Facteur d’intégration, quelle politique des transports pour l’Afrique
Professeur des universités, expert international docteur d’Etat 1974 en management stratégique Abderrahmane Mebtoul.
Selon le rapport du FMI l’objectif du développement des infrastructure est de renforcer les liens économiques tant intra africaine qu’entre l’Afrique et l’Europe afin intensifier la coopération dans des secteurs clés tels que le commerce, l’industrie , l’énergie, la finance et l’optimisation des ressources dans un contexte de changements économiques mondiaux rapides.
L’Afrique du Nord est un carrefour, un trait d’union naturel entre les marchés industriels d’Europe et le dynamisme démographique de l’Afrique, sa position lui conférant une valeur stratégique dans la configuration actuelle des échanges mondiaux, cet avantage géographique étant un levier de croissance économique et de progrès social pour les populations de la région .
C’est pourquoi, l’Afrique doit développer tout un programme concernant les infrastructures et le transport dans toute sa diversité, comme moyen de soutien avant tout à sa croissance interne. Cette politique pour son efficacité doit séparer l’activité de régulation de celle des services commerciaux dans le transport routier, urbain, ferroviaire et l’activité portuaire. Ces projets qui doivent être menés au sein d ‘une planification stratégique, constituent des enjeux pour la dynamisation de l’économie africaine
-les différents modes de transport
Nous avons le transport terrestre et ferroviaire . Le transport terrestre en Afrique repose principalement sur le réseau routier pour plus de 80% des échanges de personnes et de marchandises tandis que le secteur ferroviaire reste sous-développé et fragmenté, malgré d’importants investissements récents dans les corridors logistiques et les transports urbains. Les réseaux ferroviaires qui couvre environ 75 000 à 83 000 kilomètres de voies où il a été longtemps caractérisé par un modèle colonial en « exutoire » reliant les mines aux ports, il fait actuellement l’objet de grands projets de modernisation et d’interconnexion portés par un projet de l’Union africaine qui vise à relier les capitales et grands centres économiques par des axes à grande vitesse pour stimuler le commerce intra-africain.
Nous avons le transport maritime. Concernant le transport maritime, il est le mode de transport le plus utilisé dans le commerce international (75% du commerce mondial en volume transitent par voie maritime. Le transport maritime en Afrique achemine plus de 80% du commerce international de l’Afrique. Malgré un potentiel immense avec plus de 30 000 km de côtes, le secteur fait face à des défis d’efficacité portuaire tout en affichant une croissance notable portée par des réformes et des projets d’envergure , l’objectif étant la baisse et en baissant du cout des surestaries car ces surcoûts entravent tout effort de compétitivité des entreprises nationales, notamment celles désirant un développement à l’exportation, et épongent les trésoreries des entreprises importatrices qui paient beaucoup plus cher le transport de leur marchandise, ce qui se répercute sur le produit final donc le consommateur.,
Nous avons le transport aérien où trafic passagers et le fret aérien affichent des hausses marquées, surperformant parfois les moyennes mondiales, notamment dans le secteur du cargo La connectivité continentale repose principalement sur quelques grands aéroports pivots comme Johannesburg, Nairobi, Addis-Abeba, Le Caire, Casablanca et Abidjan et le marché unique du transport aérien africain (SAATM) et des projets de réduction de taxes régionales (comme en Afrique de l’Ouest) visent à baisser les prix et à stimuler les échanges. Cependant , taxes aéroportuaires élevées et les prix du carburant renchérissent le coût des billets pour les voyageurs et moins d’un cinquième des routes aériennes reliant directement deux pays africains différents, obligeant souvent à transiter par l’Europe ou de grands hubs centraux
– Pour une meilleure gestion des infrastructures
Premièrement, le transport intimement lié au secteur énergie et à l’environnement Chaque mode de transport a des incidences sur la nature de l’énergie utilisée avec des impacts sur l’environnement. Dans le secteur des transports, la consommation du gasoil, du fait des prix bas de ce carburant, a explosé ces dernières années. Dans cette optique, il est important d’encourager les transports en commun, ainsi que le transport par rail.
La maîtrise de la consommation de carburants, nécessite, au-delà des options suggérées concernant les modes de transport, une politique des prix appropriée, en direction des autres usagers de la route. Car, toute politique des prix, pour s’inscrire dans la durée, doit permettre de couvrir l’ensemble des coûts directs et indirects, qui doivent être internalisés dans le prix des carburants sous forme de taxes, dont les recettes iront couvrir les dépenses d’infrastructures routières, et de protection de la santé des citoyens.
Aussi une nouvelle politique s’impose, articulée essentiellement, autour de deux axes: d’une part, une diversification de l’offre par l’encouragement à l’utilisation de carburants alternatifs, comme les les énergies renouvelables, d’autre part une maîtrise de la demande, dans le cadre d’une politique de développement durable, par l’internalisation dans le prix de l’ensemble des coûts induits par l’utilisation des carburants. Il y a donc urgence de penser à un nouveau modèle de consommation énergétique pour l’Afrique. supposant des mécanismes de régulation macro-économiques et macro- sociales.
