Drogues en milieu scolaire : Protéger plutôt que sanctionner
La vente et la consommation de drogue et des substances psychotropes en milieu scolaire est devenu une réalité que nul ne peut négliger. Ce fléau, qui inquiète de plus en plus les parents d’élèves, a fait réagir les pouvoirs publics en adoptant une stratégie structurée autour de trois axes, à savoir la prévention, le dépistage et la prise en charge médico-sociale.
Plusieurs facteurs, expliquent les spécialistes, poussent les jeunes à consommer des drogues, notamment la curiosité, la pression des pairs, le stress, les troubles de l’humeur ou encore une faible estime de soi. Le phénomène ne touche plus seulement les lycéens, mais aussi les collégiens, et même certains élèves du primaire. « Une évolution inquiétante qui affecte leur scolarité, leur santé mentale et leur avenir social », alerte le Dr Tahar Boudjemâa, médecin résident, spécialiste en psychiatrie et santé mentale au CHU de Sidi Bel-Abbès.
Interrogé par le Jeune Indépendant sur les nouvelles mesures prises par les autorités pour endiguer ce phénomène et protéger les enfants, le Dr Boudjemâa a salué cette initiative, qu’il décrit comme « une étape importante » dans la prise en charge des consommateurs de drogues en milieu scolaire. Il a souligné que l’accompagnement des élèves doit impérativement s’appuyer sur trois axes principaux, à savoir la prévention, la détection précoce et un suivi thérapeutique adapté.
Le psychiatre a insisté sur le fait que « lorsqu’un cas de consommation est confirmé, l’objectif n’est jamais la sanction, mais la protection, l’écoute et la réhabilitation ». Il a rappelé que l’adolescence est une période de vulnérabilité, durant laquelle de nombreux facteurs sociaux, psychologiques ou familiaux peuvent favoriser la consommation. Selon lui, l’intervention doit être menée par une équipe multidisciplinaire regroupant médecins, psychologues, travailleurs sociaux et éducateurs. Le secteur de la santé, a-t-il précisé, doit assurer une évaluation clinique complète, identifier le niveau de dépendance et proposer une prise en charge appropriée.
Le Dr Boudjemâa a mis en avant l’importance du soutien psychologique, de la thérapie motivationnelle, du travail sur l’estime de soi, de la gestion du stress et de l’implication de la famille.
Concernant l’école, il a mis en garde contre toute forme de stigmatisation. Selon lui, l’établissement doit, au contraire, maintenir la continuité pédagogique afin de favoriser la reconstruction de l’élève et d’ancrer durablement une culture de prévention.
Le spécialiste a affirmé enfin que la lutte contre les drogues ne peut réussir que si elle est collective, multidisciplinaire et multidimensionnelle. « Seule une coordination étroite entre les secteurs concernés, à savoir la santé, l’éducation, la sécurité, la justice, et la société civile permettra d’endiguer durablement ce phénomène qui menace la jeunesse algérienne.
Prévention, dépistage et coordination multisectorielle
Conscients de l’ampleur du phénomène, les pouvoirs publics insistent sur l’importance d’un engagement collectif pour renforcer la prévention. Une stratégie de lutte a été mise en place impliquant plusieurs secteurs autour du même objectif, qui s’articule sur plusieurs volets.
Les actions allant dans ce sens se sont multipliées ce dernier mois. Il s’agit d’abord du volet prévention qui repose principalement sur le renforcement de la sécurité aux abords des écoles ainsi que le lancement de caravanes de sensibilisation, le 2 novembre 2025 dans plusieurs wilayas du pays, sur les dangers de la drogue et des substances psychotropes en milieu scolaire. Cette action de grande envergure est organisée par l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLDT), en collaboration avec plusieurs départements ministériels, dont ceux de l’Intérieur, de la Santé, de l’Education nationale, de la Jeunesse, de la Solidarité nationale, des Sports et des Affaires religieuses. La campagne mobilise également la société civile.
Pour recevoir le signalement concernant les drogues et substances psychotropes dans le milieu scolaire, un numéro vert 1111 vient d’être activé par le ministère de l’Education nationale. Ce service est désormais mis à disposition de l’ensemble de la communauté scolaire ainsi que des parents.
Par ailleurs, le dépistage constitue un second volet, essentiel mais distinct de la prévention. Il vise à identifier rapidement les cas de consommation. Enfin, la troisième phase concerne la prise en charge médicale et psychologique des élèves concernés.
Pour chapeauter toutes ces opérations, une commission multisectorielle a été installée par les ministres de l’Education, Mohamed Seghir Saâdaoui, et de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudène. Elle est chargée d’élaborer une feuille de route nationale pour le dépistage de l’usage de stupéfiants et de substances psychotropes dans les établissements d’éducation, d’enseignement et de formation.
Cette instance aura pour mission de définir un protocole national de dépistage, ainsi que les modalités de prise en charge des élèves testés positifs. Les autorités insistent sur le respect de la loi et sur la nécessité de garantir la continuité du parcours scolaire de chaque enfant.