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Op-Ed

Editorial: Le vrai visage de la crispation franco-algérienne

Editorial: Le vrai visage de la crispation franco-algérienne
Ségolène Royal

Les propos tenus par Ségolène Royal sur BFMTV et dans l’entretien accordé à AL24news méritent qu’on s’y arrête sérieusement. En constatant que « tous les pays méditerranéens s’entendent avec l’Algérie sauf la France », l’ancienne ministre pointe une anomalie diplomatique que la seule rhétorique politicienne ne suffit plus à expliquer.

Pendant que Berlin, Madrid, Rome, Pékin et Washington consolident méthodiquement leurs partenariats économiques avec Alger, Paris s’enferme dans une escalade verbale entretenue par une droite et une extrême droite qui ont fait de « l’Algérophobie », pour reprendre le terme de Ségolène Royal, un fonds de commerce électoral.

Durant les campagnes électorales françaises, l’Algérie est trop souvent réduite à un exutoire politique. Il faut cependant regarder au-delà des postures. Le discours martial sur l’Algérie — remise en cause des accords de 1968, surenchères sur l’immigration, rhétorique mémorielle agressive — sert avant tout à détourner l’attention d’une réalité économique française bien plus préoccupante que ne le laissent penser les tribunes enflammées. À droite comme à l’extrême droite, on agite les fantômes du passé pour capter un auditoire sous tension. Cette instrumentalisation prend, à l’approche des échéances présidentielles, une intensité particulièrement inquiétante.

La France traverse un marasme économique persistant : croissance atone, déficit public qui s’aggrave, désindustrialisation continue, pouvoir d’achat sous tension et inflation dictée par des tensions géopolitiques face desquelles l’extrême droite demeure sourde et aveugle. Dans ce contexte, désigner un adversaire extérieur — en l’occurrence l’Algérie — constitue une échappatoire classique, éprouvée depuis longtemps par les stratèges de la division.

Or, cette fuite en avant a un coût très concret. Pendant que certains responsables politiques français multiplient les provocations, les entreprises hexagonales perdent méthodiquement du terrain sur le marché algérien au profit de leurs concurrentes allemandes, espagnoles, italiennes, chinoises ou turques. Des secteurs entiers — agroalimentaire, automobile, BTP, énergie — voisinent et voient s’éroder des positions commerciales construites sur des décennies de présence historique. Chaque contrat perdu, chaque appel d’offres qui échappe à un groupe français au profit d’un concurrent européen se traduit par des emplois non créés, des exportations qui ne se réalisent pas, et une balance commerciale qui continue de se dégrader.

C’est là tout le paradoxe que souligne implicitement Ségolène Royal. La surenchère anti-algérienne, présentée comme une défense des intérêts nationaux, produit en réalité l’effet inverse. Elle affaiblit la position économique de la France dans une région stratégique, au moment précis où le pays aurait le plus besoin de débouchés extérieurs pour sortir de l’ornière.

En assumant la présidence de l’association France-Algérie et en refusant de laisser « l’Algérophobie » structurer le débat présidentiel, Mme Royal ne fait pas seulement œuvre de diplomatie sentimentale. Elle défend une conception lucide d’une relation algéro-française apaisée qui met en avant l’intérêt commun. Elle rompt, au demeurant, avec l’instrumentalisation démagogique d’un contentieux mémoriel à des fins purement électorales, cheval de Troie de l’extrême droite. Beaucoup en France soulignent qu’il est plus que temps de dépasser ce prisme mortifère. Comme le rappelle Mme Royal, le rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée n’est pas seulement une exigence morale ou historique, c’est une nécessité vitale pour la prospérité partagée.

S’obstiner à faire de l’Algérie l’ennemie idéale pour masquer les failles d’une économie française en quête de souffle est une impasse stratégique. La France a tout à gagner à renouer avec le pragmatisme, le respect mutuel et la coopération. La grandeur d’une nation ne se mesure pas à sa capacité à insulter ses voisins, mais à sa clairvoyance à bâtir des ponts là où d’autres sèment la discorde.

La question posée aux Français est donc simple : préfèrent-ils un débat public dominé par les postures identitaires, ou une politique étrangère qui protège réellement les emplois et les parts de marché françaises ? Le silence des faits économiques, têtu, finira par répondre à la place des postures.



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