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Op-Ed

El Izza WelKarama

Faut-il choisir la bonne traduction : « Fierté et dignité » ou « Puissance et honneur » ?
Quelle est la version qui nous enflerait le plus notre orgueil suffisamment gonflé à l’hélium de la vanité ou notre propension à frissonner de plaisir dès qu’on nous flatte ?
Tous les slogans du monde ne pourront effacer la triste réalité, le quotidien terrible de nos concitoyens et l’avenir qui se déroule comme un dégradé de gris, du plus clair au noir le plus profond.

Le pétrole, le lait noir de l’Algérie, nourrit une population de plus en plus nombreuse et un petit quartier de vampires plus voraces que 40 millions d’Algériens.
Hassi Messaoud est une ville tout ce qu’il y a de plus artificiel. Le Soleil ne s’y couche que pour permettre à des dizaines d’autres soleils de transformer la nuit en un incendie qui encercle la ville.

Les quarante-huit wilayas peuplent cette base de vie brûlante. Un employé me disait : « Il y a en réalité bien plus que 48 wilayas dans cette ville ! »
Il y a surtout des gens du nord, venus plus pour un salaire plus élevé que pour le dépaysement ou l’aventure.

La ville est sur une butte rocheuse et glisse doucement vers le nord dans une descente abrupte vers ce qu’on appelle abusivement « 1850 villas » et qui n’est qu’un ensemble préfabriqué de maisons posées sur des plots, sans aucune fondation.
Ces logements prétentieux voisinent un quartier moins artificiel même s’il a poussé comme un champignon. Les vrais habitants et les vrais natifs du désert s’y sont fixés, attirés par les lumières des torchères et l’espoir de profiter d’une vie urbaine, d’une scolarisation pour les enfants, d’un état-civil et d’une sociabilisation.
Ce quartier, loin de la roche et de la terre dure, sur les premières dunes de l’est de la ville, s’appelle « El Hicha » (léger), déformé en « El Haïcha » (le monstre, la créature, la bête) par une actrice soucieuse de faire l’article en exploitant les malheurs de femmes maltraitées dans ce quartier.

Ceux qui s’y sont établis l’ont fait justement parce que le sol est plus hospitalier, « léger » d’où le nom de « hicha » pour qualifier la terre d’accueil.

Mais l’emplacement décentré est aussi plus proche des rejets de la ville et un bourbier exhale des odeurs méphitiques à quelques mètres des maisons.
A côté donc des « villas » et des immeubles climatisés des gens du nord, un gros furoncle à la Mad Max s’est constitué en contrebas de la ville, méprisé et raillé par les « civilisés » de la Sonatrach. Dowell-Schlumberger s’est même débarrassée un jour de produits dangereux sur la décharge, évidemment située à El Hicha.
Tous ces pauvres diables doivent se nourrir alors que tous les emplois sont squattés par les gens venus d’ailleurs. Sans qualification, sans instruction, ils ne peuvent même pas prétendre à des emplois manuels. Le piston et la combine privilégient les algériens venus du Tell.

Un jour, une bagarre générale eut lieu entre les habitants d’El Hicha. La Sonatrach et les différentes bases y étaient mêlées pour une raison que les autorités locales ne pouvaient comprendre.
Renseignements pris, la dispute avait pour enjeu la collecte des déchets des bases : tel clan soutenait que c’était son jour de ramassage pendant qu’un autre exigeait d’avoir sa part de la poubelle de Sonatrach.

Bref, c’était une bagarre pour la poubelle et les bases avaient passé un accord, fixé un programme de répartition des déchets entre les différents clans et indiqué des jours de ramassage.
Les gens d’El Hicha vivaient de la poubelle et les pétroliers avaient organisé tout ça.

Cela se passait dans les années 90. Je doute qu’il y ait eu beaucoup de changement depuis.
Peut-être en pire.

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