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Op-Ed

Est-ce le moment opportun de rebaptiser la République ?

Est-ce le moment opportun de rebaptiser la République ?

Le récent referendum a consisté à soumettre au plébiscite populaire la nouvelle loi fondamentale du pays. Il a été demandé directement aux électeurs de se prononcer sur l’offre politique, en glissant dans l’urne, l’un des deux bulletins de couleur proposés, le libre choix étant garanti par la discrétion de l’isoloir.

Il ne s’agissait pas d’amender quelques dispositions de la précédente constitution et/ou d’en insérer d’autres, auquel cas, c’est devant l’assemblée des élus que l’affaire aurait été diligentée afin d’en obtenir l’unanime approbation.
Il s’agissait d’un procédé constituant à part entière, rendu inévitable suite à l’éjection « thérapeutique » d’un président de plus en plus coupé du peuple au point de n’être plus qu’un président formel.

En rempilant sans gêne des mandats qu’il n’était plus en mesure d’assumer personnellement, il a fini par mettre en péril un régime politique qui pour durer a besoin d’un président charismatique qui incarne et le pouvoir formel et le pouvoir réel.
La panne durable de l’appareil présidentiel au plus haut sommet a entraîné la panne de toute la machine qui participe de ce pouvoir, et c’est la rue qui a grondé le point de rupture.

Le procédé constituant est donc intervenu à l’initiative du nouveau président de la république qui actionna son imperium afin de lancer un referendum plébiscitaire qui lui permettrait de mieux asseoir son mandat. Au delà du texte qui propose des fondements pour la nouvelle république, c’est la personne même du chef qui sollicite l’indispensable vote de confiance, sinon d’adhésion.
Un vote de confiance destiné à permettre l’affirmation d’un leadership prend un tout autre sens en temps de crise multidimensionnelle.

Une pauvreté rampante qui prend du relief
Les moyens du pays sont de plus en plus insuffisants pour continuer de financer les quelques mesures d’accompagnement social devant soutenir les populations impactées par la pandémie. Ceux trop nombreux, qui vivaient du secteur informel sont tombés dans l’indigence. La pauvreté rampante prend encore plus de relief depuis les mesures de distanciation sociale visant à freiner la propagation de la covid ; une pandémie dont on ne sait plus grand chose et qui ne recule pas.
La passion pour la protestation n’est pas prête de s’éteindre !
Les quelques inquiétants indicateurs économiques et financiers communiqués avec parcimonie enrobés dans des mesurettes ne convainquent plus.
Insuffisantes pour démentir les Cassandre qui entrevoyaient dès 2014 , une longue et périlleuse traversée de la crise économique et financière.

Ce procédé constituant a été à l’initiative d’un président de la république élu alors que les foyers de l’incendie politique continuaient de prendre partout se signalant par la multiplication des appels à la mobilisation populaire. La production sans retard d’une nouvelle constitution devant formaliser la revendication de rupture avec l’ancien monde.

Une promesse qu’avait faite auparavant, le monocrate défait qui affectionnait de retoucher la loi fondamentale chaque fois qu’il se lassait des lectures monocordes qu’on lui ronronnait.
-Le préambule de la nouvelle constitution réserve d’ailleurs tout un paragraphe au Hirak du 22 février 2019 comme le substrat philosophique qui légitimerait et fonderait sur le plan politique la nouvelle loi fondamentale et le régime politique qui en sortirait revigoré.
-Ce procédé constituant est aussi intervenu, après que le pays ait fait l’expérience d’une hasardeuse prorogation de la période de transition confiée à un intérimaire mal au point qui se devait d’occuper plus longtemps le rôle « d’aumônier testamentaire » de l’ancienne Algérie.
Toujours aussi remontée, la rue aurait porté l’ultime coup de boutoir à la chancelante loi fondamentale en bloquant le processus qui permettait de pourvoir au poste suprême dans le délai imparti par la défunte constitution. Le difficile « concile » des décideurs n’a pas été non plus étranger à l’ajournement des élections présidentielles.

Un intermède de dialogue politique eut lieu, il avait fondé quelque espoir chez certains mais il fut aussi bref que raté. On pointera les péchés cardinaux qui ont entaché l’opération dont, les apartés avec quelques routards de la politique, la réverbération du seul discours vertical, la culpabilisation des novices en politique et la déconsidération des free lance.

