Élections législatives à Béjaïa : Les cartes sont-elles rebattues ?
Le paysage politique de la wilaya de Béjaïa est en pleine mutation à l’approche du scrutin du 2 juillet. Finie l’époque où les appareils partisans régnaient sans partage cette année, les cartes sont totalement rebattues. L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) de la wilaya de Béjaïa planche actuellement sur l’étude des 14 dossiers réceptionnés.
Les 14 listes déposées révèlent, en effet, une parité parfaite qui en dit long sur les nouvelles aspirations locales : 7 listes partisanes face à 7 listes indépendantes. Pour les partis traditionnels (FFS, RCD, FLN, RND ou encore le PT), l’enjeu est vital. En perte de vitesse, ils doivent désormais composer avec des « listes citoyennes » bien décidées à bousculer l’ordre établi pour arracher les 9 sièges de députés réservés à la wilaya.
Des élus ont quitté leurs formations politiques et ont opté pour une transhumance politique. En effet, la véritable surprise de ce scrutin réside dans un phénomène inédit. Fatigués des logiques d’appareils, de nombreux maires et élus de l’Assemblée populaire de wilaya (APW) ont choisi de faire sécession. Pour séduire l’électorat, ils ne misent plus sur une étiquette politique, mais sur leur bilan de proximité et leur ancrage territorial.
Le symbole de cette rupture est sans conteste la liste indépendante « Tadukli » (l’Union), qui s’impose déjà comme l’épouvantail de ces élections. Le poids lourd « Tadukli » entre en lice avec des candidats qui ne sont pas des moindres : 7 maires en exercice et rompus à l’exercice électoral. Des bastions clés représentés : Akbou (Mouloud Salhi), Tazmalt (Fateh Redjdal), ainsi que les communes de Toudja, Amizour, El-Kseur, Amalou et Darguina (Madjid Bektache).
Aux côtés d’autres blocs comme « Assirem de Béjaïa » (Espoir de Béjaïa), « Afak » ou encore « Force d’Engagement », ces élus de terrain comptent bien court-circuiter les états-majors politiques pour propulser la voix de la Soummam et du Sahel directement au sein de l’hémicycle Zighoud Youcef.
Pour l’heure, le bureau local de l’ANIE, dirigé par M. Samir Boulares, épluche minutieusement les dossiers de candidature sur une période d’une semaine. En cas de rejet, la bataille se déplacera sur le terrain juridique : les candidats recalés auront d’abord droit à un recours devant le tribunal administratif de Béjaïa. En cas de second refus, une ultime cartouche pourra être tirée sous trois jours devant la cour d’appel de Constantine.
Entre conservatisme et vent de fronde citoyenne, Béjaïa s’apprête à vivre une campagne électorale électrique et résolument inédite.