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Espagne : le gouvernement va gracier les indépendantistes incarcérés

Espagne : le gouvernement va gracier les indépendantistes incarcérés

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a annoncé, ce lundi à Barcelone, que son gouvernement allait donner son feu vert à la grâce controversée des neuf dirigeants indépendantistes catalans condamnés à la prison pour la tentative de sécession de l’automne 2017, ce mardi.

« Demain, guidé par l’esprit de concorde de la Constitution, je proposerai au Conseil des ministres d’accorder la grâce aux neuf condamnés » à des peines allant de 9 à 13 ans de prison, a annoncé le dirigeant socialiste dans le théâtre du Liceu.

Dans une mise en scène soigneusement orchestrée, le dirigeant socialiste a prononcé un discours intitulé « Retrouvailles : un projet d’avenir pour toute l’Espagne » devant un parterre de personnalités catalanes. Un discours qui apparaît comme l’acte final à cette grâce que le Premier ministre tente de vendre depuis des semaines à l’opinion espagnole comme une mesure cruciale en vue de trouver une issue à la crise séparatiste en Catalogne.

Selon plusieurs médias, le Conseil des ministres pourrait adopter cette mesure, ce mardi, afin de permettre aux indépendantistes de ne pas purger la fin de leur peine et de sortir de prison. Pedro Sanchez a ensuite prévu de s’adresser à la Chambre des députés le 30 juin.

« La grâce, prévue par la Constitution (…) est l’expression de la volonté d’une société de pardonner », a expliqué la ministre des Affaires étrangères Arancha Gonzalez Laya, en déplacement au Luxembourg. Les indépendantistes exigent eux une amnistie totale, c’est-à-dire l’effacement du délit. Manifestant, avec des centaines d’autres, devant le théâtre où Pedro Sanchez s’est exprimé.

La tentative de sécession de la riche région du nord-est de l’Espagne a constitué l’une des pires crises politiques qu’ait vécue l’Espagne depuis la fin de la dictature franquiste en 1975. Malgré son interdiction par la justice, le gouvernement régional de l’indépendantiste Carles Puigdemont avait organisé un référendum d’autodétermination, émaillé de violences policières dont les images avaient fait le tour du monde.

Quelques semaines plus tard, le parlement catalan avait déclaré unilatéralement l’indépendance de la région, provoquant la réaction immédiate du gouvernement espagnol, alors aux mains des conservateurs, qui avait destitué le gouvernement régional et mis la région autonome sous tutelle. Poursuivis par la justice, les dirigeants indépendantistes avaient quitté l’Espagne, comme Carles Puigdemont, ou s’étaient retrouvés derrière les barreaux. Selon un récent sondage de l’institut Ipsos, 53 % des Espagnols sont opposés à l’indépendance, alors qu’une large majorité (68 %) y est favorable en Catalogne.

Selon plusieurs analystes, Pedro Sanchez fait maintenant ce pari très risqué politiquement car les prochaines élections nationales, prévues au plus tard en janvier 2024, sont suffisamment éloignées. « Avec le temps, la grâce apparaîtra anecdotique si l’économie va bien » grâce au méga-plan de relance européen, souligne Pablo Ferrándiz, sociologue à l’Université Carlos III de Madrid.

Reste désormais à voir si cette mesure – qui ne concernera pas Carles Puigdemont, toujours poursuivi par la justice espagnole – pourra permettre de faire avancer le dialogue en Catalogne, où le nouveau président régional indépendantiste, Pere Aragonés, est un modéré.

« La grâce est une pièce fondamentale. C’est la clé qui ouvre le cadenas » en Catalogne, juge Oriol Bartomeus, professeur de sciences politiques à l’Université Autonome de Barcelone. Mais le « chemin ne va pas être facile », selon lui, alors que les indépendantistes campent sur leur exigence d’un référendum d’autodétermination, une revendication dont le gouvernement ne veut pas entendre parler.

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