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Nationale

Fin d’une ère ou «tab jnane» d’une génération ?

Fin d’une ère ou «tab jnane» d’une génération ?

L’énigmatique personnage va enfin céder sa place à quelqu’un d’autre de son univers. Il y a vingt-cinq ans, personne dans le monde politique et de la presse ne se targuait de dire qu’il connaissait le patron de la fameuse DRS (Direction du renseignement et de la sécurité), nouvellement restructurée par les généraux Lakehal Ayat et Betchine à la fin des années 1980 de l’ère Chadli Bendjedid et de la « déboumédiénisation » rampante du système bâti à partir de juin 1965.

L’homme était si mystérieux que la seule évocation de son nom provoquait un tsunami d’angoisses et de peurs dans le sérail. Le général Toufik était un parfait exemple des stéréotypes et autres clichés de l’univers des services secrets, loin des feux de la rampe, loin des débats. Il était au-dessus de tout le monde, loin des mêlées que souvent ses propres services attisaient ou provoquaient.

Il devint patron d’une vraie organisation, structurée et disciplinée, prête à en découdre avec la montée vertigineuse du monolithisme religieux et ses bras armés. A l’époque, le pouvoir politique savait que l’ANP ne pouvait combattre seule le monstre naissant du terrorisme.

C’est ce contexte particulier, fait de tragédies et de drames, c’est cette conjoncture sanglante marquée par les ruptures politiques et la crise économique et sociale au début des années 1990 qui ont mis en première ligne le DRS.

Il y a quelques jours, un analyste estimait que la puissance du DRS était née avec les dommages de la crise de 1986 et que cette suprématie sera éteinte avec la récession actuelle.

Pourtant, d’autres pensaient bien que les jours du général étaient comptés le jour (c’était en automne 2013) où le secrétaire général du FLN, Amar Saâdani, avait décidé de briser le tabou et d’attaquer frontalement le personnage.

La guerre de Saâdani et son discours sur l’émergence d’un Etat civil préfigurait, pour les plus avertis, les récents réaménagements et les autres démantèlements de l’appareil sécuritaire.

Une restructuration pour les uns pour des soucis de modernisation et d’efficacité, alors que pour d’autres il s’agirait des conséquences d’un conflit au plus haut sommet des pouvoirs décisionnels de l’Etat.

Guerre opaque et omerta, les deux attributs qui accompagnèrent souvent l’action des services secrets mais, dans le cas de l’Algérie, la version Toufik de notre appareil sécuritaire allait être souvent collée aux sordides politiques : sinon comment expliquer la démission du président Zeroual, alors qu’il exerçait un mandat légitime et légal ?

Comment ne pas croire que le président actuel, Bouteflika, ne fut pas « aidé et facilité » ? Faut-il oublier le fameux épisode de l’élection présidentielle de 2004 et le rapport de forces qui s’ensuivit ?

Il est sûr que le général Toufik fut au cœur de l’histoire de notre pays depuis un quart de siècle. L’homme était sur la brèche dès son jeune âge, en pleine guerre de libération, un révolutionnaire accompli qui n’hésita point à militer au sein du FLN, le parti qui combattait le système colonial.

Rares sont les écrits qui notèrent son passage dans l’encadrement de la wilaya IV, son parcours de vrai moudjahid et son apprentissage de la guerre de survie. Un mystère qui va lui coller encore après l’indépendance, bien que les maigres biographies le signalent comme responsable sécuritaire détaché à Tripoli en 1969, en Libye du roi Senoussi.

Son ascension au sein de la défunte Sécurité militaire n’était point dû à des actes d’héroïsme ou de bravoure, mais au profil de sa personnalité, son patriotisme avéré et surtout sa capacité à maintenir la cohésion des troupes. C’est cela qui lui permit de survivre avec toute sa puissance dans les sphères du pouvoir, bien plus que les autres compagnons de l’ANP, comme les généraux Belkheir, Lamari, Nezzar ou Betchine. 

Aujourd’hui, il est presque légitime de se poser la question de savoir si la mise à la retraite d’un général de l’envergure de Mohamed Médiène n’est pas l’annonce d’une nouvelle ère pour l’Etat algérien et son système édifié dans l’idéologie du sécuritaire depuis des décades. Est-ce la fin d’une époque qui va susciter encore des mises à la retraite des vieux guerriers et d’anciens moudjahidine ?

Est-ce vraiment le commencement de « tab jnana », ce projet politique que Bouteflika a brandi un certain 8 mai 2012 à Sétif, mais auquel lui-même semble avoir renoncé ? Et si cela auguraît du retrait réel de Bouteflika lui-même après avoir achevé les petits « arrangements » politiques et constitutionnels ? 

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