En attendant le recensement des plus démunis: Fin des subventions en 2022
Comme prévu, le projet de loi de finances 2022 a introduit une nouvelle disposition, celle de la fin du système des subventions généralisées et la mise en place d’une compensation aux ménages les plus démunis et éligibles à cette aide.
Une décision qui préfigure déjà une révision à la hausse des prix de certains produits alimentaires de base traditionnellement soutenus par l’Etat, comme la farine, l’huile de table et le sucre.
Il s’agit ici d’une mesure historique qui va transformer radicalement les comportements sociaux et les traditions de consommation de plusieurs millions de ménages, mais aussi toucher la croissance établie d’un secteur commercial éternellement florissant avec son industrie de transformation et ses circuits de distribution.
Dans le texte débattu actuellement au niveau de l’Assemblée populaire nationale, il est écrit que les modalités d’application seront fixées par voie réglementaire, notamment la liste des produits subventionnés concernés par la révision des prix, les catégories de ménages ciblés, les critères d’éligibilité à cette compensation et les modalités de transfert monétaire.
Pourquoi le gouvernement a-t-il mis fin à la politique des subventions et comment va t-il procéder pour maintenir le caractère social de l’Etat algérien, comme l’a réitéré le président de la République dans un récent discours ?
Selon le document présenté par le Premier ministre, il est noté, dans l’exposé des motifs, que l’expérience acquise par l’Etat dans la politique sociale a démontré que la majorité des dispositifs généralisés sont « abusifs » du fait qu’ils « profitent essentiellement aux couches des populations aisées ».
Selon le même texte, l’évaluation préliminaire du niveau des subventions fait ressortir un montant qui avoisine en moyenne 3 250 milliards de dinars par an sur la période 2012-2017 (soit environ 19,3% du PIB), ce qui représente entre 30 et 41 milliards de dollars en fonction de la fluctuation du taux de change.
D’après les mêmes estimations, « les subventions implicites, constituées notamment de subventions aux produits énergétiques et de subventions de nature fiscale, représentent environ 80% du total des subventions, et les subventions explicites représentent un cinquième du total des subventions ; elles sont dominées par le soutien aux prix des produits alimentaires et au logement ».
Au plan budgétaire, ce dispositif permet également de « maîtriser les crédits mobilisés annuellement au titre des différentes formes de subventions et de compensation (farine, semoule, pain, lait, huile, électricité, gaz, eau) et de participer à la réduction des phénomènes de gaspillage et de surconsommation qui se répercutent sur l’augmentation des dépenses publiques en la matière et qui pèsent lourdement sur le budget de l’Etat », selon l’exposé des motifs.
Pour les experts, le gouvernement se trouve dans une situation intenable, en dépit de la hausse effective des prix du baril sur le marché mondial. La crise économique mondiale, marquée par la récession de plusieurs secteurs, a eu des effets notoires sur le marché des matières premières, le transport international du fret et les assurances, la hausse des coûts de production et l’émergence de nouvelles tensions sur certains produits.
Impacté par la crise sanitaire et ses immenses besoins, le gouvernement est acculé face à des dépenses budgétaires en hausse de 25% par rapport à l’année dernière et un déficit du Trésor qui devrait atteindre 16,5% du PIB.
Des chiffres qui ont obligé les autorités à revoir complètement le système des transferts sociaux, en demandant l’aide et l’expertise technique de la Banque mondiale, pour engager la réforme et un meilleur ciblage des catégories nécessiteuses.
Selon des indications, le gouvernement devrait dégager, grâce à ce nouveau dispositif, un fonds de près de dix milliards de dollars en 2022, qui seront ainsi réinjectés vers d’autres secteurs ou transférés vers d’autres budgets.
Il est évident qu’il fallait à tout prix amortir le choc d’une révision des prix, pour éviter un désastre social, et ce en recourant à la mise en place d’un dispositif de compensation monétaire aux familles démunies ciblées. On ne connaît pas encore les modalités et les mécanismes de ce ciblage, ni le mode opératoire de ce nouveau système, voire le montant de cette aide financière.
Sera-t-il calculé sur la base de l’actuel SNMG, ou selon une moyenne basée sur les paniers des allocations et autres pensions annuelles ? Le Premier ministre a évoqué par le passé le mot « revenu supplémentaire », comme indemnisation de la hausse des prix, engendrée par la suppression des subventions directes.