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Op-Ed

‘’Est-il encore possible que la politique rende possible ce qui est nécessaire’’

Les planètes ne semblent pas aussi bien aspectées cet automne pour quiconque entend seul, éteindre les braises incandescentes d’une crise politique dont les enjeux sont aussi complexes, interdépendants et indissociables les uns des autres.

Bien qu’unanimement revendiquée, la voie électorale dont la machine a connu pour les uns de dilatoires et superflues retouches, et selon d’autres, une authentique reconfiguration, n’a été appréhendée et présentée que sous son aspect strictement formel, loin de sa nécessaire dimension politique, ce qui ne semble pas suffisant pour réanimer une scène politique, réduite au décorum, et manifestement figée dans l’expectative.
Cet attentisme de repli ou de rétivité n’est troublé de temps à autre, que par des annonces complaisantes oiseuses sans lendemain ou par des messages brouillons et fumeux de la part des « obligés ». Pas de quoi susciter l’appétence l’effervescente jeunesse ni de quoi éclaircir d’un jour nouveau l’horizon politique autour de l’offre politique dégagée par l’instance nationale de dialogue et de médiation, qui rappelons le, n’a pas réusssi à réunir les différentes sensibilités politiques pour tenir la conférence nationale promise.
L’annonce furtive et martiale de la date de l’élection présidentielle n’a permis ni de couper l’herbe sous les pieds des partisans du boycott, ni de plier rondement l’affaire avec le concours de ces suiveurs opportunistes, dépourvus de conviction et incapables de faire les bretteurs ou de chauffer un meeting de ralliement, même tous frais payés.

Sans constituer un bloc homogène, les récalcitrants continuent eux, à appeler à cor et à cri, à une solution politique inclusive et globale négociable, qui insistent-ils, doit se faire, sans intermédiaire, avec le pouvoir effectif.

Bien qu’évités et ignorés des chaines de télévision locale qui essaient péniblement de faire de grands formats autour de médiocres communicants sur la prochaine présidentielle, certains d’entre ces mis en quarantaine, ont réussi grâce à la force indomptable des réseaux sociaux à gagner en audience et à ravir les bancs de l’opposition à l’opposition dite officielle, dont une partie continue de louvoyer ou de botter en touche.
La solution du recours à l’urne continue porter toute son énergie sur le volet technico-administratif. Elle est reçue avec une molle satisfaction si ce n’est avec philosophie ou résignation. On s’en acquittera d’un pas d’enterrement comme pour les précédents scrutins : tremper l’index de la main droite dans le bleu probatoire du devoir du citoyen. Des fois qu’on aurait besoin de sa carte électorale pour des questions autrement plus sérieuses !

Une manoeuvre électoraliste
La solution électorale passe de plus en plus pour une manoeuvre électoraliste, plombée plus que portée par une pâle galerie politique toujours aussi insignifiante et aussi embarrassante pour ce qu’elle représente de négatif aux yeux de la société.

Que gagnerait-t-on à un retour à la « normale » avec d’aussi maigres mises alors que l’on tient à ce que ce scrutin soit des plus décisifs pour le destin de la nation ?
Depuis la rentrée sociale, c’est avec un regain d’énergie si ce n’est d’entêtement, que les manifestations s’enchainent au cours de la semaine, toujours aussi pacifiques qu’à leur commencement et avec les mêmes crédos dont celui du « dégagisme ».
Après une phase rassurante, dite d’accompagnement du sursaut populaire contre un cinquième scandaleux mandat brigué au nom d’un sortant inapte à la charge présidentielle, c’est une phase préoccupante de containment justifiée par une fronde qui viserait dit-on, l’Etat, qui succède alors que le processus électoral est engagé cahin caha.

Jusqu’ici, l’arsenal répressif anti émeutes dont l’utilisation aurait un impact désastreux sur l’image soft que se sont donnée les décisionnaires à la manœuvre, a été judicieusement écarté.
Mais la détermination des autorités à ne rien céder sur l’agenda des élections présidentielles, qui a été notifié à qui de droit, irait, assure-t-on, jusqu’à l’usage de la force musclée pour neutraliser en amont, une « chardhima » de marginaux fauteurs de trouble.
Les autorités actionnent des solutions à portée dissuasive en mettant en avant poste, la machine judiciaire.
Mais à trop la solliciter, on l’entraînerait dans les sables mouvants de la politique, sans recueillir les substantiels dividendes politiques escomptés.
Cette institution est en effet, encore fragile. Elle est en cure de rémission et recouvre peu à peu sa bonne notoriété depuis que sont mis à l’instruction ces dossiers inextricables de la « issaba » dont les membres ont été appréhendés.
Entre temps, on continue de stigmatiser et de diaboliser les vendredis de la politique alternative, à travers des médias de piètre qualité, honnis pour leur manque flagrant en matière de transmission de l’information.
Leurs contreperformances paraissent entièrement décalées et contre-productives ; on ne ferait pas mieux si on devait savonner la planche à ses ennemis.
L’autorité nationale indépendante des élections quant à elle n’a pas de « branche politique » pour susurrer dans l’oreille des décideurs ni de quoi mobiliser les soutiens indispensables à ses missions, lesquels soutiens se trouvent au sein de la société civile.

Depuis la rentrée sociale, le nombre d’anonymes marcheurs imbâillonables qui se retrouvent en préventive, ne cesse d’augmenter chaque semaine.
Ces écroués atypiques dont le décompte est dressé chaque semaine par la presse, ont de quoi intriguer. En dépit des sévères mises en garde, ils semblent devancer les lettres de cachet du prince en sollicitant, aux portes mêmes, du célèbre pénitencier de l’est d’Alger, le baptême de la détention provisoire comme pour accéder officiellement au sacre d’opposants.

