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Op-Ed

Exportation des produits agricoles : quelles perspectives ?

L’Algérie était connue pour être un pays exportateur de produits agricoles, cette réputation a disparu au fil des ans. Le pays qui jadis exportait toute une panoplie de produits agricoles est devenu un pays presque totalement dépendant de l’étranger concernant les produits stratégiques à l’instar des céréales et du lait. A titre d’exemple durant l’année 1964, soit deux années après l’indépendance, notre pays a exporté 600 000 qx de céréales (blé dur et orge), 240 000 tonnes d’agrumes, 26 000 tonnes de dattes et 55 000 tonnes de produits maraichers (pomme de terre, carotte et tomate). Après plus d’un demi-siècle, on enregistre un recul total et les produits agricoles algériens sont presque totalement absents sur les marchés extérieurs 

La stratégie nationale des exportations est-elle toujours d’actualité ?
Les exportations hors hydrocarbures, et depuis toujours, ne représentent qu’un taux très minime du volume global des exportations, ainsi en 2019 ce taux était de 7.2% avec une valeur de 2,58 milliards de dollars us, et qui sont dominées par les produits dérivés des hydrocarbures ! Jusqu’a présent aucune amélioration n’a été enregistrée et notre économie reste toujours quasi-dépendante des hydrocarbures

La stratégie nationale des exportations, élaborée durant l’année 2017, avait pour but la diversification de l’économie nationale et des exportations. Huit secteurs ont été identifiés comme prioritaires. Il s’agit des produits pharmaceutiques, les technologies de l’information et de la communication (TIC), les produits alimentaires et agricoles, équipements de transport (composants automobiles), l’électronique, les produits de la pétrochimie, les matériaux de construction, les cuirs, les textiles et le tourisme.
l’ex ministère du Commerce a assuré que tout est prêt pour promouvoir les exportations hors hydrocarbures, ainsi l’année 2019 était proclamée année des exportations hors hydrocarbures, mais les statistiques des services des Douanes concernant le commerce extérieur de l’Algérie pour Ainsi durant l’année 2019 (année de référence) les exportations hors hydrocarbures restent toujours marginales, avec près de 2,58 milliard de dollars US, ce qui représente 7,2 % du volume global des exportations, contre une valeur de 2.92 milliard de dollars US et l’année 2020 ne s’annonce pas meilleure que les précédentes ! 

Se focaliser uniquement sur l’accompagnement de l’exportateur est insuffisant !
Le groupe de travail qui été chargé de l’élaboration du plan d’action national pour l’accompagnement des exportateurs de produits agricoles a soumis des propositions concernant plusieurs domaines, dont les transports et la logistique, la métrologie, l’accréditation et l’évaluation de la conformité, l’offre exportable, les réglementations juridiques et financières.

C’est très utile de penser à accompagner les exportateurs des produits agricoles, mais qu’en est-il des agriculteurs fournisseurs de ces produits ?
On parle des produits agricoles comme si on les crée par décision ou alors on les fait apparaître par une manœuvre de baguette magique ! Aucun mot n’est soufflé à propos des agriculteurs qui doivent nous fournir ces produits exportables pour lesquels on élabore toute une stratégie ! L’agriculteur demeure l’acteur ignoré du processus de l’exportation.

Promotion des exportations des produits agricoles, régulation et contrôle du marché local comme prélude !
Avant d’élaborer une stratégie pour l’exportation des produits agricoles, il est plus que nécessaire de réguler et contrôler le marché local de ces produits. La régulation conduit à l’approvisionnement régulier du marché et évite les pénuries, l’une des causes de la flambée des prix, comme elle conduit également à mettre « hors d’état de nuire » les spéculateurs, cause principale de l’envolée des prix. Certains produits susceptibles d’être exportés (pomme de terre, dattes, l’huile d’olive…) sont cédés localement à des prix qui ne peuvent jamais être compétitifs sur les marchés internationaux. L’écoulement de ces produits sur les marchés locaux procure beaucoup plus de bénéfice que de les exporter ! Alors il est vraiment plus intéressant de vendre localement et gagner plus !

