Fête de la Victoire : Quand l’OAS et le Maroc chahutent les négociations d’Evian  – Le Jeune Indépendant
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Fête de la Victoire : Quand l’OAS et le Maroc chahutent les négociations d’Evian 

Fête de la Victoire : Quand l’OAS et le Maroc chahutent les négociations d’Evian 

Il y a 62 ans, se sont tenues en Haute Savoie, tout près du lac Léman, au petit village d’Evian Les Bains, une station thermale plus qu’un concentré urbain, des négociations, dites négociations d’Evian, entre les délégués du GPRA et ceux du gouvernement français qui avaient ouvert la voie, après d’âpres discussions, à l’Indépendance de l’Algérie à travers un référendum.

Mais que le chemin a été long, comme le martyr de milliers d’Algériens durant le printemps et une partie de l’été 1962. Le peuple algérien célèbre aujourd’hui, en ce 19 mars 2024, le 62e anniversaire de la fête de la victoire, arrachée à l’un des plus puissants empires coloniaux du XXe siècle, à travers des accords d’Evian imposés par le fusil, la diplomatie et la lutte armée qui a été déclenchée le 1er Novembre 1954 pour en finir avec 130 ans de colonisation.

L’événement, historique, est de taille pour les Algériens qui fêtent en cette journée bénie, une éclatante victoire autant politique, militaire que diplomatique face à l’une des plus grandes puissances mondiales, tant militaire que politique après le déclenchement de la révolution armée, quelques années après la fin de la seconde guerre mondiale.

Les accords d’Evian, conclus après de difficiles et compliquées négociations notamment sur le Sahara côté algérien, entre la délégation algérienne menée alors par le ministre des Affaires étrangères du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), Krim Belkacem et celle française dirigée par Louis Joxe qui ont débouché sur un cessez-le-feu, ont été, cependant, mal accueillis par les partisans de l’Algérie française.

Le cessez-le-feu, conformément à ces accords, a pris effet le 19 mars 1962, et sera suivi trois mois après par l’organisation d’un référendum d’autodétermination, le 1er juillet, qui va alors enregistrer un raz-de-marée humain vers les urnes : le peuple algérien vote en masse pour l’Indépendance, qui fut proclamée le 5 juillet 1962.

Pourtant, entre le 19 mars et le 5 juillet 1962, et bien après, des attentats et des massacres d’Algériens vont être organisés et commis dans l’impunité dans les grandes villes du pays par des hordes d’assassins appartenant aux organisations terroristes de l’Algérie française, dont la tristement célèbre organisation de la résistance de l’Algérie française (ORAF).

Des membres de cette organisation ont même tenté d’imposer la terreur durant les négociations même à Evian-Les Bains, en Haute Savoie, tuant le maire socialiste de cette station thermale, Camille Blanc lors d’un attentat terroriste perpétré par un réseau terroriste de neuf personnes. 

Car c’est bien ces organisations terroristes fantoches, comme l’ORAF, dont étaient membres des personnalités politiques, de la Justice et des renseignements généraux de la police coloniale, ainsi que de hauts gradés militaires et des intellectuels français, qui est à l’origine de certains attentats ignobles contre des Algériens durant la guerre de Libération.

L’attentat à la bombe du 10 août 1956 de la rue de Thèbes, dans la haute Casbah a été organisé par l’ORAF, un massacre dont le bilan s’est soldé par la mort de plus de 80 personnes.

Plusieurs attentats à la bombe à Alger et dans les autres villes du pays durant la guerre de libération contre des intérêts musulmans ont été également perpétrés par cette organisation, qui n’a pas hésité à tuer des Européens pour imputer ensuite ces assassinats au FLN, dont celui du maire Ultra de Boufarik, Amédée Froger, fin décembre 1956 à la rue Michelet, à Alger.

Le summum de l’horreur terroriste des tenants de l’Algérie française sera atteint dès la proclamation du cessez-le feu, le 19 mars 1962 : des attentats horribles sont perpétrés par le bras armé de cette organisation, l’OAS, trois lettes qui ont semé la terreur dans une Algérie qui revenait enfin, après 130 années d’occupation, à son vrai peuple, le peuple algérien. 

