Entre dialogue avec l’OTAN et pacte avec Washington: Alger impose ses principes
Reçu par le général d’armée Saïd Chanegriha, l’amiral américain George Wikoff a mesuré le subtil équilibre de la diplomatie militaire algérienne. Entre le mémorandum d’entente signé avec les États-Unis en 2025 et le cadre multilatéral du Dialogue méditerranéen de l’OTAN, l’Algérie s’impose comme un pivot sécuritaire incontournable en Afrique du Nord, sans jamais déroger à son principe de non-alignement.
Lors de cette audience, le chef d’état-major de l’ANP et ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale a réitéré la position de l’Algérie et clarifié sa doctrine.
« Je tiens à rappeler que l’Algérie, dans le cadre de sa démarche résolue visant à consolider ses relations de coopération avec les différents Etats, demeure profondément attachée au principe de non-alignement, à son indépendance et à sa souveraineté décisionnelle », a déclaré Saïd Chanegriha à l’amiral Wikoff, qui est aussi commandant des Forces navales américaines en Europe et en Afrique.
Selon un communiqué du ministère de la Défense nationale, le chef d’état-major de l’ANP a ajouté que c’est pour l’ensemble de ces « principes sacrés dont nous attendons de nos partenaires qu’ils les apprécient à leur juste valeur et les respectent », que l’Algérie a « consenti, depuis 1830 jusqu’à 1962, le sacrifice de plus de cinq millions six cent trois mille martyrs, dont un million et demi de martyrs entre 1954 et 1962. »
Cette audience s’inscrit dans un cadre de relations denses mais codifiées. Il convient de rappeler que les relations entre l’armée algérienne et l’OTAN ne sont pas fortuites : l’Algérie a rejoint dès l’an 2000 le Dialogue méditerranéen de l’Alliance atlantique. Ce cadre multilatéral permet à l’ANP de participer régulièrement à des séminaires de haut niveau, des exercices de sécurité maritime en Méditerranée et des programmes de formation, notamment sur l’interopérabilité des forces et la lutte antiterroriste, tout en préservant son statut de partenaire non-membre.
Dans la même allocution, Saïd Chanegriha a mis en avant les relations militaires entre l’Algérie et les Etats-Unis, qui « connaissent une nouvelle dynamique, notamment après la signature du mémorandum d’entente dans le domaine de la coopération militaire en janvier 2025 ». Cette démarche, a-t-il dit, s’inscrit en « droite ligne de la volonté des deux pays de construire un partenariat stratégique, fondé sur le respect mutuel et au service des intérêts communs ».
Cette lune de miel sécuritaire sino-américaine sur le terrain africain s’appuie sur des structures solides, à l’image du Comité militaire conjoint algéro-américain (Joint Military Dialogue), dont les sessions régulières permettent de coordonner la lutte contre les réseaux djihadistes et le crime organisé transfrontalier dans la région sahélo-saharienne. Washington a, à maintes reprises, salué l’expertise de l’ANP, qualifiant Alger de pivot de la stabilité régionale.
« Cette dynamique s’est concrétisée par des échanges de visites de délégations de haut niveau, à l’exemple de la récente visite du commandant de l’AFRICOM en Algérie, qui a constitué une occasion d’échanger les points de vue sur les questions d’intérêt commun et a contribué au renforcement des canaux de communication sur les questions sécuritaires et stratégiques », a encore expliqué le chef d’état-major de l’ANP.
A ce propos, il convient de rappeler que le commandant du Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), le général Dagvin Anderson, a effectué en avril dernier une visite en Algérie, durant laquelle il a examiné l’état de la coopération militaire entre l’Algérie et les Etats-Unis. Ses entretiens avec le chef d’état-major Saïd Chanegriha ont permis d’échanger les analyses et points de vue sur plusieurs questions d’intérêt commun, en particulier celles liées à la sécurité régionale et à la lutte contre le terrorisme.
A cette occasion, le général d’armée Chanegriha a assuré que cette visite constitue une nouvelle étape dans le renforcement de la coopération bilatérale, rappelant que les deux pays œuvrent à approfondir leur dialogue stratégique et à promouvoir leur coopération militaire.
Le chef d’état-major de l’ANP a également affirmé que l’Algérie poursuit, sur mandat de l’Union africaine, ses efforts visant à renforcer les mécanismes de l’approche continentale commune destinée à unir les efforts pour éradiquer le terrorisme et l’extrémisme violent sous toutes leurs formes.