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Nationale

Elaine Mokhtefi, la voix américaine de la révolution algérienne et de l’émancipation universelle, s’éteint à New York

Elaine Mokhtefi, la voix américaine de la révolution algérienne et de l’émancipation universelle, s’éteint à New York

Alors qu’elle s’apprêtait à célébrer à Alger sa naturalisation officielle signée cet été par le président Abdelmadjid Tebboune, la grande militante anticoloniale et intellectuelle Elaine Mokhtefi vient de s’éteindre, ce samedi 11 septembre, à New York aux Etats-Unis, à l’âge de 98 ans, laissant derrière elle l’empreinte indélébile d’une vie entière consacrée aux luttes pour la liberté et la justice à travers le monde.

Née Elaine Klein le 10 décembre 1928 à New York, celle qui allait devenir l’une des figures morales les plus attachantes de la solidarité internationale avec l’Algérie s’est forgée très tôt une conscience politique intransigeante. Antiraciste et anticoloniale de la première heure, elle fait l’apprentissage de l’engagement militant dès les années d’après-guerre.

C’est en 1952, lors du défilé du Premier mai à Paris, qu’elle croise pour la première fois la route de militants syndicaux ouvriers algériens, amorçant ainsi une trajectoire de vie indissociable de la cause des peuples opprimés. Sa rencontre décisive avec les grands catalyseurs de la pensée révolutionnaire mondiale se concrétise en 1958 lors de la Conférence panafricaine des peuples d’Accra, au Ghana. Elle y lie son destin à celui de Frantz Fanon et de Mohamed Sahnoun, choisissant dès lors de mettre son énergie et ses compétences au service du Front de Libération Nationale.

Établie à New York aux côtés de Mohamed Sahnoun, elle intègre en 1960 le bureau local du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne et du Front de Libération Nationale. Elle y officie sous la direction d’Abdelkader Chanderli et en étroite collaboration avec M’hamed Yazid, menant un travail diplomatique de l’ombre d’une immense portée.

Ses responsabilités dépassent rapidement le cadre strictement politique . En 1961, lorsque la santé de Frantz Fanon décline gravement et qu’il est hospitalisé à Washington, Chanderli lui confie la mission délicate de veiller sur lui. Elaine Mokhtefi assure une présence constante auprès du grand essayiste, l’entourant de soins attentifs et épaulant sa famille, au point de prendre en charge son jeune fils Olivier, âgé de six ans alors. Cet épisode illustre la profondeur humaine d’un engagement qui ne souffrait aucune faille.

À l’indépendance de l’Algérie en 1962, elle franchit la Méditerranée pour s’installer à Alger, choisissant d’élire domicile pour douze années dans cette capitale qu’elle considérait comme le phare des luttes émancipatrices. Elle met alors ses compétences professionnelles au service des institutions de l’État naissant, œuvrant notamment comme journaliste au sein de l’agence Algérie Presse Service, où elle s’attache à couvrir avec acuité les mouvements tiers-mondistes.

Son activisme trouve un point d’orgue en 1969 lors du premier Festival panafricain d’Alger. Véritable cheville ouvrière de l’événement, elle orchestre l’accueil des délégations des mouvements de libération nationale venus de toute l’Afrique, notamment du Mozambique, de l’Angola et de l’Afrique du Sud, tout en gérant avec habileté la section internationale des Black Panthers. C’est également elle qui organise l’exil clandestin d’Eldridge Cleaver en Algérie, exfiltré des États-Unis via Cuba après de folles péripéties.

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Mokhtefi, en compagnie d’Eldridge Cleaver, le chef politique des Black Panthers refugié en Algérie en 1969

Au cours de ces années fastes, Elaine Mokhtefi côtoie les géants de l’histoire du XXe siècle, tissant des liens étroits avec des figures telles qu’Eldridge Cleaver, Fidel Castro, le président Houari Boumédiène, Ahmed Ben Bella, Ho Chi Minh ou encore Frantz Fanon. C’est également à cette époque qu’elle épouse l’écrivain et ancien combattant de l’Armée de Libération Nationale, Mokhtar Mokhtefi, scellant définitivement son appartenance intime à la grande famille algérienne.

Ses mémoires, parues en 2019 sous le titre « Alger, capitale de la révolution ». De Fanon aux Black Panthers aux éditions La Fabrique et traduites par ses soins pour les éditions Barzakh, constituent aujourd’hui un témoignage historique inestimable sur cette décennie bouillonnante où Alger était le cœur battant de la contestation mondiale de l’ordre colonial et impérialiste.

L’histoire d’amour entre Elaine Mokhtefi et l’Algérie s’apprêtait à connaître son ultime et plus belle consécration. L’année dernière, elle avait honoré de sa présence le Festival international d’Alger à l’invitation de ses organisateurs et de l’Association des Amis de la Révolution. Les liens ne s’étaient jamais rompus et les échanges quotidiens avec ses proches laissaient entrevoir un retour imminent.

Le décret de naturalisation signé en juillet dernier par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, venait entériner juridiquement ce que son cœur savait depuis longtemps : elle était fille de l’Algérie. Une grande réception était d’ailleurs prévue à Alger le 10 octobre prochain pour célébrer cette citoyenneté pleinement recouvrée, un événement que la grande militante attendait avec une impatience juvénile.

La disparition d’Elaine Mokhtefi laisse un vide immense dans le paysage de la mémoire collective algérienne et internationale. En cette douloureuse circonstance, l’Algérie perd bien plus qu’une amie fidèle : elle perd une Moudjahida par l’esprit et l’action, une patriote exemplaire dont la droiture morale et l’abnégation continueront d’inspirer les générations futures.



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