Le secteur du tourisme en quête d'amorçage – Le Jeune Indépendant
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Nationale

Le secteur du tourisme en quête d’amorçage

Le secteur du tourisme en quête d’amorçage

Elevé au rang de segment stratégique, au même titre que  l’industrie ou de celui de l’agriculture, le secteur du tourisme en Algérie peine toujours à sortir la tête de l’eau. Les retombées financières sur l’économie sont en effet toujours en deçà des aspirations eu égard au potentiel immense dont dispose le pays.
Toutefois, les autorités, emmenées par le ministère du tourisme, veulent à tout prix provoquer le déclic d’un secteur générateur d’emplois et de larges profits.

En matière d’investissement dans le secteur, l’Etat a pourtant accordé des conditions très avantageuses pour le financement des projets, l’exonération fiscale et l’accès au foncier touristique. Une enveloppe de 3,8 milliard d’euros a été mobilisée pour financer les projets touristiques privés et publics en Algérie. L’objectif premier des pouvoirs publics, à travers notamment le schéma directeur d’aménagement touristique (SDAT), est de porter la capacité d’hébergement hôtelier à 500 000 lits à l’horizon 2030.

Mais alors que le SDAT a entamé sa deuxième phase (2015-2030), force est de constater que même si les investissements sont en hausse, les recettes financières ne sont pas au rendez-vous. Le secteur du tourisme est loin d’atteindre sa vitesse de croisière car persistent encore des freins qui plombent son envol.  

En effet, l’Algérie compte aujourd’hui quelque 1 500 hôtels, dont 36 sont entrés en service tout récemment, alors qu’elle n’en comptait que 1 000 en 2015. Plus de 40% des projets lancés dans le cadre de la mise en application du SDAT sont concentrés sur les villes d’Alger et d’Oran, soit 388 projets sur les deux villes uniquement.

Si l’on prend, à titre d’illustration, le cas d’Oran, la wilaya dispose actuellement de près de 180 hôtels d’une capacité globale de près de 20 000 lits. Sur 14 projets hôteliers programmés à l’occasion de l’organisation des Jeux méditerranéens d’Oran 2022, cinq sont entrés en service entre septembre et janvier derniers. L’entrée en service de ces infrastructures hôtelières d’une capacité de plus de 13 000 lits a permis la création de plus de 1 000 postes d’emplois.

Ces nouveaux établissements hôteliers de 3 et 5 étoiles viennent renforcer les capacités d’accueil de la wilaya. En moins de dix ans, Oran a ainsi connu un véritable bond, à la fois qualitatif et quantitatif, en matière d’investissement hôtelier, le nombre de projets hôteliers étant passé de 68 en 2015 à 110 en cours de réalisation en 2021, outre l’inscription d’autres projets dont ceux d’aqua-parcs, de centres de thalassothérapie et de stations thermales. 

Cet engouement pour l’investissement dans le secteur touristique s’explique, comme déjà souligné, par les diverses facilitations octroyées par les pouvoirs publics.

Parmi ces dernières, l’accès aux sources de financement à travers, notamment, des crédits bancaires accordés aux investisseurs pouvant dépasser les 70% du montant global de l’investissement. Il y a également le fonds spécial de l’Union européenne mis à la disposition des investisseurs dans le secteur du tourisme, qui peut financer jusqu’à 20% et plus des projets. Ceci sans compter les avantages accordés aux investissements touristiques à réaliser au niveau des wilayas du Nord et celles du Sud, qui bénéficient, respectivement, d’une bonification de 3% et de 4,5% des taux d’intérêt applicables aux prêts bancaires.

Un projet d’investissement en phase de réalisation dans le secteur du tourisme bénéficie, aussi bien dans le cadre du régime général que dans celui du régime dérogatoire, de la franchise de TVA sur les biens et services non exclus, de l’exonération des droits de douanes sur les équipements importés non exclus et de l’exonération du droit de mutation sur les acquisitions immobilières.

Parmi les mesures incitatives à l’investissement touristique, il y a aussi les avantages liés à l’accès au foncier à travers les modalités d’accès à la concession, qui ont été allégées par la loi de finances complémentaire de 2011 par le mode de gré à gré. En matière d’avantages fiscaux et parafiscaux, ces derniers sont accordés par l’ANDI à tout projet d’investissement dans le secteur, conformément aux dispositions de l’ordonnance 01-03 relative au développement de l’investissement.

Des prix non compétitifs et un service pas toujours au niveau 
Pour beaucoup de spécialistes du secteur, si le secteur du tourisme en Algérie ne réussit toujours pas à décoller, c’est parce qu’il n’est pas assez compétitif. Selon eux, le tourisme n’est pas qu’une question d’infrastructures, de nombre de lits, c’est aussi une question de savoir-faire, de stratégies commerciales et de marketing.

Abordant le volet relatif aux tarifs pratiqués par les hôteliers en Algérie, les mêmes sources estiment qu’ils sont encore trop élevés pour prétendre booster le tourisme, notamment interne.

Beaucoup de structures hôtelières, ajoutent-ils, ne survivent que grâce aux conventions signées avec de grandes entreprises publiques comme Sonatrach par exemple, pour l’hébergement de leurs travailleurs en déplacement ou en formation.
C’est une forme de «rente» garantie qui ne les encourage nullement à se remettre en question pour être plus performants et plus compétitifs.
De leur côté, ces clients «conventionnés», qui ne payent rien de leurs poches, ne peuvent pas être très regardants ni vis-à-vis des prix pratiqués encore moins de la qualité des services proposés.

Pour les touristes ordinaires, en revanche, aussi bien ceux de l’intérieur que ceux qui viennent de l’étranger, c’est une tout autre configuration. On cherche un rapport qualité-prix juste, des prix qui soient justifiés par le standing de l’établissement hôtelier et par la qualité des services proposés, en ayant, le plus souvent, comme principal référence ce qui se fait dans les pays voisins. 

Sur la question des tarifs, le ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Yacine Hamadi, avait annoncé, à la fin de l’année dernière, qu’une commission conjointe entre son département et celui du Commerce allait s’atteler à réviser les tarifs des prestations hôtelières et à les plafonner avec, pour finalité, booster le tourisme interne.

Pour Yacine Hamadi, qui ne cesse de mouiller la chemise pour  mettre en œuvre sa feuille de route, le secteur du tourisme et de l’artisanat repose, en premier degré, sur la relance du tourisme interne, et ce à travers l’attraction des touristes et la vulgarisation des grandes potentialités touristiques dans différentes régions du pays, grâce à l’intensification des voyages touristiques, la révision et le plafonnement des tarifs des hôtels.

La promotion du tourisme, en général, et le tourisme saharien, en particulier, est également liée aux prix du transport, notamment aérien. Le ministre des Transports, Aissa Bekkai, avait également appelé à une baisse des prix des billets d’avion des lignes intérieures, notamment les vols vers le Sud, estimant que «le gouvernement mise beaucoup sur le tourisme saharien pour la diversification de l’économie et des ressources du Trésor public».

Il convient de noter enfin qu’une conférence nationale pour relancer le tourisme dans le pays est annoncée pour la fin du mois de mai. Au cours de ce même mois, il y aura l’installation du Conseil national du tourisme (CNT) par le Premier ministre. Un organe qui sera composé de membres de dix-sept secteurs ayant un lien direct ou indirect avec le tourisme, en plus des représentants de la corporation.  

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