Figue de Béni Maâouche : Une filière en quête de soutien
Rendez-vous incontournable de la vallée de la Soummam, la Fête de la figue sèche (thazarth) à Béni Maâouche (wilaya de Béjaïa) a baissé rideau de sa 20e édition ce samedi. Si cet événement célèbre un patrimoine ancestral et les fruits d’une labellisation réussie, il met surtout en lumière les lourdes menaces qui pèsent sur l’avenir de toute une filière, selon Mohamed Sahki, un figuiculteur engagé dans la filière depuis 1985 et honoré lors de la manifestation.
Face aux difficultés du terrain, le président de l’association des figuilcuteurs de wilaya a solennellement sollicité l’appui des autorités et plaidé pour l’acquisition de tracteurs à chenilles et de paires de bœufs, indispensables pour labourer les parcelles accidentées et enclavées, ainsi que pour la formation de jeunes agriculteurs. Présent à l’ouverture, l’inspecteur général de la wilaya a réaffirmé sur Radio soummam « l’appui de l’État aux agriculteurs », assurant que « les portes leur sont toujours ouvertes ».
Abritée par le Centre de formation professionnelle Chahid Aziz Hafidh qui a mobilisé ses infrastructures, la manifestation confirme son ancrage local fort. Soutenue par la Direction des services agricoles (DSA), la Chambre d’agriculture de wilaya, l’APC et l’Association des figuiculteurs de la commune de Béni Maâouche, elle a rassemblé 310 exposants, surpassant les 276 inscriptions initiales. Parmi eux, 114 sont entièrement dédiés à la figue, tandis que d’autres exposent une riche palette de produits du terroir : miel, huile d’olive, pâtes fait maison, couscous artisanal, produits agricoles séchés et frais, produits artisanaux de qualité et autres spécialités artisanales façonnées selon le savoir-faire de la région.
Si la labellisation de la figue de Béni Maâouche a structuré les producteurs et valorisé le produit à l’échelle nationale et internationale, la filière reste sous haute tension. Les prix de la figue sèche, oscillant entre 2 000 et 3 500 DA le kilogramme, s’avèrent certes très rémunérateurs pour ceux qui en vendent, mais leur impact sur le développement global de la wilaya de Béjaïa demeure marginal. La région, qui produisait jadis quelque 30 000 tonnes de figues (toutes variétés confondues), fait aujourd’hui face à un net essoufflement. Sa superficie stagne à environ 10 300 hectares abritant un peu plus d’un million d’arbres. En cause : la sécheresse, les incendies récurrents, les maladies qui ont décimé une large partie du verger au cours de la dernière décennie, le vieillissement des arbres, ainsi que l’absence d’un plan de développement audacieux face à une demande en forte hausse.
Pour espérer pérenniser la dynamique, faire baisser les prix à la consommation et booster la production, les experts et chercheurs ont posé un diagnostic sans appel : la wilaya de Béjaïa doit impérativement porter ses surfaces plantées à au moins 50 000 hectares. Entre débats scientifiques, partage d’expériences et exaltation d’un savoir-faire séculaire, cette 20e Fête de la figue de Béni Maâouche rappelle une évidence : pour que Thazarth continue de faire la fierté de la vallée de la Soummam et de l’Algérie, l’heure n’est plus aux constats, mais à une action stratégique pour protéger et étendre le verger de la région.