Deuxièmement , s’impose une meilleur gestion des infrastructures .
Or, force est de constater dans la majorité de pays africains des déficiences observées dans le processus budgétaire et les goulets d’étranglement institutionnels qui ont systématiquement entraîné une mauvaise exécution des programmes d’investissement, aboutissant à une mauvaise programmation, à la surestimation des dépenses et à de longs retards dans l’exécution des projets et ce faute d’une planification stratégique.
De nombreuses décisions de projets ne sont pas fondées sur des analyses socio-économiques. Ni les ministères d’exécution, ni le ministère des Finances n’ont, suffisamment, de capacités techniques pour superviser la qualité des études nécessaires à la programmation de ces investissements, se bornant au contrôle financier effectué par le ministère des Finances, le suivi technique (ou physique) exercé par les entités d’exécution étant inconnu ou au mieux insuffisant.
Les résultats des projets et programmes ne font pas l’objet d’un suivi régulier. Il existe peu d’ évaluation, à posteriori, permettant de comparer ce qui était prévu avec ce qui a été réalisé et encore moins de comparer le coût-avantage ou l’efficacité avec la situation réelle. Il est évident que les enjeux institutionnels et de gouvernance contribuent, aussi, largement à limiter la réussite des projets Précisément dans le domaine des transports, les objectifs sont de moderniser et développer les services et systèmes de transport et d’améliorer l’intégration des modes de transport.
Les objectifs de développement du projet sont de : (a établir un cadre politique et institutionnel qui facilitera la participation privée dans l’infrastructure (PPI) ; (b) démontrer la viabilité de l’intégration des concessions dans les transports, à l’aide du lancement réussi du dispositifs BOT (Build-Operate-Transfer) ; (c) renforcer la capacité des gouvernements africains à gérer et réguler le secteur des Transports. Les enjeux futurs en matière de transport sont les suivants: réduire les circuits de distribution entre production et consommation; responsabiliser en faisant payer à chaque mode de transport son juste prix, en y intégrant les coûts externes qu’il induit dont le principe «pollueur/payeur», au travers d’une «pollutaxe»; sécuriser par des définitions de politiques sociales et environnementales.
C’est que la politique de tarification est au cœur-même de la politique des transports. Mais les infrastructures ne sont qu’un moyen de développement permettant aux entreprises seules créatrices de richesses de contribuer à la prospérité d’une Nation. Toute politique des transports, poumon de la circulation des biens et personnes et d’une manière générale des infrastructures dont l’État consacre un important budget , pour son efficacité passe nécessairement par une coordination interministérielle et des actions complémentaires dans d’autres domaines, comme la politique budgétaire, la politique énergétique , et une nouvelle politique d’aménagement du territoire.
En conclusion , La politique des transports est le pilier de la Zone de Libre Échange Continentale Africaine ZLECAf car sans infrastructures de transport efficaces et connectées, la suppression des droits de douane ne suffit pas à stimuler le commerce entre les pays africains. Il s’agira de mettre fin aux routes en mauvais état, aux manques de liaisons ferroviaires transfrontalières et ports engorgés et d’encourager le transport aérien, de lutter contre les tracasseries administratives aux frontières pour éviter les attentes interminables aux frontières par la digitalisation des douanes afin de relier les chaînes de valeur régionale, de décloisonner les marchés par des liaisons entre les zones de production aux bassins de consommation à travers tout le continent, de réduire les coûts afin de compenser le handicap géographique de nombreux pays enclavés et d’harmoniser les réglementations.
Mais n’oublions jamais surtout le transport terrestre, que la politique des transports a un impact sur la vie humaine en raison des innombrables accidents où le taux de vieillissement du parc automobile en Afrique dépasse plus de 20 ans entre 70/80%. l’Afrique enregistrant chaque année plus de 300 000 décès dus aux accidents de la route et sans compter les blessés .
Concernant par exemple les drames récents en Algérie, outre l’irresponsabilité de certains chauffeurs, la problématique des accidents interpellent la politique du ministère des transports, la révision des tarifs , l’actuel tarif trop bas ne permettant une rentabilité optimale des transporteurs privés, délaissant la maintenance , du ministère des travaux publics , les mauvaises routes occasionnant des accidents, de la responsabilité également du ministère du commerce extérieur chargé de la délivrance des quotas d’importations, peux, pièces détachées dont les prix ont augmenté de plus de 200 à 300% entre 2023/2025 avec la pénuries et la cherté qui occasionnent des accidents.
Ces accidents ne sont pas propres à l’Afrique , où nous avons environ dans le monde 1,3 million de décès par an, sans compter les blessés dont une fraction sont handicapés à vie . D’une manière générale, les coûts totaux des traumatismes liés à la route dans le monde sont estimés à plus de 2 200 milliards de dollars par an