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Culture

Entre épopée et mémoire à Batna

Entre épopée et mémoire à Batna

Lancée ce samedi 04 février à Batna par le ministre des Moudjahidine Tayeb Zitouni, la commémoration du centenaire de la naissance de Mostefa Benboulaïd doit se poursuivre durant une quinzaine de jours avec un programme de manifestations culturelles et sportives.

Après le 60e anniversaire du décès en martyr de Mostefa Benboulaïd (tombé au champ d’honneur le 27 mars 1956), l’an dernier, marqué notamment par la parution d’un nouvel ouvrage en France : Mostefa Ben Boulaïd : le promoteur de la révolution algérienne de Jacques Simon, édité par Harmattan, voilà que diverses festivités animeront Batna la capitale des Aurès, mais aussi la localité Narra, là où se trouve la tombe de Mostefa Ben Boulaïd, et Arris, lieu de naissance (5 février 1917) d’un des chefs historiques de la guerre de libération nationale. La commémoration de son centenaire dont le programme est initié par les services de la wilaya de Batna, revêt un caractère national.

Dans son allocution, dans le contexte du lancement de cet anniversaire en présence de nombre de ses homologues du gouvernement, du wali de Batna, de moudjahidine de la région, de présidents d’organisations nationales, de chefs d’entreprises et autres invités, le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, a affirmé que Benboulaid « n’est pas uniquement le lion des Aurès, mais celui de toute l’Algérie ». 

Après la cérémonie de recueillement sur la tombe de ce dernier au cimetière des martyrs de Nara, une mosaïque sera inaugurée dans la maison même de Mostefa Benboulaïd, transformée en musée communal à Arris. D’un autre côté, le Théâtre régional de Batna a prévu pour ce samedi une opérette, celle de l’épopée historique du combattant.

La salle Assihar ouvrira ses portes pour une exposition sur la guerre de libération nationale inhérente à la mémoire, montée avec la contribution de plusieurs musées nationaux. A l’université de la ville, un colloque international réunira des historiens et des chercheurs d’Italie, de Tunisie et d’Algérie (Tlemcen, Msila, Oran, Chlef, Tébessa) autour du combat, de la vie et de la mort de Mostefa Benboulaïd.

Ce centenaire est également une opportunité pour recueillir de nouveaux témoignages, celui notamment de Mohamed Beziane qui, dans son entretien accordé à l’Agence presse service d’Algérie, raconte l’évasion de Benboulaïd de la prison d’El Koudia de Constantine, le 4 novembre 1955 après son arrestation en février de la même année, à la frontière tuniso-lybienne. 

L’évasion

Il est l’un des témoins de cette évasion et il précise avoir rencontré Benboulaïd dans la cellule des condamnés à mort dans cette prison. M. Beziane (âgé aujourd’hui de cent ans, presque) rappelle d’abord son arrestation, en décembre 1954, après avoir fait exploser le pont entre Laksar et T’kout et l’attaque du poste de gendarmerie de T’kout.

Il rapporte que Benboulaïd leur a souvent dit que « notre combat doit se poursuivre même en prison ». Un jour, il a réuni les prisonniers autour de la question de l’évasion, il leur a demandés de donner tous leur avis en affirmant que « nous sommes ici tous responsables ».

C’est Hadjoudj Bachir, originaire d’El Khroub qui, pour avoir séjourné souvent dans cette prison, a l’idée de creuser un tunnel jusqu’à la pièce voisine servant de magasin et donnant sur une cour qui menant vers le premier mur puis le second mur. La proposition est adoptée à l’unanimité. Benboulaïd a alors dit, selon Mohamed Beziane, que « l’histoire se rappellera de nous quel que soit le résultat ».

Ces propos « nous ont fortement motivés pour mener à terme cette évasion qui a abasourdi l’occupant. Notre seule arme est notre foi en Dieu et en la patrie », a affirmé Beziane les yeux noyés dans les larmes.

Disparition

De son côté, le moudjahid Belaggoune estime que la mort de Benboulaïd, le 27 mars 1956 sur le mont Lazrag, à la suite de la manipulation d’un colis piégé (poste), sera « un drame pour tous les moudjahidine et cadres de la partie occidentale des Aurès que je n’oublierai jamais ».

Tout en pleurs, cet ancien combattant se souvient que quelques moments se sont écoulés ce jour-là, après la prière du maghreb, avant d’entendre une forte déflagration dans la maison où Benboulaïd préside une réunion.

« Lorsque nous avons accouru vers le lieu, la maison est en ruines et Benboulaïd, Mahmoud Benakcha, Ali Baâzi, Abdelhamid Amrani, Ahmed Lekbaïli et Fodhil El Djilani sont tous morts. Nous avons enterré sur place les dépouilles des martyrs et le lendemain nous avons tenu une réunion des responsables présents, nous avons décidé d’évacuer les blessés vers la région de Béni Frah dans les environs d’Ain Touta.

Nous nous sommes séparés après avoir fait le serment de tenir au secret la mort de Benboulaïd pour éviter l’échec de la révolution », a confié Belaggoune en répétant « je n’ai jamais connu d’égal à Benboulaïd ».

Quant au survivant de cette explosion, Amar Benchaïba, alias Ali, il assure que lors de la réunion de Dechrat Ouled Moussa, Benboulaïd a donné des ordres fermes pour que nul ne quitte la maison sans son autorisation expresse.

Adjel Adjoul, Chihani Bachir, Abbas Laghrour, Mostefa Bousseta ont, entre autres, pris part à cette réunion marquée par la désignation par Benboulaïd des chefs de groupes. Ainsi, Ahmed Nouaoura sera nommé à Arris, Grine Belgacem à Batna et Merouana, Hocine Berahaïl à Biskra, Abbas Laghrour à Khenchela et Tahar Nouichi à Ain Laksar.

Mohamed Biouch (90 ans) affirme, lui, qu’avant de se diriger vers la cible qui leur est fixée, Benboulaïd leur a fait prêter le serment suivant : « par le serment de Dieu, nous ne reculerons et nous ne retournerons en arrière que jusqu’à la libération de l’Algérie ou jusqu’à ce que nous mourrons », précisant que « par la suite, nous avons su que chaque groupe a répété ce serment derrière Benboulaïd ».

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