Algérie-Espagne: Le prix du réalisme, le poids de la souveraineté
Le rideau tombe enfin sur quatre années d’une glaciation diplomatique qui aura mis à rude épreuve les nerfs et les économies des deux rives de la Méditerranée. Ce jeudi 26 mars 2026, la réception du chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, par le président Abdelmadjid Tebboune à Alger, marque bien plus qu’un simple retour à la normale. C’est l’acte de naissance d’une relation bilatérale refondée sur de nouveaux rapports de force.
Le pivot de cette réconciliation est la réactivation du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération de 2002. Suspendu en juin 2022, ce texte redevient la boussole des échanges. Au-delà du symbole, sa remise en service relance une machine institutionnelle lourde à savoir les réunions de haut niveau (RHN), consultations politiques régulières et protocoles de défense.
Ce « dégel » n’est pas une affaire de sentiments. C’est le triomphe de la realpolitik. Pour Madrid, le coût de la rupture est devenu insupportable. Entre la perte de marchés pour ses entreprises et l’impératif de sécuriser ses approvisionnements en gaz dans un contexte énergétique mondial instable, l’Espagne a dû se rendre à l’évidence : on ne tourne pas le dos à son premier fournisseur d’énergie sans en payer le prix fort.
Si l’Espagne revient aujourd’hui à la table des négociations, c’est aussi parce qu’elle fait face à une Algérie qui a radicalement changé sa « grammaire diplomatique ». Sous l’impulsion du président Tebboune, Alger a troqué la discrétion d’autrefois pour une affirmation décomplexée de ses intérêts stratégiques. « La diplomatie algérienne ne se définit plus seulement par ses principes historiques, mais par la primauté absolue de ses intérêts. ».
L’intransigeance affichée par le président Tebboune lors de la crise de 2022 n’était pas une simple réaction d’humeur. C’était l’acte de naissance d’une diplomatie qui sait utiliser ses leviers de puissance. En qualifiant par le passé le revirement espagnol de « moralement et historiquement inacceptable », le chef de l’État algérien a tracé une ligne rouge qui a forcé Madrid à une longue introspection. Le message est désormais limpide pour l’Europe entière : l’amitié avec l’Algérie se mérite, et la fiabilité énergétique a pour corollaire la loyauté politique.
Le succès de ce nouveau chapitre ne se mesurera pas aux sourires protocolaires, mais à la capacité de Madrid à gérer un équilibre précaire. Tenter de maintenir un partenariat vital avec Alger tout en préservant des alliances avec d’autres voisins reste un exercice de haute voltige.
Cependant, les fondations posées ce jeudi semblent solides. En plaçant l’économie, la sécurité et la coopération technique au cœur du dialogue, les deux nations choisissent le pragmatisme contre l’idéologie. La tenue prochaine de la Réunion de Haut Niveau (RHN) en présence de Pedro Sánchez sera le véritable tournant décisif de cette stabilité retrouvée. L’Algérie parle désormais d’égal à égal. L’Espagne, de son côté, semble avoir compris que dans ce triangle méditerranéen complexe, le respect des engagements mutuels est la seule monnaie d’échange acceptée. Le dégel est là ; reste maintenant à transformer cette chaleur de circonstance en un climat durable.

Kamel Mansari