaine au conseil du gouvernement pour examen et adoption.

Il est également question, dans la même veine, d’introduire avant la fin de cette année des produits nouveaux bancaire relevant de la finance islamique. Deux banques publiques sont déjà préparées pour cette opération, alors que les quatre autres établissements devront proposer en 2018 ces produits labels « islamiques « .

Des nouveautés qui semblent avoir été dictées par la crise et la rareté des ressources financières, bien que certains experts pensent qu’il s’agissait pour le gouvernement de satisfaire à certaines exigences dogmatiques et de croyances religieuses, en captant les énormes fonds et capitaux qui dorment dans les circuits commerciaux informels estimées par les autorités à 17 milliards de dollars et le triple par d’autres sources.

Pourtant, la finance islamique existe déjà dans le pays, à travers certaines banques bien connues et qui ont pu se développer et prospérer en vendant des produits labellisés « islamiques « . Ainsi Al Baraka Bank, une filiale du groupe éponyme basée en Arabie saoudite, s’est établie en 1991, alors que Al Salam Bank, filiale d’un groupe émirati a fait son apparition en 2009, suivie par AGB. En fait, pour des experts, l’activité de ces banques ne dépasse guère les 5%, ce qui est un taux assez faible et dénote de la domination des banques traditionnelles et classiques. D’ailleurs, même une banque française s’est mise dans cette mode en Algérie, après l’avoir introduit en France.

En Grande Bretagne, les grands établissements financiers l’ont déjà adopté depuis très longtemps et des écoles spécialisées enseignent aux futurs banquiers les rudiments et les techniques. Selon de rares études et enquêtes réalisées dans le secteur, l’Algérie possède un potentiel non négligeable dans ce segment et la croissance des produits de ce label est appelée à se développer rapidement au cours des dix prochaines années, pour différentes raisons socio-économiques. Mais chez nous qu’en est –il vraiment ? Sommes-nous bien rodés ? A-t-on vraiment les compétences pour se lancer dans ce modèle ?

La Banque Centrale pourra-t-elle assurer les contrôles de conformité et mettre les garde-fous pour protéger les citoyens et les entreprises ? Selon des experts et des universitaires, l’Algérie n’a pas formé une main d’œuvre spécialisée et compétente dans ce domaine. Chez le personnel des banques publiques, aucun cadre n’a le cursus et la technicité dans ce segment.

De plus, on sait en revanche que les mécanismes de fonctionnement de cette finance sont structurés différemment par rapport aux banques traditionnelles. Ainsi, ces produits doivent être conformes à la Charia, ou la jurisprudence islamique.

Donc, il faut une « fetwa « qui sera émise par un conseil interne composé de docteurs et érudits en Charia. C’est ce conseil qui se prononce sur la conformité de ces produits que proposent les banques.

Dans ce registre, il faut rappeler que la finance islamique a cinq principes : interdiction de l’intérêt ou « riba », pas de « tamwil » ou financement dans des secteurs illicites comme les vins, l’alcool et les viandes du porc, partage de profits et pertes, pas de transactions douteuses ou incertaines et enfin ces transactions doivent être sous-tendues par un actif tangible.

Généralement, comme partout dans le monde, la finance islamique a développé plusieurs produits connus, qui ont connu de grands succès auprès des clientèles de milieux conservatrices notamment.

Il faut citer le fameux « mourabaha « ou achat –vente (crédits véhicules par exemple), la « moucharaka « , genre de capital risque dans des investissements lourds, la « idjara « ou leasing, le « sukouk « pour lever des fonds, notamment dans les transactions boursières et l’actionnariat.

Or, tout cela exige de la part de nos banques publiques, une réelle disponibilité des compétences, une maitrise de cette technicité et un marketing moderne et efficace pour convaincre et atteindre cette rentabilité tant voulue par les pouvoirs publics. Des carences dans la codification de ce segment existent.

Il faudra dés maintenant se préparer à changer la législation en vigueur, notamment des dispositifs importants dans la loi sur le crédit et la monnaie, dont le gouvernement s’attèle à la réviser et la présenter pour adoption mi octobre à l’APN.

Des textes d’application sont également prévus pour réguler cette activité, puisque elle concerne la gestion des établissements bancaires publics, soumise à des règles strictes et des contrôles rigoureux.

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