Face aux tensions mondiales : Tebboune plaide pour une renaissance des non-alignés
À l’occasion du 65e anniversaire de la conférence constitutive de Belgrade, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, réaffirme la pleine actualité du non-alignement. Denonçant l’érosion du droit international et le retour des politiques de force, le chef de l’État appelle les 120 pays membres à former un bloc unie et influent pour refonder le multilatéralisme.
Face à la gravité accrue des tensions géopolitiques contemporaines, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a lancé un appel vibrant à la réhabilitation indispensable des principes fondateurs du Mouvement des pays non-alignés.
Il a insisté sur l’urgence d’un retour aux fondamentaux diplomatiques que sont le respect strict de la souveraineté des États, le maintien de leur intégrité territoriale, la non-ingérence absolue dans leurs affaires intérieures, la défense mutuelle des intérêts et le renforcement stratégique du multilatéralisme.
Dans un message solennel adressé aux participants de la réunion de haut niveau organisée à Belgrade pour commémorer le 65e anniversaire de la première conférence constitutive du Mouvement, le président Tebboune a souligné que cet anniversaire ne devait pas être une simple formalité mémorielle.
Il constitue au contraire une occasion privilégiée pour renouveler l’attachement collectif des membres aux principes sacrés de la Déclaration de La Havane et pour resserrer la coopération, permettant ainsi au groupe d’agir comme un bloc souverain, uni et véritablement pesant face aux dérives du nouvel ordre mondial.
Dans cette allocution lue en son nom par la présidente de l’Assemblée populaire nationale, Khalida Boufedeche, le chef de l’État a rappelé que l’ancrage idéologique et juridique du Mouvement puise sa force directement dans l’esprit de la Charte des Nations unies, prolongeant l’héritage historique des conférences de Bandung et de Belgrade de 1961.
Le président de la République a vivement déploré la dégradation constante du climat diplomatique global, marquée par le retour inquiétant du recours à la force armée comme méthode prioritaire de règlement des différends au détriment de la négociation. Il a dénoncé avec fermeté l’érosion progressive de la légitimité de la coopération internationale, le démantèlement du système de sécurité collective et l’imposition cynique des politiques du fait accompli, qui privilégient systématiquement la raison du plus fort au détriment des nations vulnérables.
Revenant sur les dérives qui minent la gouvernance mondiale, Abdelmadjid Tebboune a fustigé une communauté internationale prise au piège de la sélectivité, du « deux poids, deux mesures » et de la généralisation des doubles standards. C’est précisément au regard de ces injustices que l’Algérie maintient que le non-alignement conserve toute sa pertinence stratégique.
Selon le chef de l’État, le non-alignement ne saurait être réduit à une posture nostalgique du passé ni à une utopie diplomatique éphémère, mais s’affirme haut et fort comme un choix souverain continuellement renouvelé.
Poursuivant son analyse, le président a insisté sur la nature indivisible de la souveraineté nationale et sur la nécessité absolue de voir le droit international s’appliquer de manière universelle, sans passe-droits ni exceptions géopolitiques.
Dans cette perspective, M. Tebboune a condamné sans réserve la poursuite de l’expansion agressive israélienne dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Il a pointé du doigt les graves violations répétées du droit international et du droit international humanitaire, tout en mettant en garde contre les répercussions systémiques de cette guerre à l’échelle régionale. Cette escalade, a-t-il rappelé, ne fait qu’aggraver une catastrophe humanitaire déjà tragique et affecte directement la stabilité de nombreux pays membres du Mouvement.
Face à ce constat alarmant, le président algérien a exhorté les pays non-alignés à resserrer leurs rangs afin de maximiser leur impact collectif en faveur de la paix, de la sécurité et de la stabilité mondiales. Avec un ensemble représentant plus de 120 nations, le Mouvement dispose d’une légitimité démographique et politique d’une ampleur considérable. Le président Tebboune a rappelé que cette masse critique constitue une force agissante et une voix collective unique capable de réorienter les décisions internationales.
Le chef de l’État s’est également appuyé sur la mémoire historique de l’Algérie, évoquant le rôle pivot joué par le pays dans le soutien inconditionnel aux mouvements de libération nationale en Afrique, en Asie et en Amérique latine.
Il a fait une référence explicite au message fondateur du président Houari Boumediene lors du Sommet d’Alger en 1973, qui avait alors appelé à l’avènement d’un nouvel ordre économique international pour affranchir définitivement les pays du tiers-monde des chaînes du néocolonialisme.
L’Algérie réaffirme ainsi sa satisfaction quant à la constance avec laquelle le Mouvement défend les principes de la Charte des Nations unies, notamment l’égalité souveraine entre les États, le règlement pacifique des conflits et le droit inaliénable des peuples à l’autodétermination.
En conclusion de son message, le président Tebboune a renouvelé sa foi profonde dans les objectifs du non-alignement. Il a appelé à intensifier l’intégration économique, la concertation politique et l’interconnexion stratégique entre les États membres, afin de mobiliser l’ensemble de leurs ressources au service du progrès partagé. Pour le chef de l’État, le Mouvement doit continuer à s’affirmer comme une puissance souveraine, maîtresse de ses choix et actrice majeure de la construction d’un avenir international plus juste, prospère et stable.
Cette rencontre internationale de haut niveau, rappelons-le, s’est déroulée sous le thème évocateur : « L’héritage historique du non-alignement : des leçons pour le monde d’aujourd’hui ».