Labellisation des produits agricoles … Urgence signalée
La labellisation c’est l’attribution d’un signe distinctif qui permet de valoriser un produit par rapport à un autre, en mettant en avant ses spécificités, sur la base desquelles le consommateur doit pouvoir le reconnaître
un projet de jumelage entre l’Algérie et l’Union européenne, lancé en octobre 2014, avait pour objectif d’élaborer un dispositif institutionnel et réglementaire qui servira d’outil pour l’organisme chargé de la reconnaissance des produits et leur labellisation, en l’occurrence le comité national de labellisation. Dans le cadre de ce programme 03 produits agricoles de terroir ont été choisis comme produits pilotes, il s’agit de la figue sèche de Béni Maouche (Bejaïa), Deglet Nour de Tolga (Biskra), et de l’olive de table de Sig (Mascara), ce ne sont que les deux premiers qui sont labellisés, le troisième produit attend toujours !
Le processus de labellisation doit être allégé et fluide, l’assouplissement des procédures administratives y afférentes est primordial, le processus doit se réaliser dans les meilleurs délais possibles, pour tous les produits, en particulier ceux qui sont susceptibles d’être exportés, sous le label de qualité liée à l’origine

On n’exporte pas l’excédent !!
Beaucoup de personnes y compris des responsables disent « on doit atteindre l’autosuffisance alimentaire et dégager un excédent à exporter ! ». C’est totalement faux et si on raisonne ainsi on ne pourra jamais gagner la bataille de l’exportation et nos produits ne trouveront jamais une place sur les marchés extérieurs. La production agricole à exporter doit être produite en tant que telle !

Des produits destinés à l’exportation, des produits labellisés, certifiés, en quantité suffisante et en qualité irréprochable. Cet objectif ne peut être réalisé que si on se tourne vers les agriculteurs, en leur offrant les outils nécessaires d’accompagnement et de soutien pour nous offrir ces produits.
Il faut tout d’abord cibler les produits susceptibles de conquérir des parts de marchés à l’international, des produits qui peuvent survivre dans un milieu concurrentiel pas du tout clément. Ces produits, ne pouvant être obtenus avec les systèmes de production actuels qui ne s’articulent pas sur des bases techniques adéquates, la mise à niveau des agriculteurs est plus que nécessaire.
Il faut leur inculquer les bonnes pratiques culturales nécessaires au respect strict de l’itinéraire technique des différents produits ciblés et leur apprendre à procéder techniquement lors de la conduite des cultures. L’utilisation raisonnée des fertilisants et autres produits phytosanitaires doit être respectée rigoureusement, le refoulement des produits agricoles récemment par divers pays pour cause de présence de pesticides doit nous servir de leçon et nous inciter à faire des efforts considérables dans ce domaine

Pérenniser les opérations d’exportation, clé de réussite du processus
Il est extrêmement important que nos exportateurs respectent leurs engagements vis-à-vis de l’opérateur étranger concernant les quantités à exporter, ainsi que le respect des délais. Assurer une production pérenne est incontournable pour pérenniser également l’acte d’exportation, des ruptures répétées en approvisionnement des marchés extérieurs peuvent être fatales et portent atteinte à la « solvabilité » de nos exportateurs. Si on arrive à gagner des parts de marchés, il est dans notre intérêt de les préserver.

Actuellement a-t-on une production « exportable » suffisante ? Les procédures d’exportation sont-elles assez souples pour accélérer le processus ? La logistique pourra-t-elle être au rendez-vous pour pouvoir acheminer les produits vers leurs destinations dans les meilleurs délais ?

Si seulement l’exportation des produits agricole couvre l’importation des céréales et du lait !

L’agriculture comme alternative aux hydrocarbures suppose une exportation « massive » des produits agricoles qui doit alimenter le Trésor public par des dizaines de milliards de dollars. En 2019, les recettes pétrolières ont atteint 33 milliards de dollars US, Où on est-on de cette situation, alors qu’actuellement la valeur de l’exportation de ces produits n’est représentée que par les dattes avec une valeur qui n’excède pas les 60 millions de dollars, les autres produits ne figurent même pas dans les bilans statistiques du commerce extérieur de l’Algérie ! ce qu’on doit espérer au paravent c’est la couverture des importation des produits alimentaires par l’exportation des produits agricoles, c’est tout a fait réalisable !

*Expert consultant en agriculture et conseiller à l’export

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