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Nationale

Entre l’urgence et l’écriture intéressée

Entre l’urgence et l’écriture intéressée

L’Algérie commémore aujourd’hui le 53e anniversaire du cessez-le-feu du 19 mars 1962 entre l’Armée de libération nationale (ALN) et l’armée coloniale. Depuis 53 années, l’Algérien attend de pouvoir enfin accéder à son histoire, la glorieuse histoire de la guerre de libération nationale, mais en vain.

La raison ? Lorsque ce n’est pas l’accès aux archives nationales ou leur restitution qui sont rendus difficiles, voire impossible, par l’ex-puissance coloniale, d’un côté, et certains nervis de la bureaucratie nationale, de l’autre, c’est souvent aussi à cause de notre histoire et notre mémoire qui sont otages des politiques, voire des règlements de comptes.

A chaque commémoration, qu’il s’agisse du 1er-Novembre, du 5-Juillet, ou du 19 Mars, l’opinion publique espère un sursaut salvateur dans le sens de la réappropriation par l’Algérien de son histoire contemporaine faite de sang et de larmes, mais aussi et surtout de fierté d’avoir été l’artisan d’une révolution de libération hors normes. Mais voilà que les dates et les anniversaires sont tout le temps phagocytés par les discours décalés des officiels et la persistance des sujets et des dossiers tabous.

Les écrits de quelques rares historiens objectifs qui se sont investi corps et âme dans l’écriture des pages d’histoire de la guerre de libération nationale, à l’instar de Mohamed Harbi, de Mohamed Teguia et d’autres, ne font malheureusement pas le printemps. Et c’est dans une large mesure en raison de cet état de fait que notre histoire s’écrit encore ailleurs ou bien par des personnes politiques aux desseins intéressés et qui, malheureusement, desservent l’œuvre qui est l’écriture de l’histoire plus qu’ils ne la servent.

Il en est ainsi du récent livre de Saïd Sadi : « Amirouche. Une vie, deux morts, un testament », et de la grosse polémique qu’a suscitée sa promotion par l’auteur qui a bouleversé des situations établies sur des personnalités de premier plan tels que Messali Hadj, Ahmed Ben Bella et d’autres.

Bien avant cela, on se souvient tous des réactions mitigées au sein de ce qui est communément appelé « la famille révolutionnaire » sur des débaptisations de rues à Alger opéré par feu Mohamed Boudiaf, durant le laps de temps très court passé à la tête du Haut Comité d’Etat (HCE), avant son assassinat le 29 juin 1992.

Lorsque ce ne sont pas les politiques intéressés qui s’essayent à faire l’histoire à la place des historiens, ce sont les acteurs eux-mêmes qui la font. Certes, les mémoires des combattants de la libération, à l’instar de ceux de feu Ali Kafi, chef de la wilaya II historique, mais pas seulement, n’ont pas eu l’effet escompté qui est d’éclairer la lanterne des historiens et des passionnés d’histoire.

Par ailleurs, le ministère des Moudjahidine, qui a toujours la haute main sur les œuvres culturelles et artistiques retraçant les séquences les plus critiques et décisives de l’histoire de l’Algérie contemporaine, ne contribue pas à l’épanouissement de l’écriture de l’histoire. Au plan officiel, on en est toujours à mystifier et à déifier certaines voix et certains faits historiques et à frapper d’ostracisme d’autres. 

Preuve en est que le dossier des faux moudjahidine, clos avant même d’être ouvert, ne contribue pas à la manifestation de la vérité. Parler de l’écriture objective de l’histoire nous amène à parler de l’état de nos archives et des efforts faits pour la récupération des tonnes de dossiers confisqués par la France officielle.

A ce niveau-là, force est de constater que la gestion opaque de ces archives et les effets d’annonces des responsables à propos de la restitution de la mémoire des Algériens laissent penser que quelque part, ces archives dérangent et qu’il serait mieux de les laisser là où elles sont actuellement.
 

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