Tensions mondiale sur les médicaments: Le plan de bataille de l’UNOP
Face aux secousses géopolitiques provoquées par la guerre au Proche-Orient, l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP), en échos à la note urgente du ministère de l’Industrie pharmaceutique, a alerté sur les risques de perturbations des approvisionnements et a lancé un appel à la mobilisation générale pour assurer la continuité de la disponibilité des médicaments pour les citoyens. C’est ce qu’a indiqué, ce lundi, un communiqué de l’organisation des professionnels du secteur du médicament.
L’UNOP a affirmé vouloir « attirer l’attention de ses membres et, par-delà, de l’ensemble des acteurs de la filière pharmaceutique nationale », en l’occurrence les producteurs, les distributeurs-grossistes et les pharmaciens d’officine, sur « les perturbations de grande ampleur » engendrées par cette situation géopolitique. Des perturbations qui, selon elle, touchent « un nombre croissant de produits et de services » à l’échelle mondiale, faisant peser des incertitudes lourdes sur la continuité des approvisionnements.
Dans ce contexte, l’UNOP a appelé l’ensemble de ses adhérents à assurer « un suivi rigoureux de l’état des stocks et des délais de réapprovisionnement », qu’il s’agisse des produits finis destinés à la consommation ou des matières premières indispensables aux processus de fabrication. Une exigence qualifiée d’« urgence absolue », dans un contexte où « la crise sévère affecte d’ores et déjà des pans entiers de l’économie mondiale ». En filigrane, c’est la crainte d’un effet domino qui se dessine : retards logistiques, hausse des coûts, raréfaction de certaines substances actives, autant de facteurs susceptibles de désorganiser durablement le marché du médicament.
En outre, l’UNOP a appelé à un changement de posture, invitant l’ensemble des opérateurs à « aller au-delà du simple suivi mécanique des flux d’approvisionnement internationaux » pour adopter une démarche résolument anticipative. Il s’agit, selon elle, de « prévoir autant que possible l’ensemble des aléas potentiels » susceptibles d’impacter les programmes de production et de distribution dans les mois à venir. Une approche qui suppose une meilleure lecture des risques, mais aussi une capacité d’adaptation rapide face à des évolutions souvent imprévisibles.
Dans cette optique, l’organisation a souligné l’importance d’un partage fluide de l’information, précisant que « toutes les informations pertinentes devraient être communiquées aux services compétents du ministère de l’Industrie pharmaceutique ainsi qu’au bureau de l’association ».
Des dérives internes aggravant les tensions
Mais la crise actuelle ne saurait, à elle seule, expliquer les dysfonctionnements observés sur le marché national. L’UNOP a également pointé du doigt des pratiques jugées déloyales, qui contribuent à accentuer les déséquilibres et à créer des pénuries artificielles. Elle a notamment dénoncé « les ventes concomitantes opérées par certains producteurs et distributeurs, les ventes dites inversées pratiquées par des pharmaciens d’officine », ainsi que « des dispositifs commerciaux informels adossés à des groupements illicites ». A cela s’ajoutent « des ventes horizontales entre établissements pharmaceutiques de distribution », autant de mécanismes qui perturbent la circulation normale des produits.
L’organisation a ainsi fait savoir que ces pratiques sont « souvent à l’origine de pénuries artificielles ou d’autres dérèglements nuisibles à la fluidité des circuits de distribution du produit pharmaceutique ». Une réalité préoccupante dans un contexte où chaque rupture, réelle ou induite, peut avoir des conséquences directes sur la prise en charge des patients. Face à ces dérives, l’UNOP a adopté un ton particulièrement ferme, estimant que « ce type de pratiques est plus que jamais indésirable » dans la conjoncture actuelle, et appelle l’ensemble des acteurs à faire preuve de responsabilité.
Dans le même temps, elle a exhorté les pouvoirs publics à renforcer leur action de contrôle. L’organisation a ainsi plaidé pour « un renforcement des contrôles par les administrations compétentes » et pour « la prise de sanctions en conséquence », afin de dissuader les comportements opportunistes et de rétablir les équilibres du marché.
L’objectif est de « garantir la fluidité des circuits de distribution » et de veiller « au respect plein et entier des dispositions de la législation et de la réglementation nationales en vigueur ». Une exigence qui s’inscrit dans une logique de préservation de l’intérêt général, au moment où la sécurité sanitaire devient plus que jamais tributaire de la stabilité des chaînes d’approvisionnement.
Au final, le message de l’UNOP dépasse le simple cadre d’un communiqué d’alerte. Il s’apparente à un véritable appel à la mobilisation collective, dans un contexte où les marges de manœuvre se réduisent et où les incertitudes dominent.
Entre contraintes externes liées à la conjoncture internationale et dysfonctionnements internes persistants, la filière pharmaceutique nationale se retrouve à un tournant. La capacité des acteurs à anticiper, coopérer et respecter les règles du jeu apparaît désormais comme un facteur déterminant pour éviter une aggravation des tensions.