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Nationale

Eviction de Belkhadem : un plébiscite pour Saâdani

Eviction de Belkhadem : un plébiscite pour Saâdani

Il y a exactement deux mois, on titrait dans ces mêmes colonnes sur le grand succès du secrétaire général du FLN, Amar Saâdani, juste après la tenue controversée d’une session du comité central du parti à l’hôtel Aurassi. C’était l’occasion de mettre en relief la défaite cuisante de Belkhadem et de ses partisans, qui voulait coûte que coûte revenir à la tête du vieux parti.

Dans le même article, on a mis en évidence la disgrâce de Belkhadem, non seulement au niveau du clan présidentiel, c’est-à-dire dans ses fonctions d’Etat, qu’il n’a d’ailleurs jamais assumées depuis sa nomination « surprise » comme ministre d’Etat et conseiller spécial auprès du président de la République, mais aussi au sein des organes du parti qu’il a dirigé pendant presque dix ans. En dépit des déclarations tapageuses des uns et des autres, des milieux politiques avaient remarqué depuis un mois le net rapprochement de Belkhadem de certains pôles de l’opposition.

La toute dernière preuve de ce rapprochement fut sa présence, avant hier, à l’université d’été du parti du Front du changement de Menasra, en compagnie de Ghozali, de Benflis et de Benbitour, tous anciens chefs de gouvernement et farouches adversaires et opposants à Bouteflika. Le signe ne trompe pas. Et le décret est tombé comme un couperet aux yeux de ses partisans et alliés qui s’attendaient, depuis janvier 2013, à un juste retour de leur chef à la barbe taillée. Plus grave encore, le communiqué officiel ne s’est pas contenté de signifier la fin de fonctions, sans donner de justifications ni les raisons du limogeage, comme il est de tradition dans les pratiques de l’Etat algérien, mais il est allé plus loin.
C’est véritablement un précédent dans l’histoire des Journaux officiels et dans la gestion des affaires du pays depuis le multipartisme.

En effet, le communiqué de la présidence confirme que le chef de l’Etat a pris contact avec le secrétaire général du FLN, Saâdani en l’occurrence, pour lui ordonner, en quelque sorte, « de prendre les mesures nécessaires afin de mettre fin aux fonctions de M. Abdelaziz Belkhadem au sein du parti et interdire sa participation aux activités de l’ensemble de ses structures ».

Jamais dans l’histoire tumultueuse de nos partis politiques un président de la République ne s’est immiscé directement et d’une manière franche dans la crise de sa formation politique. Bouteflika, qui se dit supra partisan et au-dessus des querelles d’appareils, n’a jamais évoqué depuis son premier mandat le moindre intérêt à son FLN (sauf une fois en mai 2012 lors du fameux meeting de Sétif).

Le fait que dans un communiqué sanctionnant un Conseil des ministres on fasse ordonner à un chef de parti de retirer la carte de militant à un ancien SG est en soi une première dans les annales. Mais qu’est ce qui a pu précipiter la chute vertigineuse de Belkhadem ? Choyé par le clan, qualifié comme l’un des plus proches et des plus fidèles, l’homme a joué un rôle capital lors de la crise de 2003, alors que le bras de fer entre Bouteflika et Benflis avait pris des proportions incroyables. Ministre des affaires étrangères, avant qu’il ne soit chef de gouvernement, Belkhadem aura été également le chef du mouvement de redressement, l’action qui poussa les partisans de Benflis à lâcher les appareils du FLN, avant de prendre lui-même les rênes du parti.

Conservateur et aux idées proches de la mouvance islamiste BCBG, Belkhadem fut, pour ceux qui ne le savent pas, président de l’APN, avant sa dissolution en janvier 1992 et la démission de Chadli. Il était également présent lors du fameux contrat de Rome (Sant Egidio) signé par plusieurs chefs de partis politiques algériens, en janvier 1996, alors que le pays vivait une guerre civile sanglante.

Belkhadem aura traversé depuis sa première mandature comme député en 1976, sous Boumediene, toute l’histoire politique agitée de notre pays et aura vécu toutes ses crises, comme il a connu et côtoyé toutes les figures et les personnalités les plus emblématiques. Il finira par être jeté en pâture par son propre mentor politique.

Comment expliquer cet acharnement contre une personnalité qui fut l’un des plus farouches alliés de Bouteflika ? Pourquoi lui interdire d’être militant de son parti le FLN ? Pourquoi Bouteflika ne l’a-t-il pas fait avec Benflis en 2004, alors que la bataille entre les deux hommes était des plus terribles ? Qu’est ce qui aura motivé cette décision aussi tranchante qu’affligeante ? Pourquoi maintenant, alors que les ingrédients de son limogeage existaient depuis des mois, bien avant la présidentielle ? Injoignable depuis deux jours, Belkhadem se mure dans son silence.

Même ses partisans étaient sidérés par cette décision, non pas de ses fins de fonctions au sein des structures de l’Etat et de ses institutions, mais plutôt par le signal que Bouteflika a donné à Saâdani pour « l’assassiner politiquement ».

Pour certains, il ne reste plus à l’ancien SG que de créer son parti politique, alors qu’il a milité depuis plus d’un demi-siècle dans le FLN. Une option que rejette d’autres, connaissant les profondes croyances de Belkhadem.

En tous les cas, l’immixion de Bouteflika dans les affaires organiques du FLN est déjà une carte blanche et un plébiscite à Saâdani. Ce dernier aura désormais les coudées franches pour mener, comme il l’entend, le navire FLN vers le congrès prévu dans six mois.

C’est aussi le coup de sifflet pour continuer les purges dans les organes du parti et le vider des partisans de Belkhadem, notamment au niveau des mouhafadhas. Enfin, les ambitions présidentielles de Belkhadem expliqueraient-elles l’inexplicable acharnement de Bouteflika ? Les ambitions politiques de 2019 feraient-elles peur déjà au poulain de Bouteflika ?

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