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Nationale

Essais nucléaires français en Algérie: un cancer dans le désert

Essais nucléaires français en Algérie: un cancer dans le désert

Lorsque la première bombe nucléaire française a explosé, il y a 62 ans, à Reggane dans le désert algérien, la France coloniale était plus soucieuse d’affirmer son entrée dans le club restreint des détenteurs de l’arme atomique que du devenir des populations et les lieux exposés, à ce jour, aux conséquences dévastatrices des essais qui ont duré sept ans.

Ce premier essai allait laisser des traces indélébiles sur les victimes irradiées qui poursuivent leur combat pour que les autorités françaises assument leurs responsabilités en les indemnisant des effets de ce crime abject.

Selon le rapport du Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN), une seule victime a reçu une offre d’indemnisation sur les 438 dossiers déposés par les victimes algériennes.

En 2013, sur un total 840 dossiers reçus par la Civen de France et d’Algérie, 11 ont donné lieu à une indemnisation, soit un taux de rejet d’environ 99 %. On parle de plus de 1 700 demandes déposées à ce jour par les victimes de France, d’Algérie et de Polynésie.

La France a promulgué le 5 janvier 2010 « la loi Morin » qui prévoit une procédure d’indemnisation pour les personnes atteintes de maladies résultant d’une exposition aux rayonnements des essais nucléaires français effectués dans le Sahara algérien et en Polynésie française entre les années 1960 et 1996.

Depuis 2010, et à la suite de nombreuses affaires judiciaires, la loi Morin encadre les demandes d’indemnisation. Les victimes doivent déposer un dossier auprès du Civen, le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires.

Les demandeurs doivent prouver trois conditions : qu’ils souffrent d’une pathologie radio-induite, qu’ils étaient présents sur les lieux concernés et aux dates concernées. Un médecin instruit le dossier et les victimes supposées peuvent aussi être auditionnées à leur demande.

La loi prévoit aussi la mise en place d’une commission pour établir un « programme de dépollution, de traitement, d’assainissement et de gestion des sites des essais nucléaires ». L’Algérie demande très régulièrement à la France d’agir pour la décontamination des sites concernés par les essais.

Le 13 février 1960 avait lieu le premier essai nucléaire français dans le Sahara algérien, à Hammoudia, à 40 km au sud de Reggane, sous le nom de code militaire « Gerboise bleue ».

De novembre 1961 à février 1967, la France a effectué 13 essais en sous-sol dont quatre n’ont pas été totalement contenus ou confinés, donnant lieu à une propagation massive des irradiations. À la suite de l’indépendance d’Algérie, les tests se déplacent vers la Polynésie, sur les atolls de Mururoa et Fangataufa, de 1966 à 1996.

reggane

Site où ont eu lieu les essais nucléaires à Reggane

Au total, 210 essais nucléaires ont été réalisés par la France. La plupart des personnes exposées, militaires, appelés ou populations locales, dénoncent un grave manque d’information sur les dangers encourus.

Une carte de l’armée française de 1960 déclassifiée montre que jusqu’au treizième jour suivant l’explosion, les retombées radioactives se sont étendues à toute l’Afrique de l’Ouest et au Sud-Est jusqu’au centre de l’Afrique, ainsi qu’au Nord, sur la côte espagnole et la Sicile.

Outre le nuage radioactif, de grandes quantités de déchets, enfouies à quelques centimètres de profondeur continuent de faire beaucoup de victimes, dont nombreuses demeurent anonymes.

Les victimes ne sont pas seulement les habitants des zones où les expériences ont eu lieu, mais également ceux s’en trouvant les régions voisines.

Plusieurs rapports attestent que les conséquences des expériences nucléaires sur les algériens directement exposés se sont étendues à leur descendance.

Il a été constaté depuis plusieurs cas de cancer, de fausse couche ou stérilité, des maladies rares, des malformations ayant touché les familles des personnes ayant été exposées aux essais nucléaires. Les autorités françaises s’entêtent à nier ces évidences, au grand désarroi des victimes.

Alors que certaines sont convaincues de mourir avant de se voir indemniser, d’autres craignent que leurs enfants et petits-enfants subissent le même mépris de la part d’une France qu’ils considèrent raciste pour les avoir utilisés comme des cobayes.

Pour que leur cause soit entendue, des associations militent pour que les victimes des crimes nucléaires coloniaux soient indemnisées sans discrimination. Ces associations se battent aussi pour que la région de Reggane soit désinfectée de toute radioactivité et que les populations locales bénéficient d’une couverture sanitaire.

Parmi ces associations, on citera Taourirt, qui est active depuis 2012 dans la région de Tamanrasset, où elle multiplie les actions pour la prise en charge des victimes des explosions nucléaires. Elle profite aussi de chaque occasion pour souligner l’urgence d’une décontamination de l’endroit des déchets nucléaires, qui continuent d’avoir des conséquences néfastes sur la population.

Cette décontamination primordiale doit se faire, selon les experts, en coordination avec la France qui détient les cartes des essais.

Il est à rappeler qu’en 1999, l’Algérie a demandé à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de mener une mission d’évaluation de la situation radiologique dans la région. Celle-ci a recommandé l’interdiction de tous les sites touchés aux populations civiles. Dans un rapport publié en 2005, l’AIEA a qualifié la zone de dangereuse pour toutes formes de vie.

Par ailleurs, un rapport établi par le Sénat français daté de 2009 souligne que ”les dispositions prises à l’époque n’ont pas suffi à empêcher l’exposition à des contaminations de personnes qui soit participaient directement aux expérimentations, soit se trouvaient dans les zones environnant les tirs. Ces mesures de sécurité n’ont, tout d’abord, pas empêché la survenue de trop nombreux incidents techniques lors de la préparation ou du déroulement des essais.”

L’aveu du Sénat révèle l’étendue du désastre subi à ce jour par les victimes des radiations, notamment les algériens, qui étaient des cobayes malgré eux des folles ambitions d’une puissance coloniale.

Cela d’autant que beaucoup de chercheurs et historiens en France comme en Algérie appellent à l’ouverture des archives françaises de l’Armée et des services de santé relatives aux tests nucléaires.



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