Ce chapitre douloureux de l’intermède temporel entre la date d’entrée en vigueur du Cessez-le-feu, le 19 mars 1962, et la proclamation de l’indépendance de l’Algérie, le 5 juillet 1962, 130 ans après le début d’une sauvage occupation française du territoire, reste de nos jours un fait historique indéniable sur le refus des partisans de Soustelle, des Ortiz et des Lagaillarde, de concevoir et de comprendre la lutte du peuple algérien pour le recouvrement de son indépendance.

Quand les hordes de l’OAS assassinent impunément

D’où ces tueries et ces assassinats d’Algériens et d’Européens, partisans de l’indépendance algérienne, des militants d’une Algérie plurielle, du vivre ensemble, par des organisations néofascistes, racistes et criminelles, qui voulaient semer le chaos quelques heures seulement après la proclamation des résultats des négociations d’Evian.

Car les membres de cette organisation terroriste ne se sont pas suffis, ne se sont pas arrêtés à l’assassinat de milliers d’Algériens dans la plus totale impunité et le silence de l’armée d’occupation, mais ont détruit d’importantes infrastructures économiques, industrielles et, surtout, les temples du savoir et de la connaissance.

A Alger, les sbires du sinistre Ortiz des Bab El Oued, un des organisateurs du putsch des généraux du 21 avril 1958, n’ont épargné ni les Algériens, ni les infrastructures, encore moins leurs coreligionnaires, ceux partisans de l’indépendance de l’Algérie.

C’est ainsi qu’à Alger, le 7 juin 1962, à 12h30, un terrible attentat de l’OAS, organisé comme les autres pour fragiliser les accords d’Evian, et trois semaines avant le référendum sur l’Autodétermination, secoue l’université d’Alger : trois grenades au phosphore explosent dans la bibliothèque, près de la salle des professeurs, des amphithéâtres de chimie et des sciences et du laboratoire de pathologie.

L’intensité du sinistre, avec de grosses volutes de fumée visible depuis une dizaine de kilomètres, était telle que la chaleur maintenait à bonne distance la foule venue regarder le sinistre. Vers 14 h 30 les efforts des pompiers avaient réussi à circonscrire l’incendie qui, toutefois, devait reprendre vers 16 heures dans les locaux de la faculté de médecine.

Plus de 600.000 ouvrages d’un important fonds documentaire sont la proie des flammes. De l’Otomatic, un café-bar en face de l’université, sur la rue Michelet, de jeunes Européens observent avec ravissement le triste spectacle. 

Jusqu’à présent, l’UNESCO n’a pas encore classé cet incendie criminel dans son inventaire universel. En 1995, elle avait répertorié tous les livres détruits à travers le monde, sauf les précieux ouvrages de la BU d’Alger.

Les massacres d’Algériens, les attentats à l’explosif et les sabotages de l’OAS à Oran, à Constantine, Témouchent, BéniSaf, dans la capitale, et particulièrement à Bab El Oued ont fait, de l’aveu des autorités coloniales, six fois plus de victimes en six mois qu’en six ans de guerre d’indépendance.

 L’effet pétrole 

 Alger, la préfecture de police donne, au printemps 1962, ce chiffre glaçant : près de 2.200 personnes assassinées, 500 blessés, et de nombreux disparus, la plupart des Algériens.

La sinistre OAS ne s’est pas privée de massacrer et tuer dans l’impunité, y compris les Européens favorables à l’indépendance de l’Algérie ou tout simplement des amis ou voisins d’Algériens, plastiquant leurs magasins, et provoquant même des tueries d’Européens, comme la fusillade de la rue d’Isly, le 26 mars 1962, une semaine après l’entrée en vigueur du cessez le feu.

Dans Oran, Alger et particulièrement à Bab El oued, Constantine, Annaba, on ne comptait plus le nombre d’attentats à l’explosif de magasins, usines, ateliers, dépôts de carburants, d’autocars…

La politique de la terre brûlée, celle menée par l’armée coloniale durant 130 ans, a été poursuivie dans les villes et les villages par les organisations terroristes de l’Algérie française, des ultras de tous bords aidés et soutenus par les plus hautes autorités coloniales ; pour que le pays retourne à son état initial, tel qu’il était en… 1830.

