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Nationale

Face aux canicules à répétition: le défi d’une sobriété électrique durable

Face aux canicules à répétition: le défi d’une sobriété électrique durable
La canicule provoque des coupures

Alors que le réseau électrique national vacille sous l’effet de vagues de chaleur successives et de pics de consommation historiques, l’Algérie se trouve à la croisée des chemins entre confort citoyen et impératif de rationalisation. Face à cette tension énergétique exacerbée par l’usage massif de la climatisation, des solutions d’urgence comportementales aux réformes structurelles du bâtiment et des énergies renouvelables se dessinent pour esquisser une transition indispensable à l’horizon 2035.

Les fortes chaleurs enregistrées ces derniers jours s’accompagnent de manière quasi automatique d’une surconsommation d’électricité, directement engendrée par l’utilisation intensive et simultanée des systèmes de climatisation. Le groupe industriel Sonelgaz a d’ores et déjà enregistré au moins deux pics de consommation critiques, culminant à la puissance inédite de 21 378 mégawatts (MW).

Dans ce contexte de tension extrême sur le réseau, la question d’allier le confort légitime des citoyens et la rationalisation rigoureuse de la consommation d’électricité se pose avec une acuité sans précédent. Pour Merouane Chabane, directeur général de l’Agence nationale pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (APRUE), cette équation complexe est pourtant parfaitement réalisable.

Le premier responsable préconise une double approche, articulée autour de l’adoption immédiate d’éco-gestes axés sur une utilisation optimale des climatiseurs, et d’un travail de fond de nature réglementaire visant l’amélioration de la performance thermique du bâti.

Une nouvelle fois, l’infrastructure électrique nationale est mise à rude épreuve. Ces pics records de consommation interviennent parallèlement à une vague de chaleur intense et généralisée qui sévit à travers l’ensemble des wilayas du pays. Récemment, la consommation nationale d’énergie électrique a d’abord franchi un seuil historique estimé à 21 176 MW lors d’un premier dimanche de canicule. Dès le lendemain, un nouveau plafond de 21 378 MW a été mesuré à 15h30, effaçant ainsi le précédent record historique établi au cours de l’été 2025, lequel s’élevait à 20 628 MW.

Selon les analyses chiffrées du Directeur général de l’APRUE, cette évolution représente une charge supplémentaire de plus de 600 MW en comparaison avec l’exercice précédent. M. Chabane a mis en exergue, lors d’une intervention sur les ondes de la Radio nationale, que cette progression équivaut à une augmentation structurelle de pratiquement 3 % sur une seule année. Le haut responsable n’écarte d’ailleurs pas l’éventualité de nouvelles hausses de la demande sur le réseau électrique d’ici la fin de la saison estivale, d’autant que les grandes chaleurs n’ont pas encore dit leur dernier mot.

Cette tendance lourde s’inscrit dans une trajectoire haussière observée de manière ininterrompue depuis 2012. Chaque année, la demande électrique nationale progresse de façon linéaire, portée par la croissance démographique globale ainsi que par l’accroissement soutenu du parc de logements.

Le Directeur général a précisé que des dizaines de milliers de nouveaux logements sont attribués annuellement, entraînant mécaniquement l’installation massive de nouveaux équipements électriques, au premier rang desquels figurent les climatiseurs. À ce jour, plus de 60 % de la population dispose d’au moins un appareil de climatisation au sein du foyer, une prolifération technologique qui se heurte malheureusement aux faiblesses structurelles liées à la mauvaise qualité de l’isolation thermique des bâtiments existants.

L’urgence des éco-gestes et la transition vers l’Inverter

Se poser la question de savoir comment rationaliser la consommation électrique tout en préservant le bien-être thermique des ménages revient à interroger nos habitudes quotidiennes. Selon le premier responsable de l’APRUE, la réponse réside principalement dans l’usage raisonné et optimisé du climatiseur. Tout en reconnaissant l’impossibilité absolue de se passer de cet équipement de confort en période de canicule, il plaide avec insistance pour l’intégration d’éco-gestes citoyens afin de juguler le phénomène de surconsommation.

Parmi les mesures phares, le réglage de la température de consigne à 25 degrés s’avère amplement suffisant. Lorsqu’un écart raisonnable de 5 degrés est maintenu par rapport à l’environnement extérieur, le confort physiologique ressenti est équivalent à celui d’une pièce rafraîchie à 16 degrés, à la différence majeure que cette sobriété permet de consommer entre 20 et 25 % d’énergie en moins. L’impact financier est immédiat pour le consommateur, puisque durant la période estivale, la climatisation en continu peut représenter 40 à 50 % du montant total de la facture d’électricité.

Au-delà de la gestion des températures, une gestion thermique intelligente implique également des gestes simples comme l’aération stratégique des habitations durant la fraîcheur nocturne et la fermeture systématique des stores ou volets pendant les heures d’ensoleillement maximal. Sur le plan matériel, le choix technologique s’avère tout aussi déterminant. Un équipement performant doit être capable de réguler intelligemment le fonctionnement de son compresseur, une caractéristique propre aux climatiseurs de type « Inverter ».

Ce dispositif permet de réduire la consommation d’énergie de près de 40 % par rapport à un modèle classique. Afin d’accélérer cette transition technologique, M. Chabane a rappelé l’existence de mécanismes de soutien financier déployés par l’État pour accompagner les citoyens désireux de remplacer leurs anciens appareils énergivores, dans le cadre du Programme national de maîtrise de l’énergie.

Cap sur 2035 : l’ambition d’une réduction de 15 % de la consommation

Si l’adoption collective de comportements écoresponsables contribue significativement à l’allègement de la charge énergétique, cette démarche individuelle doit impérativement s’accompagner de réformes plus globales. Il devient indispensable d’agir sur l’enveloppe structurelle des bâtiments. C’est précisément le grand chantier sur lequel se penchent actuellement les pouvoirs publics, à travers une collaboration active entre l’APRUE et le ministère de l’Habitat pour refondre et durcir la réglementation thermique en vigueur.

M. Chabane a détaillé à ce titre la nouvelle feuille de route stratégique de maîtrise de l’énergie à l’horizon 2035. L’Algérie s’est fixé des objectifs nationaux ambitieux, clairs et quantifiables, visant en premier lieu une diminution de la consommation globale d’énergie d’au moins 15 %. Ce nouveau programme national pour la décennie 2026-2035 ambitionne non seulement d’atteindre ce seuil de sobriété, mais prévoit également l’intégration massive de 15 gigawatts (GW) de capacités issues des sources d’énergies renouvelables, tout en contribuant à la réduction des émissions nationales de gaz à effet de serre à hauteur de 14 %.

La concrétisation de ces orientations stratégiques majeures requiert le déploiement d’un plan opérationnel d’envergure. Le premier responsable de l’APRUE a conclu en indiquant que dans le cadre du programme national des énergies renouvelables, une première tranche de 3 200 mégawatts est actuellement en phase avancée de mise en service, parmi lesquels 400 mégawatts injectent d’ores et déjà leur électricité verte sur le réseau interconnecté national, posant ainsi les jalons de l’Algérie énergétique de demain.



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