Une sous-estimation de la fronde
Sommes-nous face à une sous estimation de l’ampleur de la fronde que de telles mesures ne paraissent pas suffisantes pour en venir à bout ou à une exploration insuffisante de la fracture politique ?
Cet étrange pugilat politique entre la rue et la force publique ne permettra pas une franche victoire à la démocratie, mais fera plutôt la part belle au populisme.
La politique est pourtant consubstantielle à la vitalité et à la bonne santé de toute société. En l’occurrence, son rôle nécessite un climat d’apaisement de la part de tous les protagonistes et l’adhésion préalable à un code de bonnes pratiques politiques pour protéger les constantes immuables de la république. C’est ce dernier préalable qui n’a malheureusement pas intéressé grand monde.
La mécanique politique a pris beaucoup de retard sur les évènements et sur la rue que personne ne semble en mesure de cadrer.
Les quelques politiques réputés sérieux auxquels on prête encore l’oreille semblent sourds aux spasmes politiques qui travaillent la société. On se demande pourquoi ils ne s’approchent toujours pas du Hirak pour porter ses revendications à maturation ?
On comprend que le verbe politique soit encore rudimentaire sous nos frustres latitudes, quoique certains ne se priveraient pas de remarquer, qu’il fut un temps, la puissance incontrôlée des amplificateurs aidant, les prêches in extenso de nombreux rigoristes incendiaires ont tonné, faisant craindre de transformer tous les espaces de la république en un champs de guerre.

Mais en ce temps funeste pour les colombes, le verbe à la cadence martiale n’avait rien de politique et la société prise en otage, prenait seule, tous les feux.
On comprend en revanche moins bien, depuis le 22 février dernier, les raisons de l’auto contention que s’infligent, aussi ces politiques qui aux heures graves, se font aussi muets que des carpes ou au contraire s’épanchent longuement sur leurs déboires personnels.
Aux politiques qui en sont arrivés à faire part publiquement de leur scepticisme et de leur pessimisme, les reproches continueront de les accabler.
Rendons justice cependant à ceux qui ont fini par sortir, contraints ou de leur plein gré, de leur obligation de réserve. Au point où ils en sont de leur isolement volontaire ou forcé, ils ne peuvent hélas, que renoncer d’emblée, aux plus hauts postes d’édile de la prochaine république.
Après le sombre pronostic délivré cash et in live, par des personnalités politiques sur l’inquiétante question relative au dénouement de la grave crise politique dont ils critiquent plus le contexte que la solution, est-il encore possible d’espérer que des sages puissent soutenir et nous en faire la démonstration, que la politique « c’est rendre possible ce qui est nécessaire » pour juguler la crise politique ?
Pour ceux qui s’estiment aptes à relever ce challenge, ils ne peuvent se permettre de coder leurs messages, ni de produire d’élégantissimes éléments de langage, ni de distiller des boutades ou faire dans le prêchi-prêcha. Ils risqueraient de semer et de dérouter un public nouveau, qui se fait plus direct, plus exigeant et plus offensif.

« La politique c’est rendre possible ce qui est nécessaire. »
Question à un million pour tous ces politiques, ceux qui sont pour et ceux qui sont contre la présidentielle.
Cette phrase programme n’est pas à la portée de tous les politiques mais de ceux d’entre eux, charismatiques qui excellent au cours des campagnes électorales, parce que cette phrase possède déjà, cet air univoque qui séduit sans effort et rallie ceux si nombreux, qui mettent leurs dissemblables espérances dans les promesses d’un possible dont les chemins ne s’ouvriraient que sous les pas du politique qui tel le bon berger, dispose seul, du pouvoir de décrypter dans la nuit d’insondables obscurités.
Allez trouver dans le biotope local des candidats aussi inspirés ou tout au moins déterminés à semer de l’espérance dans nos attentes de citoyen !
L’univocité apparente de l’énoncé est si puissante que les politiques feront recette juchés sur des tribunes politiciennes, le temps de tirer un succédané de succès pour les uns ou un passable satisfecit pour les autres.
Cette assertion sera, en effet, celle qu’attendent tous ceux qui la recevraient comme destinataires privilégiés ou exclusifs alors que tous sont si différents !
Examiné de plus près, l’énoncé est ambivalent voire proprement aporétique.
Qu’entend par nécessaire en langage politique ?
C’est au moyen d’une double négation que le Larousse saisit la notion de nécessaire, dans ces termes : « ce qui ne peut pas ne pas être ».
On en déduit que ce qui est nécessaire est forcément possible et, qu’il est impossible de ne pas être.
Mais ce qui est possible n’est pas forcement nécessaire.
C’est donc aux politiques de nous éclairer.
L’entremise du politique est donc non seulement nécessaire mais indispensable pour que le nécessaire advienne.
Seul, le politique possède l’art de faire accéder au champs du possible les indispensables nécessités. 
Pour un certain abbé, l’abbé Pierre, illustre par de-là son pays, pour avoir appelé à « l’insurrection de la bonté », cette phrase est une confession de foi.
Pour remplir sa mission de politique, cet homme de principes, a dû renoncer à la voie étroite et tortueuse de la députation, pour faire de la politique au plus près des gens, des humbles et des sans voix.
Sur les cent quarante postulants à la charge présidentielle, cent trente d’entre eux, au moins, seraient recalés au B.A.B.A de l’engagement politique si on en avait un.
Le niveau d’exigence d’un tel prérequis basé sur des sacrifices et le don de soi, aurait permis de fournir à la république, ses véritables serviteurs et qui sait, il aurait ouvert, la voie à d’autres possibles pour la communauté des citoyens.
 

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