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Nationale

Enquete de la présidence dans la capitale de l’acier : Le RAB des nababs

Enquete de la présidence dans la capitale de l’acier : Le RAB des nababs

Des enquêteurs chevronnés, arrivés d’Alger, enquêtent depuis une semaine dans la capitale de l’acier sur le trafic lié aux différentes formes d’importation du rond à béton (RAB), principal matériau destiné à la construction de bâtiments.

L‘Algérie, pays très demandeur de cette catégorie d’acier en raison de ses multiples programmes de logements, sans parler de réalisations d’infrastructures étatiques, semble avoir été trompée par des importateurs sans scrupules.

Le gouvernement algérien importe chaque année 5 millions de tonnes d’acier pour 10 milliards de dollars. Les enquêteurs, agissant sur des ordres de la présidence de la République, ont sillonné avant leur arrivée à Annaba l’ensemble des wilayas.

Toutes les grosses entreprises versées dans l’importation de l’acier ont été inspectées par ces agents de contrôle hautement spécialisés dans les crimes économiques. A en croire des sources crédibles, la décision d’ouvrir une enquête intervient suite à des dizaines de lettres adressées à la présidence par des importateurs et des citoyens qui dénoncent la radioactivité du rab importé, particulièrement d’Ukraine.

Le premier cas connu de radioactivité par le rab est celui d’Oran. En 2002, pas moins de 17 dockers en relation directe avec de l’acier importé sont morts subitement d’un cancer de l’os, et la presse à l’époque en avait fait largement écho. Ainsi, la première société inspectée a été la multinationale ArcelorMittal Algérie qui détient 51% des capitaux du complexe sidérurgique d’El-Hadjar, contre 49% appartenant au groupe luxembourgeois ArcelorMittal.

Bien que depuis sa création le complexe sidérurgique d’El-Hadjar a toujours produit un excellent acier de forte résistance et sans aucune contamination radioactive, les enquêteurs ont surtout voulu savoir pourquoi à un certain moment ArcelorMittal Annaba, avant sa renationalisation, a importé d’énormes quantités de rab à travers ses usines basées en Europe, en Asie ou en Amérique latine, alors que cette entreprise est à la tête dudit complexe sidérurgique d’El-Hadjar et des mines de l’Ouenza et de Boukhadra.

Ces mines fournissent le minerai de fer à ArcelorMittal pour la production d’un acier de haute qualité, loin des recyclages des déchets ferreux. Selon des sources sûres, les gestionnaires d’ArcelorMittal ont répondu aux enquêteurs que « si ArcelorMittal avait fait recours à l’importation du rab, c’est surtout pour satisfaire la demande de ses clients nationaux parce que ses installations industrielles sont défectueuses et nécessitent des réhabilitations sur les deux hauts fourneaux, dont un seul fonctionne, à faible niveau, sans parler de la cokerie qui est l’arrêt depuis des dizaines de mois ».

Les limiers, au cours de leurs investigations, ont été aidés par d’ex-syndicalistes du groupe Sider, qui leur ont fourni d’importants documents sur les rénovations des installations industrielles du complexe. Ces rénovations avaient coûté en 2000 à l’Algérie la bagatelle de 400 millions de dollars, malgré la crise financière et les exigences impitoyables du FMI.

Autrement dit, l’Algérie a cédé à Ispat un complexe sidérurgique remis à neuf. Un important syndicaliste de l’époque témoigne : « Le contrat de partenariat entre les pouvoirs publics et Ispat, dont j’ai une copie, stipule dans de larges parties, l’engagement de la filiale indienne à satisfaire la demande nationale en acier avant toute exportation ou importation. »

Les enquêteurs ont également visité les sièges et les parcs de stockage de plus de trente importants importateurs à Annaba, Skikda, El-Tarf, Guelma, Oum El Bouaghi et Sétif, pour s’enquérir de l’origine du rab importé, et surtout sur sa conformité. 60% des importateurs ont déclaré aux enquêteurs importer leur rab de l’Ukraine en raison de son rapport qualité/prix, et 40% l’importent d’Italie et de Turquie. Il faut signaler que le rab d’Ukraine est qualifié par plusieurs spécialistes du monde sidérurgique et également par les syndicalistes du complexe sidérurgique d’El-Hadjar comme étant irradié et impropre à la construction de bâtiment.

En 2006, l’ex-ambassadeur d’Ukraine en Algérie, Serhiy Borovsk, réagissant à une polémique autour de la radioactivité du rond à béton ukrainien, a déclaré : « Notre rond à béton est de très bonne qualité. Il répond parfaitement aux standards internationaux, et cela a été vérifié par des experts algériens résidant en Ukraine qui suivent de près cette affaire, et qui sont unanimes quant à la bonne qualité de nos produits. »

Concernant les 40% de l’acier importé d’Europe, issus des déchets ferreux en provenance de l’Algérie et d’autres pays puis recyclé avant d’être exporté vers notre pays, les enquêteurs ont également prélevé d’importants échantillons destinés à l’analyse profonde. Nos sources signalent que les analyses qui vont être effectuées sur les produits sélectionnés n’ont rien à voir avec l’analyse classique.

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