Festival du court-métrage de Timimoun : Trois ateliers pour initier les jeunes aux métiers du cinéma
Le Festival international du court-métrage de Timimoun, dans sa première édition, met l’accent sur la formation. Trois ateliers techniques, dédiés aux métiers du cinéma, seront organisés du 11 au 17 novembre pour initier les jeunes aux rouages du septième art. C’est ce qu’a indiqué un communiqué des organisateurs.
Cette série de formations porte, selon la même source, sur la décoration cinématographique, le maquillage artistique et le métier de régisseur. Trois spécialités indispensables à la production audiovisuelle, mais souvent peu accessibles dans les régions éloignées des grands pôles culturels.
Ces ateliers s’adressent aux stagiaires des centres de formation professionnelle de la wilaya de Timimoun ainsi qu’à ceux venus d’autres wilayas du Grand Sud. Ils seront encadrés par des professionnels de l’Association nationale des techniciens du cinéma et de l’audiovisuel, qui apporteront leur savoir-faire et leur expérience du terrain.
Selon les organisateurs, cette initiative vise à « doter les jeunes de compétences techniques et artistiques, à renforcer leurs aptitudes et à élargir leurs perspectives professionnelles dans le secteur du cinéma national ».
Organisée en partenariat avec la Direction de la formation et de l’enseignement professionnels et soutenue par les autorités locales, cette action traduit la volonté du festival de concilier création artistique et formation qualifiante.
Pour les responsables du festival, il s’agit d’un premier pas vers la construction d’un écosystème cinématographique dans le Sud, en faisant de Timimoun non seulement un lieu de projection, mais aussi un espace de transmission et d’apprentissage. « Le cinéma peut devenir un vecteur de développement culturel et humain durable pour la région », souligne le communiqué du commissariat.
Le cinéma au prisme des territoires
Le Festival s’ouvrira aussi à la réflexion intellectuelle, avec une conférence scientifique intitulée « Cinéma, société et territoires », organisée le 17 novembre en partenariat avec l’Université d’Adrar.
Chercheurs, cinéastes, critiques, urbanistes et acteurs du développement local y croiseront leurs regards autour d’une question essentielle : comment le cinéma algérien peut-il contribuer à repenser la représentation des territoires et leur inscription dans l’imaginaire collectif ?
Plus de vingt ans après un premier colloque tenu en 2003 à Timimoun, consacré aux rapports entre cinéma et récit national, marqué par la participation de figures comme Mohamed Chouikh, Malek Chebel, Benjamin Stora ou encore Yves Boisset, la Perle du Gourara renoue avec la réflexion sur le rôle du cinéma dans la société.
Ce nouveau rendez-vous entend dépasser la perspective historique pour aborder les enjeux contemporains à savoir les mutations sociales, culturelles et spatiales qui traversent le pays, et la manière dont les images peuvent les accompagner.
Le colloque s’appuie sur une approche théorique pluridisciplinaire, convoquant les travaux d’Henri Lefebvre sur la production sociale de l’espace et ceux de Michel de Certeau sur la symbolique des lieux à travers le récit et les pratiques quotidiennes. Le cinéma, rappellent les organisateurs, ne se contente pas de filmer un espace : il le réinvente, lui conférant une identité narrative et émotionnelle qui transforme la perception du lieu.
Deux œuvres majeures du patrimoine cinématographique national, Chronique des années de braise (1975) de Mohammed Lakhdar-Hamina et Le clandestin (1989) de Benamar Bakhti, seront au cœur de la discussion. Tournées à Boussaâda, elles illustrent, chacune à sa manière, la capacité du cinéma à métamorphoser un décor réel en espace symbolique, révélant la puissance évocatrice du territoire à l’écran.
Les débats porteront également sur la faible visibilité de certaines régions dans les productions audiovisuelles. De vastes zones du pays demeurent absentes des fictions et documentaires, et donc des représentations collectives, malgré leur richesse culturelle et esthétique. L’un des objectifs du colloque est de réfléchir aux moyens de corriger ce déséquilibre et de promouvoir une géographie cinématographique plus inclusive.
Pour les organisateurs, l’enjeu dépasse la simple promotion territoriale. Il s’agit de comprendre comment le cinéma peut devenir un outil de connaissance, de reconnaissance et de valorisation symbolique, tout en interrogeant les rapports entre identité, mémoire et modernité.
Le débat convoquera aussi des perspectives issues des études postcoloniales, notamment celles de Stuart Hall et Homi Bhabha, pour interroger le rôle du cinéma dans la construction des représentations de soi et de l’autre. Le but n’est pas d’enfermer le cinéma dans un rôle illustratif, mais de l’analyser comme un acteur à part entière de la fabrique du sens et de la mise en scène du territoire.