Ce coûteux flop a été suivi par la molle course des candidatures à la magistrature suprême, un happening tiédi par l’alignement de vieux curriculums vitae dont certains de pure fortune. Ce dernier procédé devait orienter, les électeurs vers le candidat refuge, selon certains commentateurs.

Le Hirak une alternative transposable sur le plan politique?
In fine, l’élection présidentielle retardée aura été tenue à l’arraché dans une société électrifiée à l’excès par des dissensions à visée séparatiste, qu’aucun courant politique ou idéologique ne réussissait à faire la preuve de sa capacité à produire le liant synthétique de nature à protéger et à transformer le Hirak dans sa diversité, comme une alternative transposable sur le plan politique.
En opérant une sorte d’OPA sur le procédé constituant dit « originaire », on coupait l’herbe sous les pieds de l’opposition adepte de la constituante. Cette opposition brevetée radicale pour avoir rejeté par excès de défiance ou par tactique, la version du dialogue commandité par le pouvoir au cours de la période de transition.

Le boycott du dialogue dans sa forme et quant à son fond, par ladite opposition, était estime-t-on, plus qu’attendu par le pouvoir qui ne pouvait que se satisfaire d’une opposition éclatée entre dialoguistes et dégagistes.

Rencontre de l’opposition

Aussi longtemps que durait le feu nourri des critiques ouvert sur les récalcitrants et auquel prenaient part y compris des parties dites « amies », on pouvait dérouler une feuille de route qui n’était pas sans rassurer les puissances étrangères.

Un surcroit d’incertitude dans la région nord africaine fait toujours craindre le pire. Et, la fragilisation des États centralisés profiterait à l’élargissement au nord de « l’arc de crise » sahélien qui préoccupe toujours pas mal d’États majors de la région.
Bien sûr, ce n’est pas le procédé constituant d’initiative populaire qui a eu lieu ce 1er novembre 2020.
En exerçant son pouvoir constituant, un peuple entré en révolution entend dé constituer l’ordre juridico-politique dont il n’en veut pas ou plus pour en reconstituer un autre, conforme à sa volonté.

Et, c’est une assemblée constituante élue qui veillerait à l’écriture d’une Constitution comme au commencement des temps. Mais comme, le temps zéro n’est qu’une fiction, on veillera à ce que la continuité de l’État soit assurée, le temps d’une courte transition par une instance transitoire neutre ou de compromis sous la protection d’un dispositif transitoire qui lierait l’ensemble des parties.
Cela ne ressemble pas tout à fait la Tabula rasa qu’on promet.

Si la théorie rousseauiste trouve dans le pouvoir constituant du peuple son expression sympathique, ses récentes expérimentations ne vérifient pas cet attribut, la proche Tunisie n’a toujours pas trouvé le régime politique qui lui convient, elle n’a pas retrouvé son point d’équilibre, prise en tenailles par des forces politiques trop dispersées.

Outre son romantisme, on a reproché au mode constituant populaire, la complexité de sa mise en œuvre, l’insuffisant nombre de partis politiques ayant un vrai projet, les errements et la lenteur du parcours au moment où un pays en panne, encourt l’asphyxie financière parce que les décisions adéquates se perdraient dans de stériles tergiversations.
On a aussi émis des réserves autour de l’ambiance quelque peu floue qui augmenterait le risque de submersion de la société par la vague diluvienne du populisme ou celui du retour des flammèches d’une arrière garde qui peut redoubler d’impatience.
C’est donc le procédé constituant à l’initiative du président de la république qui a prévalu avec l’accord tacite des puissances qui suivent de très près leurs intérêts.

Après l’embastillement outrageusement mis en scène de quelques précieux intouchables, la rupture avec la culture du prédécesseur s’est manifestée aussi, par le délaissement des inefficaces appareils politiques honnis par la population.

Un délestage de la dernière chance dans un contexte de crise politique majeure marquée par la perte de confiance quant à la solidité de nombreux organes de l’État noyautés par leurs éléments. Ces derniers ayant été fragilisés par leur porosité aux logiques démentielles de prédation des deniers publics comme si l’État ne disposait d’aucun moyen de s’en prémunir.

