-- -- -- / -- -- --
Op-Ed

Entre société civile et société politique

La crise politique et constitutionnelle qui secoue le pays depuis l’annonce de la candidature du président Abdelaziz Bouteflika et ensuite l’arrêt brutal du processus électoral par le chef de l’État démissionnaire le 11 mars 2019 ont permis l’émergence d’un élan populaire, imposant par son nombre, surprenant par son organisation et largement représenté par les composantes de la société. Un mouvement populaire prônant des revendications purement politiques, mais ne se revendiquant, dans sa globalité, d’aucune obédience permettant de le catégoriser dans une tendance plutôt qu’une autre outre la volonté populaire spontanée et légitime qui le caractérise.
C’est d’ailleurs cette caractéristique qui fait sa force et lui a permis de se prémunir de toute tentative d’essoufflement spontané ou « prémédité » dans le but de l’affaiblir.
La mise en garde de certaines personnalités médiatiques et universitaires contre les risques d’une représentation hâtive du hirak, avant d’atteindre tous ses objectifs, a été bien accueillie par la rue et a permis le prolongement de sa cohésion pendant plusieurs semaines.
Certes, le constat est positif en témoigne le départ, sous la pression d’une rue fortement mobilisée, de figures de l’ancien système et de ses démembrements dans des entreprises et des institutions de l’État, la libération de la justice et le lancement d’une « opération mains propres » de grande envergure contre des hommes d’affaires et des personnalités politiques influentes. Mais qu’en est-il à l’avenir ?
Car force est de constater que ce hirak qui a obtenu, grâce au soutien et l’accompagnement de l’institution militaire et sans enregistrer le moindre dérapage, des acquis importants, se trouve aujourd’hui, à l’instar de tout le pays, à la croisée des chemins, faisant face au dilemme de la représentation au moment où la réussite de tout processus de dialogue est tributaire d’une représentation consensuelle. Une problématique sérieuse à ne pas sous-estimer même si certains la considèrent comme facultative. 
Car si le hirak est un mouvement populaire spontané, produit par une colère cumulée d’un malaise social et économique de plusieurs années, il ne faut pas oublier non plus qu’il est aussi le résultat d’une dynamique sociale structurée opérée depuis plusieurs années par des acteurs qui n’étaient pas engagés directement dans le jeu politique qui opposait le pouvoir en place, représenté par les partis de l’ex-alliance présidentielle, à celui de l’opposition. C’est le cas des syndicats autonomes et des ONG se réclamant d’une ligne démarquée du système. Si la société algérienne a trouvé une alternative aux partis politiques pour mobiliser les citoyens et faire passer ses messages et ses revendications, cela ne signifie pas qu’elle n’a plus besoin de sa classe politique uniquement sous prétexte que le mouvement associatif est moins exposé aux risques de divisions. Il est important de souligner dans ce sens la dangerosité de créer un antagonisme entre société civile et société politique que font certains médias. Les risques sont importants, car en plus de voir se glisser des enjeux de pouvoir dans un espace qui n’est pas dédié à la politique, il y a celui de voir les divergences emporter la « cohésion » d’une société civile déjà mise à l’épreuve lors de la dernière réunion préparatoire de la conférence prévue le 15 juin prochain.
Mohamed Nazim Aziri

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email