Pourtant, dans ce maelström politique généré par les négociations d’Evian, il y avait beaucoup d’appétits d’États voisins de l’Algérie, ainsi que la France, qui, tous, voulaient quelques arpents du Sahara algérien. Car ces négociations d’Evian Les Bains, près du lac Léman, avaient été suspendues justement du fait que les deux délégations de négociateurs algériens et français ne s’étaient pas mises d’accord sur l’avenir du Sahara algérien.

Le pétrole qui s’y trouvait attisait les appétits et les traîtrises. Dans son numéro du 19 juillet 1961, dans lequel il reprend le communiqué officiel relatif à la convention entre le GPRA et les autorités marocaines sur le tracé frontalier entre le Maroc et l’Algérie, signée à Rabat le 6 juillet 1961, le journal El Moudjahid publie un long éditorial dans lequel sont marquées les lignes rouges, pour l’Algérie, concernant les négociations d’Evian sur le Sahara.

Sous le titre ‘’Notre Sahara’’, El Moudjahid écrit : ‘’La manœuvre la plus typique du néo-colonialisme français est celle qui a trait au Sahara…Après la faillite de l’Algérie française, il est devenu malaisé pour les gouvernants français de s’accrocher à de telles formules. Bien qu’ils utilisent encore- ainsi que cela s’est vu à la table de la Conférence d’Evian- l’expression ‘’Sahara français’’, ils lui préfèrent de plus en plus des slogans tels que ‘’Sahara mer intérieur’’ ou ‘’Sahara question en soi’’ qui, tout en ayant l’avantage de l’équivoque, ne véhiculent pas moins les mêmes intentions et les mêmes manœuvres.

La notion de ‘’mer intérieure’’ répond aux besoins d’une politique destinée à déposséder le peuple algérien de son Sahara. En effet, ce slogan est destiné à susciter les convoitises des Etats voisins de l’Algérie et à provoquer en eux une vocation de ‘’riverains’’.

Il a pour but de pousser certains de ces Etats à se découvrir des droits sur le territoire algérien, droits qui iraient de la redevance sur les exploitations des richesses sahariennes jusqu’à la revendication territoriale et les rectifications subséquentes des frontières…

Le Sahara n’est pas un territoire vacant, un territoire dépourvu de caractère et d’identité. Il n’est pas une notion abstraite, mais une terre pétrie par la personnalité algérienne, et marqué de l’empreinte indélébile de la Révolution et du peuple algérien.

En ce qui concerne les rectifications de frontières réclamées par certains états, notre position est également connue. Sans rejeter à priori ces revendications territoriales, nous estimons cependant qu’elles constituent un problème que nous ne pouvons étudier et trancher qu’après l’accession de l’Algérie à l’indépendance. S’adresser au gouvernement français pour demander le règlement d’un tel problème ne saurait être ni juste ni opportun. En effet, une telle procédure impliquerait nécessairement une reconnaissance de la souveraineté de la France sur le Sahara algérien. Ce qui est contraire aux principes mêmes de la reconnaissance par ces Etats du GPRA.’’

Cet éditorial d’El Moudjahid, qui serait inspiré, sinon écrit par le ministre de l’Information M’hamed Yazid lui-même, faisait une allusion sans équivoque au Maroc qui voulait quelques arpents du Sahara algérien. Et surtout, du pétrole.

Le Maroc de Mohammed V avait-il prétendu soutenir la révolution algérienne pour avoir quelques gouttes de pétrole ? C’est ce que sous-entendait alors l’éditorial d’El Moudjahid, qui lançait dans la foulée un sérieux avertissement d’Alger à ses voisins, y compris ceux du Sahel.

A n’en pas douter, les non-dits des négociations d’Evian, et leur impact direct sur le comportement des organisations terroristes de l’Algérie française restent encore aujourd’hui, 62 ans après, à découvrir !

 

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