Essais nucléaires français au Sahara : Les victimes algériennes seront-elles indemnisées ?
C’est peut-être une lueur d’espoir pour les victimes algériennes des essais nucléaires français. L’espoir d’une reconnaissance d’un préjudice physique et moral qui dure depuis plus de soixante ans. La France vient d’adopter un texte de loi portant sur la facilitation des indemnisations de ces victimes de ces essais au Sahara algérien et dans les îles de Polynésie au Pacifique.
Il s’agit d’une décision qui pourrait être un signe politique important, même nuancé, dans un contexte marqué par des tensions diplomatiques entre Alger et Paris, et qui dure depuis presque deux ans. Ce point délicat a toujours été en suspens dans le complexe mémoriel, et le gouvernement algérien et la société civile n’ont cessé de le revendiquer face aux entêtements et autres atermoiements de la France.
Il convient de souligner que l’Algérie a exigé, à maintes reprises, le lancement par la France d’un programme de nettoyage de tous les sites concernés par les nombreux essais nucléaires effectués durant l’époque coloniale et même après l’indépendance. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait appelé l’an dernier Paris à venir nettoyer ces sites.
Il y a quelques jours, la présidente de l’Association France-Algérie, Ségolène Royal, avait abordé cette question, estimant que la réponse à cette revendication peut constituer un point de départ dans le dégel des relations bilatérales et « c’est à la France de faire le premier pas, car c’est elle l’ancienne puissance coloniale ». Elle s’est engagée personnellement à suivre ce dossier, en plus de la restitution des biens culturels algériens dérobés durant la colonisation et des archives, ainsi que la restitution des crânes et des dépouilles des résistants algériens martyrs.
Dans l’attente d’une concrétisation réelle, de la part des autorités françaises, de sa volonté d’indemniser des dizaines, voire des centaines d’Algériens, l’incertitude et le flou entourent cette opération. Les experts pensent que l’une des phases préliminaires demeure avant tout la restitution des archives militaires et scientifiques liées à ces essais. Ces archives recèlent d’importants renseignements sur les zones contaminées ou les régions à risque, sur les dangers encourus par les populations qui ont été exposées aux radiations, mais aussi sur les listes nominatives des Algériens amenés comme cobayes lors de ces expérimentations à ciel ouvert.
Que prévoit le projet de loi adopté par les députés français ? Dans un article, il est écrit que « toute personne présentant une pathologie radio-induite et présente dans des zones et des périodes déterminées pourra bénéficier de l’indemnisation ». Le même texte affirme que même les victimes « dans les zones périphériques » doivent être dédommagées de la même manière que les victimes dans les installations militaires.
D’ailleurs, des observateurs demeurent réservés sur ce point, car ils estiment que le périmètre sélectionné dans ces cas est trop limité et risque de ne pas toucher l’ensemble des victimes de ces essais nucléaires, alors que l’impact des explosions et les poussières radioactives peuvent contaminer des populations civiles à quelques centaines de kilomètres.
Pour rappel, la France avait adopté en 2010 une loi qui prévoyait des indemnisations financières aux personnes tombées malades suite aux essais nucléaires, en réparation du préjudice subi. L’indemnisation reposait sur trois critères : avoir été présent en certains lieux, à certaines dates et avoir développé l’une des 23 pathologies reconnues comme radio-induites (leucémie, cancer du sein, etc.). Un quatrième critère avait été introduit en 2018 par le comité chargé des indemnisations : avoir été exposé à une dose d’au moins 1 millisievert (mSv) par an, critère qui a été qualifié par des chercheurs indépendants de fallacieux et réducteur car les doses sont sous-évaluées et ce critère n’est ni scientifique ni sanitaire.
Selon les experts, plus de 11 000 personnes seraient éligibles aux indemnisations grâce à cette nouvelle loi. La France a rejeté par le passé près de 700 dossiers, alors que des milliers d’autres, répondant pourtant aux critères, n’ont jamais déposé de demandes.
A ce propos, il faut dire qu’en Algérie, la majorité de la population qui habitait près des zones contaminées n’a pas déposé de dossier ou de demande. De rares cas ont été signalés, alors que des associations et des collectifs d’avocats avaient été mobilisés pour cette opération il y a quelques années. Seulement deux Algériens ont été reconnus comme victimes par la France sur plus de 60 dossiers déposés.
La France a fait exploser 17 bombes au Sahara algérien depuis février 1960. En 2021, le président Emmanuel Macron a reconnu l’existence d’« une dette » de la France envers la Polynésie, sans toutefois présenter d’excuses officielles. Il n’a jamais cité l’Algérie et ses populations victimes.
Selon un récent rapport de l’ONGONG Une organisation non gouvernementale (ONG) est une association à but non lucratif, d'intérêt public, qui ne relève ni de l'État, ni d'institutions internationales Norwegian People’s Aid, les retombées des essais nucléaires réalisés entre 1945 et 2017 par tous les pays dotés de l’arme nucléaire, la plupart dans d’anciennes colonies, causeront à terme au moins 4 millions de décès dans le monde, principalement parmi les populations riveraines.