« Il n’y aura plus de bourrage des urnes ! ».
On fera en tenant compte du niveau de défiance populaire à l’endroit des instances représentatives encore en place, dont l’assemblée nationale, qui de l’aveu de celui qui en assura une présidence tapageuse, serait entachée d’illégitimé du fait de la fraude massive qui a porté à la députation les forces de l’argent sale notamment dans les rangs de la défunte alliance présidentielle qui tenait lieu à la fois de majorité parlementaire et de majorité présidentielle.

Ce type de referendum constitutionnel s’est également imposé malgré la forte probabilité d’une abstention massive ; trop visible pour qu’on puisse la dissimuler aussi grossièrement. C’est donc avec l’approbation de 24% du collège électoral que la nouvelle loi fondamentale naitra.
En opposition frontale avec ceux qui se gaussaient de la bérézina électorale, on trouvera dans un argumentaire de l’esquive teinté de réalisme, les mots d’un pugiliste qui aurait affronté une redoutable Chimère.
En s’en tenant au seul résultat de ce vote référendaire, on pose la question de savoir si on n’a pas pris fait prendre au pays, un risque de trop en allant aussi vite en besogne?
N’a-t-on pas affaibli encore plus, le dépositaire de la souveraineté populaire au moment où il ne dispose ni du logos, ni d’une haute fonction publique compétente, ni d’un attelage politique consensuel ni de la bourse dont il peut délier les cordons afin d’assurer la paix sociale ?
D’autres soutiennent au contraire que le régime présidentiel n’a été que mieux affirmé et que c’est au prochain parlement d’en être le pendant.

Le tocsin sonne déjà l’approche de la course aux législatives.
On persifle déjà avec une bonne dose de cynisme sur le gros contingent de partis qui n’auraient pour troupes que les proches des fondateurs ; leurs secrétaires, les membres de leur famille et quelques clients.
Les directions des partis politiques de la défunte alliance n’ont pas attendu de recevoir le carton d’invitation pour s’agiter qui, pour tenter de réaffûter leurs armes d’hier, qui pour tenter de reluire des batteries hors d’usage pour faire ce que la sagesse populaire conseille d’éviter de faire en ces temps de profonde remise en question.
Elles n’ont apparemment pas de souci à se faire pour financer la campagne de leurs « poulains » habitués à partir gagnants avant même que ne débute la compétition électorale.

Ailleurs, après un premier revers électoral, la base qui cotise et milite demande des comptes. On cherchera à se réinventer ou à se dissoudre dans de viables recompositions. À défaut, on se met par éthique, en retrait de la politique.
Certes, morale et politique ne se recoupent pas bien souvent, mais est-il possible de survivre même à l’opprobre ?
Des stratégies différenciées de distanciation sont adoptées par les partis politiques agréés positionnés dans l’opposition à la carte. Ils ne semblent pas partager la même conception de l’alternance au pouvoir. L’opposition agissante ne possède pas un réel potentiel de popularité, hormis ces quelques partis dont la base a atteint la taille critique ; le reste est plutôt poussif et ne peut se passer de quelques nécessaires « supplémentations ».

En démocratie représentative, il y a beaucoup moins d’appareils politiques et ceux qui se sont coulés dans le partage à tour de rôle de l’alternance au pouvoir sans réelle alternance faute de différentiation idéologique, sont en voie de disparition. La fin du militantisme politique à l’ancienne avait d’ailleurs sonné le déclin du modèle de représentativité politique qui n’a pas été renouvelé depuis la chute du mur de Berlin.

Ces temps de crise semblent plus favorables aux étourdissants mouvements politiques qui cachent sans la résoudre la profonde crise politique que connaissent les démocraties européennes.
En attendant que la galaxie politique algérienne amorce sous de meilleurs auspices, ses tardives premières mutations, on propose de rebaptiser ou de baptiser la seconde république.
Une proposition soufflée mais introduite néanmoins comme une priorité. À moins que cela ne soit le vœu intuitif d’une âme qui attend au seuil de sa paisible retraite spirituelle, que l’idée infusât ?

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