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Nationale

Evian, les accords qui scellèrent l’indépendance

Evian, les accords qui scellèrent l’indépendance

La conclusion des accords d’Evian entre le GPRA et le gouvernement français était l’aboutissement d’un long processus politico-diplomatique qui a évolué en parallèle avec la situation militaire sur le terrain.

Au-delà du mythe entretenu par les relais du colonialisme, passé et présent, faisant état d’une « indépendance généreusement concédée », Evian a consacré la victoire sans appel d’une dynamique historique portée par le peuple algérien et traduite sur le terrain par la révolution du 1er novembre 1954.

Lorsque les plénipotentiaires algériens et leurs homologues français paraphèrent le texte sanctionnant les négociations d’Evian, le 18 mars 1962 à 17h, le principe de l’indépendance de l’Algérie était non seulement acquis, mais depuis longtemps pensé et mûri par le gouvernement du général De Gaulle.

En effet, une série d’événements ont amené Paris à se rendre à l’évidence de l’impossible maintien du système colonial en Algérie tel que l’entendaient les tenants de « l’Algérie française » : pieds-noirs, ultras de l’armée et les grands colons.

D’abord, la résistance farouche de l’Armée de libération nationale (ALN) dans les maquis, qui malgré les moyens utilisés par l’armée française avec le concours de l’Otan, a infligé d’énormes défaites au million de militaires envoyés de la métropole. Surviennent ensuite les succès diplomatiques engrangés par le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) sous la présidence de Ferhat Abbas puis de Benyoucef Benkhedda.

A titre d’exemple, en cette fin d’année 1961, vingt pays reconnaissaient de facto et de jure le GPRA qui, lors de la conférence des Non-Alignés de Belgrade en septembre de la même année, siégeait aux côtés des ténors de ce mouvement (Nasser, Nehru et Tito).

Il faut dire que les manifestations du 11 décembre 1960 et la mobilisation du peuple algérien contre la stratégie de De Gaulle visant à créer une troisième voie entre le maintien de la colonisation et l’indépendance avec le slogan de « l’Algérie algérienne », ont faussé les ultimes calculs du général.

Les cris de « l’Algérie musulmane » clamés à Belcourt et au Clos-Salembier ont retenti dans les couloirs des Nations unies à New York pour aboutir à la fameuse résolution 1514 votée le 14 décembre 1960 sur le droit à l’autodétermination des peuples colonisés.

La résolution 1514 a fini par mettre le système colonial hors la loi en le disqualifiant humainement et historiquement, et c’était l’une des plus grandes défaites de la France sur le plan international.

Déjà, l’allié américain ne voulait plus entendre parler de la « question algérienne », surtout après l’élection de John F. Kennedy à la Maison-Blanche en novembre 1960. Le sénateur démocrate avait, dès 1957, condamné la répression française en Algérie. Le message est désormais bien reçu à Paris : plus question de compter sur le soutien américain.

Et Guerre froide oblige, Washington avait cru utile de jouer la carte de la décolonisation afin de contrer l’influence soviétique. Amorcé dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce processus s’est accéléré avec la révolution algérienne : les deux pays maghrébins, Tunisie et Maroc, ont été « lâchés » par le protecteur français en mars 1956, l’Afrique noire française dès 1959-1960 avec la « Communauté française », censée remplacer le système colonial, avant sa caducité en mars 1961 et l’accession de ses membres africains à l’indépendance.

Cette dynamique, suivie de près par les deux superpuissances, avait placé les négociations algéro-françaises dans un contexte favorable au négociateur algérien. Et ce sont ces conjonctions diplomatiques qui ont mis le processus de négociation sous la bonne étoile.

Depuis Lucerne en Suisse (mars 1961) et jusqu’à Evian 2, en passant par Neuchâtel, les Rousses, Lugrin, Bâle et Evian 1, les plénipotentiaires algériens ont bataillé pour maintenir l’intégrité du territoire algérien, éviter l’intégration du MNA de Messali Hadj aux négociations et discuter tous les détails d’un accord garantissant le recouvrement de la souveraineté nationale et l’accession de l’Algérie à l’indépendance.

Ainsi, l’équipe de Krim Belkacem, Ahmed Boumendjel, Mohamed-Seddik Benyahia, Saâd Dahlab, Tayeb Boulahrouf et Réda Malek, pour ne citer que ceux-là, a réussi à placer les négociations d’Evian au cœur d’une dynamique historique planétaire, celle de la décolonisation, tout en jonglant entre les contradictions de la géopolitique mondiale, celle de la Guerre froide, et profitant de la déchéance irrémédiable d’un pays, celle de la France. 

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